Édito
Par des chemins de traverse

Arpenter les territoires du documentaire, les géographies mentales qu’il suscite, les stimuli intellectuels, sensoriels, émotionnels, critiques qu’il propose, la multiplicité des démarches et des styles qui en émane…est le motif des Ecrans Documentaires depuis 1997.
Un festival, un lieu d’exposition et de rencontres dont nous avons toujours tenté de  renouveler la forme et les propositions.

1997/2007. En une décennie, le paysage a considérablement changé.
En 1997, nous tentions de cerner les contours, les tendances, les perspectives de la création documentaire, lors d’une rencontre de deux jours  sur le Campus de Jussieu,  avec une trentaine d’intervenants, cinéastes,  grand reporter, producteurs, distributeurs, exploitants, critiques, productrice radio, enseignants et formateurs, responsables éditoriaux de chaîne…
A l’époque, le « cinéma documentaire de création » retrouvait le chemin des salles de cinéma. Sans être idyllique, ses relations avec l’espace télévisuel proposaient encore une vraie dynamique. Il allait s’inscrire progressivement dans des cursus à l’université mais  il n’existait quasiment pas de « résidences d’écriture » qui lui soit dédié. Internet n’était qu’un vecteur émergent et il n’était pas question d’imaginer de « phone reportage » sur mobile. Chaque « famille » restait chez elle : les cinéastes « du réel » ne côtoyait pas les  expérimentaux, les vidéos artistes, les plasticiens. Le cinéma de fiction commençait tout juste à se « nourrir » de  « réel » pour  tenter  retrouver  du « sens ». Il n’y avait pas de Mois du Documentaire, peu de médiathèques, la cassette VHS n’était pas détrônée par le DVD, la VOD ou le streaming.  Il n’existait pas trente six mille manières d’être spectateur et « la révolution numérique » n’était pas encore assez déployée pour que (presque) tout un chacun puisse s’imaginer, filmeur, auteur, cinéaste.

Nous vous laissons apprécier la distance, les écarts, les mutations, les évolutions qui se sont produits au cours de cette décennie…
Comment pour Les Ecrans Documentaires, tenter d’en rendre compte, de refléter le paysage actuel, de proposer des pistes de réflexion, d’élargir le champ de découverte des pratiques comme des œuvres ? En bref, trouver une nouvelle manière de « faire festival » ?
C’est ce que nous avons élaboré de manière toujours aussi « expérimentale » et intuitive que d’habitude.  Tout d’abord en nous déployant sur trois « lieux » avec chacun leur mode particulier de « monstration », de rencontres et d’échanges mais bien sûr en inspirant des passerelles et résonances constantes.

Anis Gras, le lieu de l’autre, accueille avec La Fabrique Collective des Images et  Le Cinéphilo sur « La moralité des images » des soirées  rencontres « Imagées » avec des collectifs de cinéastes, plasticiens et diffuseurs, oeuvrant sur des « territoires » (le S.A.C.R.E de Marseille et Autour de la Terre en  Haute Marne),  ou résolument nomade (Est-ce une bonne nouvelle).  Ciné conversations donc avec  projections, échanges de pratiques et d’expériences, sans oublier de se restaurer,  qui trouveront leur prolongement dans deux matinées ateliers lors de la troisième édition de l’Observatoire des Pratiques d’Atelier, organisée en  partenariat avec Arcadi et avec comme point de départ, La lettre filmée.

La Galerie Pascal VanHoecke - Parisud, abritera la Vidéothèque du Festival, qui comme à l’accoutumée permettra de visionner les films en sélection ou en programmation. Mais surtout offrira la mise à disposition de la (quasi) intégralité des Sélections Ecrans Documentaires depuis 1997, soit plus de 400 films. Ce panoramique est « Notre Histoire du Doc » mais participe bien entendu de sa composition mosaïque globale.
 La Galerie est aussi l’espace dédié au Premier Forum de la distribution indépendante, qui proposera deux temps forts de Rencontre avec deux revues DVD/Internet/Papier, Dérives et LFD, La Famille Digitale. Des lmpromptus de diffusion à la carte, une librairie/DVDthèque, la présentation du Tour d’Europe du Documentaire par ADDOC, certains débats, après films, pour avoir le temps qu’il faut pour prendre la juste distance, s’y dérouleront.

L’Espace Jean Vilar et ses deux salles de Cinéma, reste bien sûr le cœur du festival. Car  rien n’a encore été  inventé de mieux, nous semble-t-il  que la salle du « voir ensemble en grand dans le noir » même si les supermarchés du cinéma bataillent ferme contre les salles indépendantes (confère les coups bas contre Le Méliès de Montreuil).
Sans faire « collection » de partenaires, nous retrouverons cette année encore des collaborations fidèles avec L’ACRIF, L’ACID, Gulliver,  le CECI du Moulin d’Andé, Iskra,  et bien entendu la Mission cinéma du Conseil Général du Val de Marne
Sans l’avoir délibérément recherché mais, découvert en cheminant,  cette édition sera très inspirée par la Méditerranée, d’Alger à  Marseille et Alexandrie et le Liban : les films d’Ouverture de Tariq Teguia, l’Intégrale de la série Marseille contre Marseille de Jean Louis Comolli et Michel Samson, les premiers épisodes de la série Mafrouza d’Emmanuelle Demoris, Home de Patrick Chiha…
Méditerranées et Vues d’ailleurs… comme le montreront nos sélections de courts et longs métrages, d’une très grande diversité mais avec quelques constantes : le devenir urbain, le paysage « légendé », la nature « inspirante », les mythes....
Dans cette partition, l’on retrouvera le corps (et la parole) politique incarnée (Comolli encore) mais aussi le « corps dansé » comme langage impliqué dans le monde, avec les deux beaux films de Gilles Delmas et Alain Platel. Claudio Pazienza nous proposera d’éprouver « Le son réel » à travers l’expérience de certains de ses films. Des amants de cinéma (Hélèna Klotz), à  la trace de la mémoire coloniale (Philippe Lacôte),  de la condition indigne des familles de prisonniers (Stéphane Mercurio) aux Utopies, porteuses de rêves ou virant au cauchemar totalitaire (Gulliver encore)… bien des expériences à vivre, de découvertes à partager…. Des films, du cinéma, des vidéos, des propositions photographiques, plastiques ou sonores, ou sur la « toile ». L’expérience documentaire dans tous ses états, en somme, versus 2007.

Didier Husson, directeur artistique