L’Adresse-Atelier Gulliver

Qu’il s’adresse à soi, à un autre, réel ou fantasmé, ou à la multitude de ses destinataires, qu’il utilise des formes directes, indirectes (ou par ricochets), on est tenté de dire que le cinéaste se sert de l’adresse comme d’une stratégie formelle pour exprimer ce qui l’habite.
Si cette question nous vient du théâtre, et en particulier du jeu de l’acteur, on peut croire qu’elle fonctionne dans le cinéma documentaire à rebours de la fiction, pour laquelle elle est tantôt moralisatrice, tantôt interpellation politique ou spirituelle. En cherchant à flatter le goût du public par le jeu et la démystification, l’adresse est avant tout un des ressorts dont dispose la fiction pour entretenir l’illusion alors que dans le documentaire, elle semble être l’élément structurant de la non-fiction, à la fois émanation du point de vue de l’auteur, mode de relation choisi avec le spectateur, et clé de voûte du pacte narratif. Pourtant, l’adresse est un leurre : parce qu’en étant l’un des éléments qui permet d’attester la non-fiction, elle sert en réalité de levier pour révéler les arrières plans cachés. A ce titre donc, elle est avant tout un dispositif participant de la panoplie du cinéaste qui mise sur la réception du spectateur pour le conduire là où il l’entend.
A partir de quelques exemples significatifs, Gulliver va tenter d’identifier quelques unes des stratégies mises en oeuvre, de l’espace fermé dans lequel le cinéaste se filme et semble s’adresser à soi seul jusqu’à l’espace le plus ouvert dans lequel celui qui est filmé s’adresse par delà son interlocuteur direct à la masse des spectateurs.
 
Sombras
Oriol Canals
(2009 - 94' - Corto pacific/Turkana films/Paradise films - France/Espagne/Belgique)
Chaque année, des réfugiés viennent s’échouer inexorablement sur les côtes de l’Espagne. Comment montrer des personnes qui ont peur d’être vues ? Comment raconter leur histoire, alors qu’ils n’aspirent qu’à oublier?
 
Cara mamma
Silvia Radelli
(2010 - 12' - AUTOPRODUCTION - France)
Une femme s’adresse à sa mère mourante. Lettre d’amour, lettre d’adieu, lettre tardive, pour lui dire ce qu’elle n’a jamais pu.
 
Entering difference
Vincent Dieutre
(2000 - 28' - G.R.E.C. - France)
Il fait extrêmement froid. Ce sont les derniers jours du dernier hiver du 20ème siècle. Je suis à Chicago pour un festival mais également pour réfléchir, savoir où j’en suis avec l’autre. Avec le monde aussi. Là-bas, tout ce qui mine notre quotidien s’exacerbe ; amourette, neige et oubli, ma lettre est la chronique de cet “hiver de l’amour”, le relevé instable de ce gel du réel. Bienvenue dans l’indifférence.
 
L’an prochain la révolution
Frédéric Goldbronn
(2010 - 71' - Cauri films - France)
En faisant le portrait de Maurice Rajfus, Frédéric Goldbronn renoue avec sa propre histoire et semble s’adresser au père qu’il aurait aimé avoir.