L’Expérience documentaire jeune public - Rencontre illustrée

Éveiller et attiser la curiosité, apprendre à regarder, à affiner son écoute et sa perspicacité, susciter le sens critique et l’échange argumenté, sont les principaux objectifs de nos expériences de programmation "Jeune Public". Elles ont touché tous les publics scolaires (ou loisirs) – du primaire au lycée, deux milliers environ sur quelques années – selon des formules variées qui vont de la séance unique au processus sur une année scolaire, partant d’un éventail d’une cinquantaine de films courts et longs, en présence des auteurs le plus souvent.

Il n’existe pas à notre sens de corpus "spécifique" de films destinés au "jeune public", sauf à vouloir se cantonner dans le registre stéréotypé du film animalier anthropomorphique ou des films "miroirs tendus à la jeunesse".
Analyse croisées et intuitions : notre méthode est empirique et expérimentale comme le sont aussi les programmations. En évitant ce qui nous semble l’écueil le plus évident : l’instrumentalisation des films avec les meilleurs intentions. Ainsi se garder de trop de "pédagogisme", de prendre une orientation trop "cinéphilique" à l’ancienne mode ou au contraire de trop "thématiser" (l’histoire, le caractère citoyen, la prévention, etc.).

Envisagé comme un spectateur libre et responsable (même si accompagné bien sûr), le "jeune" qu’il soit écolier, collégien ou lycéen est prêt à des "aventures en cinéma" beaucoup plus audacieuses que ce à quoi certains adultes voudraient se cantonner : pas de tabou sur la durée, même s’il ne faut pas forcer selon les contenus au-delà des 80 minutes voire exceptionnellement le standard long-métrage 1h30. Ne pas craindre de montrer du film de "répertoire" et en noir et blanc (ex : Le Bonheur de Medvedkine montré à des primaires) ou des films dont l’écriture peut paraître "expérimentale" et la narration non académique : réactions et questions fusent, c’est ce qui est passionnant !

Le film documentaire pour "jeunes" n’existe pas en soi : c’est plus l’émanation d’un choix averti et minutieux et une manière "de montrer", qui rend un film de démarche documentaire accessible au jeune public.


 
Mon petit frère de la Lune
Frédéric Philibert
(2008 - 6' - Sacrebleu production - France)
Une petite fille essaie de comprendre pourquoi son petit frère (autiste) n’est pas vraiment comme les autres enfants et donne sa version des faits.
 
L’Instinct de conservation
Pauline Horovitz
(2009 - 4' - France)
Sur tous les objets qui devraient finir à la poubelle, mais que je garde, parce qu’ils sont devenus des reliques de personnes absentes : tickets de métro, lettres, vieux jouets, savons d’hôtels, etc.
 
Les Souvenirs d’hiver se content à l’automne
Yves Mimo
(2009 - 39' - Ciné Margo - France)
Margo et Rémi attèlent leur caravane et s’engagent sur les routes de l’Europe à la rencontre des Roms. Mais en chemin, leur convoi les attire vers les camps nazis où fut décimé le peuple du vent. À chaque halte, leur caravane se leste de la mémoire du génocide tsigane. Puis, à la veille de Noël, au bout d’une route de campagne, ils sont accueillis par une troupe d’enfants roms. Au moment du retour, Margo et Rémi peinent à tirer leur caravane devenue lourde d’incompréhension : comment les nazis avaient-ils pu vouloir la mort de ces gens-là ?
 
France 2007
Gee-Jung Jun
(2007 - 20' - SACRE - Film Flamme - France)
Des corps, des visages, des regards, des lieux de vie, de l’humanité. Cela se passe en France, en 2007, dans un bidonville de Lyon, habité de Roumains, de Tziganes, oubliés de la société, sans papiers, sans droits, qu’en d’autres contrées on appellerait des intouchables.
La force du film est de laisser s’épanouir dans la splendeur de ses images l’évidence du bonheur quand le consensus ambiant rumine la langue asséchée du misérabilisme. Dans ce parti pris de la vie, le geste est éminemment politique. Éloquence du cinéma muet.