En conversation avec Pierre Creton

Pierre Creton est cinéaste et ouvrier agricole.
Il réalise ainsi tous ses films dans un territoire spécifique : le Pays de Caux, en Haute-Normandie. Les diverses activités agricoles qu’il y a exercées (apiculteur, ouvrier dans une endiverie, vacher et peseur au contrôle laitier) ont régulièrement servi de cadre ou de prétexte à ses films.
 
L’Arc d’Iris, souvenir d’un jardin
Pierre Creton
(2006 - 30' - Atlante Productions - France)
Trois semaines de marche dans l’un des endroits les plus hauts du monde, la vallée du Spiti, Himalaya. Des séquences de fleurs cueillies comme un herbier et scandées par la rumeur des villages et le chant des monastères.
 
Détour-Johan from Foula
Pierre Creton et Vincent Barré
(2005 - 30' - France)
« Mesurer et arpenter, c’est inventer un diagramme, c’est organiser le temps et l’espace, recoudre le passé et le futur, l’ici et le là-bas. Dans un diagramme, le centre c’est soi. Mais il se déplace, le centre n’est pas propriétaire, il est voyageur. Le monde est une infinité de centres. »
Vincent Barré
 
Deng Guo Yuan
Pierre Creton
(2010 - 24' - France)
« J’ai repensé à Marguerite Yourcenar dans une de ses Nouvelles orientales, Comment Wang-Fô fut sauvé : « Le monde n’est qu’un amas de taches confuses, jetées sur le vide par un peintre insensé, sans cesse effacées par nos larmes ». Découvrant le travail de Deng (entre la peinture traditionnelle chinoise, Claude Monet et Cy Tombly) alors que je terminais « La Trilogie en Pays de Caux », je me suis senti formellement proche, bien que chez lui la figure n’apparaisse pas. Le noir et blanc de ses peintures au lavis sur papier m’a permis dans ce film des passages du noir et blanc à la couleur, comme ils existent avec d’autres sens dans les autres films du recueil : les extraits de Jean Renoir dans Aline Cézanne, les photos du Havre détruit dans Papa, Maman, Perret et moi, les images infrarouges prises par Georges-Arthur Goldschmidt dans Le Paysage pour témoin. Dans l’atelier de Deng, la tentative complètement artificielle de reconstituer la nature m’a frappé. C’est ce que j’ai tenté de capter, essentiellement par le son : le mainate, le grillon, le vent du ventilateur dans les plantes vertes… »

Pierre Creton
 
Aline Cézanne
Pierre Creton et Vincent Barré
(2010 - 20' - France)
« Durant l’été 2008, nous avons accompagné notre amie Christine Toffin à Bourron-Marlotte rendre visite à sa tante Aline Cézanne, la petite fille du peintre. Bourron-Marlotte est un village près de Fontainebleau où Auguste Renoir et Paul Cézanne venaient peindre dans leur jeunesse. Puis Jean Renoir y a acheté la Villa Ste El, et fait acheter à son ami Paul Cézanne, le fils, "la Nicottière" - où Aline est élevée.
Un portrait où se croisent la peinture et le cinéma. Une histoire du XX ème siècle qui nous amène à ce seuil d’intimité où la vie et la création se mêlent et révèlent de l’enfance à la vieillesse des survivances – de l’image et de la nature en une sorte de bienveillance, une volonté de dialogue. »

Pierre Creton et Vincent Barré
 
Maniquerville
Pierre Creton
(2009 - 88' - Capricci Films - France - français sous titres anglais)
Le Centre de gérontologie de Maniquerville, dans le Pays de Caux, accueille des personnes âgées, souvent atteintes de maladie neuro-dégénératives.
La comédienne Françoise Lebrun vient régulièrement de Paris faire des lectures aux résidents, stimulant ainsi leur mémoire et leur parole. Un lien très fort s’instaure entre Françoise et Clara, animatrice au Centre.
 
La vie après la mort
Pierre Creton
(2002 - 23' - France)
Portrait post-mortem de Jean Lambert.

« Vattetot-sur-mer, petite commune du pays de Caux. Derrière l’église, la maison de Pierre Creton ne ressemble à aucune autre. A peine franchi le seuil frappe la singulière densité du vide. Tout semble disposé, rangé, pour que rien ne perturbe les lignes, n’encombre l’œil par une complication inutile.
Peu de maisons semblent pourtant aussi précisément, rigoureusement habitées. Creton confirme,
l’habitation est une de ses préoccupations majeures : « Habiter où, comment, avec qui ? C’est le vide et le plein. Et habiter cette maison, ce fut d’abord habiter chez quelqu’un ». L’histoire de la maison est aussi celle d’un film, La vie après la mort. »
Cyril Neyrat
 
Le voyage à Vezelay
Pierre Creton
(2005 - 30' - France)
A la mort de son père, Pierre accompagné de Marie et Bénaïd ses amis, se rend à Vézelay sur la tombe de Georges Bataille. Là-bas, ils sont reconnus par un prêtre qui semble distinguer les touristes des mystiques, ceux qui viennent pour l’écrivain et ceux qui viennent pour Dieu.
 
L’heure du berger
Pierre Creton
(2008 - 40' - France)
« Un certain type de vie quotidienne (heures fixes, mêmes personnes, formes et lieux de piété) amenait des pensées surnaturelles. Sortir de ce schéma et les pensées s’envolent. » Cesare Pavese



« J’avais littéralement organisé ma rencontre avec Jean Lambert. Très vite, je redoutais sa mort.
N’avait-il pas tenté de me prévenir : choisir un ami si vieux. La nuit, nous écoutions des javas jusqu’à ce que la peur se dissipe. Nous avions en tous cas bien ri devant la caméra toute seule bêtement en train de nous filmer. » « En septembre 1999 j’achetais la maison de Jean Lambert, qui venait de mourir, pour tenter de finir le film commencé avec lui deux ans auparavant : La Vie après la mort.
Déjà dans ce premier film tout se passait dans sa maison, avec lui, puis sans lui : tentative de filmer son absence. Dans L’heure du Berger c’est sa présence en tant que fantôme que j’ai voulu saisir. C’est un film que je n’ai pas vu venir. Au printemps 2007, alors que cela arrivait régulièrement, Jean est revenu, mais cette fois plus présent. Dans un même mouvement j’ai profité de sa présence et je l’ai nourrie, pour envisager un second film : sept ans après sa mort…toujours dans sa maison. »

Pierre Creton