EDITION 2003
Palmarès 2003

L’équipe du Festival ainsi que les jurés des trois compétitions ont le plaisir de vous faire part du palmarès de l’édition 2003, qui s’est déroulée du 14 au 23 novembre à l’Espace Jean Vilar, cinéma Art et Essai-Recherche à Arcueil.

Films Longs (d’une durée supérieure à 40 minutes)
« Nous tenions à faire remarquer la qualité de la sélection qui nous a permis de nous attacher à des démarches différentes, qui toutes témoignent d’une attention et d’une délicatesse dans le rapport à l’autre. Certains films nous ont touché ou intrigué par leur recherche formelle, une recherche proprement cinématographique dans les rapports de l’image avec le son. Nous avons également été sensibles à l’engagement, à la prise de risque de certains réalisateurs, ce qui nous semble être un enjeu crucial de la démarche documentaire. » Les membres du jury « Films Longs »
Sur 401 films inscrits, 12 ont été sélectionnés.
Ce prix est doté de 3050 euros attribués par le Conseil Général du Val-de-Marne.
Les membres du jury « Films Longs » sont Anne Baudry (monteuse, cinéaste et membre des Ateliers Varan), Lionel Lechevalier, (responsable de l’unité audiovisuelle du Conseil Général du Val-de-Marne), Jean Lefaux (cinéaste et membre des Ateliers Varan), Brent Klinkum (directeur de Transat Vidéo, réseau de diffusion en Basse-Normandie), Vivianne Perelmuter (cinéaste).
Prix du Film Long
Fleurette de Sergio Tréfaut
(2002 - 1h20 - Portugal)
« Connaissons-nous les personnes qui nous sont les plus proches ? Voulons-nous vraiment les connaître ? Et elles ? Est-ce qu’elles veulent que nous les connaissions ? »
Un fils cherche à comprendre le passé tourmenté de sa mère, Fleurette âgée de 79 ans. Malgré les obstacles aux questions de son fils, la mère dévoile peu à peu au long du film, des événements secrets ou qu’elle a volontairement oublié. Une autre vie, presque, qui apparaît comme une révélation, de la France des années 40 au Portugal de la Révolution des Œillets.
« Nous avons été touchés par le regard qu’un fils (le réalisateur) porte à sa mère. Sans familialisme, sans pathos. Cette femme, qui a maintenant 79 ans, n’a pas raconté sa vie à ses enfants. Des trous, des zones d’ombres demeurent. Le réalisateur insiste pour qu’elle comble les vides, avec à la fois entêtement et délicatesse, avec fermeté et pudeur. Mais peut-être l’essentiel n’est-il pas là, dans ce que cette femme pourrait dire… De telle sorte qu’à la fin, malgré ses refus, ses faiblesses, ses ambiguïtés, cette petite dame toute ridée, qui simplement arrose des plantes, est chargée d’une dignité qui engage le spectateur dans l’exigence d’une attention renouvellée.»
Mention à…
Lettres à Francine de Fouad Elkoury
(2002 - 43mn - France)
Le voyage en Turquie d’un photographe avec, en filigrane, le récit d’une maladie… Le film s’organise autour de deux trames : le carnet de voyage composé essentiellement de photos en noir et blanc prises en Turquie et l’évocation de la maladie à travers quelques plans filmés entre maison et hôpital, et surtout des conversations enregistrées…
« Un film qui tente et qui, malgré sa fragilité, émeut et intrigue. Le réalisateur a su tisser un récit sur différents niveaux, mélangeant des matériaux hétérogènes (photographies, tournage en DV, fragments de conversations exclusivement sonores…) qui nous permettent à la fois de voyager dans l’espace (la Turquie) et d’appréhender une durée plus intérieure. L’écriture serrée de la voix off, qui parcourt l’ensemble, capte des faits singuliers, précis, et témoigne, dans le débit même de la voix, d’une urgence, d’une nécessité. »
… et à
Facteur Toubab de François Christophe
(2003 - 1h03 - France)
Yelli est travailleur clandestin en Italie. Le reste de la famille est resté au Sénégal. Le réalisateur, qui seul peut voyager librement, est au centre d’un échange de lettres filmées dont il est à la fois l’initiateur et le messager, et ce dispositif apparaît comme l’expression la plus juste de sa place et de son point de vue, car il lui permet d’expérimenter ce qui lui semble essentiel dans l’acte de filmer : relier ce qui est séparé…
« Un film juste et important. Il y a une véritable aventure du regard qui se joue aussi bien pour les protagonistes du film que pour les spectateurs : ce regard change au fur et à mesure. Car au-delà des faits concernant l’exil, la condition des sans papiers et la prégnance de l’argent au Sénégal et dans les rapports avec les blancs, le film atteint une réalité complexe qui n’édulcore pas la distance, ne la recouvre pas. Et c’est justement dans cette distance qu’un élan est possible, que les liens se tissent, qu’on relie ce qui est séparé. »

