Cinéma dansé

Avec le cinéma dansé, graphie et mouvement, se propose un autre rapport au monde et à la représentation, dégagé de la nécessité de l’intelligible et donc plus porté vers le sensible et l’imaginaire. Une méditation sur le corps, l’espace, le déplacement qui transgresse donc les frontières. C’est une des meilleurs manières d’interroger « ce que peut le cinéma aujourd’hui », comme le théâtre dansé de Philippine Bausch, -« grandie dans un bistrot » celui de l’hôtel de Solingen que géraient ses parents qui inspirera le fameux CAFÉMÜLLER(1978), a proposé une nouvelle manière de regarder le corps dansé. Ainsi peuvent naître de nouveaux « objets documentaires » et des recherches
plastiques.
Sidi Larbi Cherkaoui, n’avait que deux ans quand se produisait pour la première fois, CAFÉ MÜLLER, c’est dire qu’il est de la génération qui a toutes les raisons de penser et réfléchir, l’exil, la migration, l’identité à travers sa danse et ses créations. Qu’il est aussi d’une époque où la transdisciplinarité est naturelle et fluide : collaborations avec des plas-
ticiens comme Anthony Gormley, les moines d’un monastère Shaolin ou les chanteurs corses de la formation A FILETTA. Que se « frotter » à d’autres pratiques et d’autres univers, diffuse de nouveaux sens, de possibles interprétations libres, des énergies nouvelles.
Après avoir présenté, il y a trois ans, DEGRÉZÉROL’INFINI, un processus créatif partagé entre Sidi Larbi Cherkaoui et Akram Khan, un précé-
dent film de Gilles Delmas, nous proposons avec LESAILESBRISÉES, un nouvel opus où se mélangent codes et modes de représentations…
Avec ce regard de cinéaste plasticien « au plus près ». La collaboration entre le chorégraphe et Gilles Delmas remonte à la création, en 2007 de la Zon Mai, une installation pour la Cité de l’émigration… Nous proposons aussi de découvrir deux courts-métrages de Manon de Boer, et Gilles Delmas, encore lui, qui envisagent, la solitude de la danseuse captée l’une et l’autre, dans des situations singulières…corps et souffles suspendus.
D.H.
 
Dissonant
Manon de Boer
(2010 - 11' - Auguste Orts - Belgique)
Dans Dissonant Manon de Boer filme la danseuse Cynthia Loemij en train d’exécuter une réponse de 10 minutes au 3 sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe – pièce musicale dont Loemij a des souvenirs très nets. La caméra suit ses mouvements. Une limite temporelle physique - la durée de 3 minutes de la bobine 16mm - interrompt l’enregistrement du mouvement par la caméra. Tandis que la danse continue et le son des mouvements demeure encore audible, l’écran reste noir pendant la minute nécessaire pour remplacer la bobine de film. C’est pendant ces moments d’interruption de l’image, qu’un jeu avec la mémoire des spectateurs se met en route. Comme Loemij qui doit retrouver la musique qu’elle danse dans sa mémoire, le spectateur projette l’image du corps de Loemij dansant sur l’écran noir, aidé par le son et le souvenir de ses mouvements répétitifs. En respectant la durée originelle de la danse ainsi que les durées de chaque bobine individuelle de film, le public est confrontée à la déconcertante dissonance de l’image et du son.
 
Les ailes brisées
Gilles Delmas
(2009 - 50' - LARDUX - France)
À Anvers, lieu de création du spectacle « Apocrifu » pour le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, les trois danseurs Sidi Larbi Cherkaoui, Yasuyuki shuto et Dimitri Jourde collaborent dans un mélange de codes et de langages, marqué par la différence de leur style et de leur formation, contemporaine, classique, ou circassienne; autant d’écoles que de nationalités, magnifiquement sculptés par les chants corses de A Filetta, qui les accompagnent dans cette expérience.
Les artistes sont devenus messagers d’un langage international et brillent comme l’étoile du poète, ils nous interpellent car ils parlent de l’artiste en général, et dénoncent les artifices des religions, des groupes, de leurs règles, et défendent le respect du droit humain, et de la liberté.

Ce film documentaire nous fait découvrir l’origine du processus créatif entre trois danseurs de renommée internationale, Sidi Larbi Cherkaoui, Yasuyuki Shuto, et Dimitri Jourde, et un groupe de polyphonies corses « A Filetta », leur contact, leur envie de créer ensemble un spectacle intitulé « Apocrifu », pour le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles.
« Apocrifu » est une introspection de l’art, de la chorégraphie, des corps, des polyphonies corses, des hommes, et de la religion, et de la poésie. 

 
Living Chiaying
Gilles Delmas
(2010 - 13' - France)
Le portrait d’une danseuse contemporaine à Taiwan, un travail cinématographique en couleur à la pause B, en pixilation. un film frontal ou la gestuelle du corps correspond à celle de la caméra. une interaction entre la rencontre chorégraphique et cinématographique qui décrit au plus proche la tragédie de la solitude de l’artiste. Une réflexion visuelle sur la résilience, les vibrations, les états modifiés de conscience de l’artiste