Café ciné-philo : la moralité des images - rencontre avec Est-ce une bonne nouvelle

"Jean Luc Godard dit un jour que le montage est « affaire de morale ». Une morale qui concernerait donc la fabrique de l’image elle-même, l’acte de voir et celui de montrer, de faire des liens entre des images. Morale d’auteur ou de producteur, sans doute, mais aussi plus généralement de regardeur, s’inscrivant au niveau le plus élémentaire de la perception. Est-ce que tu vois ? Qu’est-ce que tu ne vois pas ? Qu’as-tu vu à Hisroshima ? Le cinéma sert à voir le petit en grand, à rendre visible l’invisible… telle est sa morale, qui se passe de discours voire s’en méfie.
Des images, cependant, nous avons aussi appris à nous garder. Du « cliché », d’abord, cette image qui arrête la pensée et la sensibilité elle-même, nous met à distance de l’autre. De la fonction hypnotique du visuel aussi, de la posture confortable du voyeur, de la bonne conscience indignée du spectateur des horreurs du monde, de la belle ou bonne image de la « comm » politiquement correcte. Une micro-politique des images reste à penser, collectivement, pour une nouvelle sensibilité au réel.
Cette réflexion, qui se poursuivra dans d’autres séances du chantier/café de cién-philosophie, s’ouvre aujourd’hui avec les Ecrans documentaires, avec une programmation en deux parties, proposant des démarches d’artistes visuels s’appuyant sur une documentation. Tout d’abord, un prélèvement proposé par Didier Husson (directeur artistique du Festival ), dans la collection de « Est-ce une bonne nouvelle ? » . Ensuite, une proposition photographique de Fréderic Tétart, qui questionne l’effacement des visages dans les images de la propagande contemporaine. Enfin, un montage de textes (Deligny, Daney, Deleuze) sera proposé au public."
Valérie Marange
Directrice arttistique du Pré/Anis gras le lieu de l’autre.

L’association Est-ce une bonne nouvelle promeut l’accès à la création et à la diversité des formes de la vidéo contemporaine. Elle défend un positionnement autonome de la vidéo face à la toute-puissance de diffusion du marché de l’art et de la télévision.

Présentation de "Personne", travail de Frédéric Tétart (plasticien-photographe), réalisé avec les habitants du quartier des Sablons (Le Mans, printemps 2007).
 
Les dormeurs
François Daireaux
(2006 - 3' - France)
Chaque jour de nouvelles personnes en attente d’un travail s’assoupissent dans un parc. Réalisée à Marrakech au Maroc.
 
The sleeping girl
Corinna Schnnit
(2001 - 90' - Allemagne)
Un quartier d’habitation résidentiel d’une ville énigmatique totalement désertique. Dans une atmosphère fantomatique et inquiétante par son manque de vie, seule la présence humaine d’une voix sur un répondeur téléphonique vient rompre ce silence.
 
Villa
François Daireaux
(2004 - 51' - France)
Intrusion dans un domaine privé. Réalisée sur les bords de l’Oise en France.
 
Shangaï Shangaï
Zhenchen Liu
(2006 - 11' - Chine)
Shanghaï Shanghaï présente Shanghai comme elle est conçue, pensée, imaginée en maquettes et en images de synthèse, et par ailleurs, il présente la réalité de quartiers sacrifiés. Ce film confronte trois types d’images, image utopique de cette ville, image métaphorique et image documentaire.
Shanghai Shanghaï, de l’idéal des promoteurs immobiliers en image de synthèse à la réalité de quartiers sacrifiés.
Le film présente Shanghaï de l’idéal en maquettes et en images de synthèse à la réalité de quartiers sacrifiés
 
La Bande anonyme
Sara Millot
(2007 - 14' - France)
« La première des trois formes de société dont se détache, comme d’un arrière-plan sombre et primitif, notre société basée sur l’amitié personnelle et l’amour, est ce qu’on appelle la bande anonyme.
Elle apparaît chez de nombreux invertébrés comme les seiches et les insectes, et même l’homme peut, dans certaines conditions déterminées, retomber en panique à l’état de la bande anonyme et ainsi régresser. » (Konrad Lorenz)
 
Hezraelah
Yann Beauvais
(2006 - 44' - France)
 
Bataille de neige contre Tag Nazi
Régis Perray
(2004 - 3' - France)
Dans cette seconde vidéo du diptyque contre les tags nazi, Régis Perray ramasse la neige à ses pieds et la lance contre une des nombreuses inscriptions antisémites, ici "Les juifs au gaz", sur les murs de la ville de Lublin en Pologne. Ainsi, pour l’hiver, la neige blanche recouvre, cache de façon éphémère ce tag.
 
Entre-Temps
Christian Barani
(2006 - 31' - France)
Une marche dans une vallée qui contourne le Manaslu. La présence fantomatique mais bien réelle des maoïstes m’empêche de filmer dans les premiers jours. Puis les militaires disparaissent, l’image peut exister. Durant cette avancée, une caméra super8 capte le temps de la marche où l’esprit glisse, se fragmente, se boucle, s’émeut et une caméra vidéo enregistre le temps qui se déploie.
 
Mieux vaut prévenir...
Jean-Michel Espitallier
(2004 - 3' - France)
Mieux vaut prévenir... est un texte extrait de En Guerre paru en avril 2004 chez Inventaire-Invention.
Par accumulation grotesque de noms de guerriers (ou de figures ridicules : Hulk, Rintintin, le gang de la banlieue sud, etc...), Jean-Michel Espitallier, fidèle à ses modes opératoires (liste, dérision, comique), parodie le discours de l’état-major américain qui, au cours de l’hiver 2002-2003, assurait que les Etats-Unis n’attaqueraient pas l’Irak tout en amassant des troupes un peu partout dans la région.
Ce texte a été ensuite « machiné » par Pierre-Alexandre Loy et Nicolas Frize pour être projeté sur un mur de l’hôpital Saint-Lazare à Paris, à l’occasion des Nuits blanches 2004.