Films Courts (d’une durée inférieure à 40 minutes)
« La sélection dans son ensemble témoigne d’une recherche de singularité que nous tenons - dans le contexte de formatage du cinéma que nous connaissons - à saluer. » Les membres du jury « Films Courts »
Sur 127 films inscrits, 12 ont été sélectionnés
Ce prix est doté de 1045 euros
Les membres du jury « Films Courts» sont Matthieu Darras (journaliste, critique à la revue Positif), Didier Kiner (responsable du pôle Diffusion de l’Agence du Court Métrage), Martine Markovits (responsable de la médiathèque de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris).
Prix du Film Court
Portret (Portrait) de Sergei Loznitsa
(2002 - 28mn - Russie)
Portraits de paysans et d’artisans dans des villages de l’ex-Union Soviétique. Construit d’après la règle mathématique du nombre d’or, le film tente de révéler à travers ces portraits la matière du temps qui passe et le caractère éphémère de nos vies…
« Il y a pour notre jury une évidence à attribuer le prix du court métrage à ce film Portret. Son dispositif formel propose au spectateur, sans systématisme, un face à face avec les sujets qu’il filme d’une rare intensité. Beauté et fluidité des images qui évitent la séduction et gardent une épaisseur, un mystère, qu’aucun commentaire ne trouble… Le regard du spectateur reste totalement ouvert. »

Premier Geste (Films de formations et autoproductions)
« La tendance de cette sélection de premiers films est très marquée par la notion de frontière : frontières formelles des genres cinématographiques dépassées, positionnement du réalisateur face à son sujet questionné… Des démarches qui laissent présupposer de l’évolution de l’esprit documentaire.»
Les membres du jury « Premier Geste »
Sur 148 films inscrits, 13 films ont été sélectionnés
Ce prix est doté de 765 euros
Les membres du jury « Premier Geste » sont Philippe Bouychou (Producteur, Corto Pacific ), Moïra Chappedelaine-Vautier (promotion 2002-2003 du DESS de l’Université Paris VII «Le documentaire, Ecritures des Mondes Contemporains»), Marie-Christine Peyrière (critique à Positif, Bref, La Revue Documentaires, membre du comité de sélection du Fresnoy).
Prix Premier Geste
Le rêve de l’ours de Valérie Pavia
(2003 - 29mn - autoproduction - France-Russie)
Moscou en hiver. Il fait moins vingt dehors, le vent glacial fait voler la neige. Un jeune homme donne son numéro de téléphone à la narratrice. « Il a une tête à vouloir venir en France » lui dit un ami. Ne dit-on pas que Moscou est une ville où plus il fait froid, plus les gens se mettent à mentir?
« Entre documentaire et art contemporain, entre histoire individuelle et inscription dans le collectif et le social, un geste contemporain par son travail du matériau cinématographique (images colorisées, distordues, bande son fouillée…) qui s’inscrit dans le principe d’incertitude. »
Mention à…
Father and son (Père et fils) de Levan Koguashvili

(2003 - 11mn - Université de New-York - Etats-Unis)
Un petit appartement à Brooklyn. Un père et son fils, immigrés géorgiens, sont assis en silence dans la cuisine, ils boivent du thé et regardent par la fenêtre. Il neige, le fils s’en va et son père reste seul.
« C’est un film sur la tristesse du monde moderne qui laisse les gens perdus et démunis, en proie à un sentiment nouveau d’insécurité. »
… et à
Liberté chérie de Fabrice Losego
(2003 - 33mn - autoproduction - Suisse )
Basam et ses camarades ont fui clandestinement Gaza pour trouver du travail à Ramallah, en Cisjordanie. Mais bloqués par le couvre-feu imposé par les forces israéliennes, ils sont contraints de se cacher nuit et jour dans leur usine. Enfermés depuis vingt-quatre mois, ils rêvent d’amour et de liberté…
« Mention spéciale à deux films dont les démarches laissent supposer des auteurs en devenir : Father and son pour sa mise en scène très fictionnelle des personnages et de la musique, Liberté chérie pour son appropriation des principes du cinéma direct.»