Filmer le Politique, ici, maintenant, que faire?

«Qu’est-ce que filmer le politique aujourd’hui ? S’agit-il de rendre compte, à l’image de l’écriture politique, de son storytelling, ou bien de filmer la langue, les gestes et les corps, comme une remise en scène, en cause de son propre dispositif ? Trois cinéastes, trois propositions »

Telle est la proposition de l’Acrif pour le Mois du film documentaire 2011 et notre manière de nous en saisir. Après avoir programmé le film de Sylvain George, Qu’ils reposent en révolte dans notre sélection 2010 et une thématique « Qu’avez-vous vu à Sangatte » en 2003, il nous semblait plus pertinent de, cette fois, porter le regard aujourd’hui au cœur de l’Europe en crise, malade de la financiarisation, de la spéculation et de la déréglementation.
En Grèce avec Camille Lotteau, d’autant que son film résonne en écho avec d’autres films des sélections de cette année comme Ici rien en Ecoles et Formations ou La Main de Dieu (ou la queue du renard) en sélection long.
Puis sur l’analyse critique-caustique du formatage des comportements que met en scène Jean-Charles Massera.
L’idée est donc de faire se rencontrer deux démarches que rien n’oppose mais ne rapproche et dont les espaces de monstration sont souvent forts différents, parfaite symbolique de la fragmentation des représentations dans notre monde techno-dépendant, à mille lieues d’un cinéma « militant » classique, aujourd’hui très essoufflé (mais qui bouge encore, doit-on s’en réjouir ?)


Camille Lotteau
Camille Lotteau est ingénieur du son d’origine mais également réalisateur (Mon monde, le Monde, de Week-end à Turin et de Bord de). Il est membre du Collectif Othon et créateur de l’ International Guide Contest.


Jean-Charles Massera
Ancien critique d’art, écrivain, auteur multi-supports (la chanson, le clip, la vidéo, la photo, la radio, le théâtre) Jean-Charles Massera est un « proto dépressif » comme il l’exprime dans un entretien télévisé, réagissant par l’écriture à l’effacement symbolique et réel de l’identité dans le processus de mondialisation et de déterritorialisation en cours.
Considérant qu’il n’y a plus d’expérience directe de la culture mais juste une logique de consommation de celle-ci, Jean-Charles Massera en réemploie les codes pour tenter de les subvertir à travers clips, affiches, sitcoms et spectacles de théâtre comme Que faire ? Le retour, une collaboration avec le metteur en scène Benoit Lambert, créée cette année au Théâtre de Dijon Bourgogne puis repris au théâtre de la Criée à Marseille et à la Colline à Paris.

Tout le programme du Mois du film documentaire est disponible: www.moisdudoc.com
 
Grèce, une expérience unique
Camille Lotteau
(2010 - 105' - Autoproduction - France)
Le 6 décembre 2008, un adolescent est tué à Athènes par une balle policière. D’importantes manifestations s’organisent dans les villes grecques. Le week-end suivant, je vais promener une caméra dans les rues d’Athènes aux côtés des manifestants.
 
Tunnel of Mondialisation - Le Mec et la Nana qu’ont un peu d’mal à enchaîner - Les Mecs qui réalisent qu’y a un truc qui va pas
Jean-Charles Massera
(60')
Projections et Rencontres

Le Mec et la Nana qu’ont un peu d’mal à enchaîner
2010, 7min16, France
Ou le détournement / retournement d’un sitcom en sept tableaux où la nana d’un couple pète un câble et explique à son mec que la perte généralisée du désir et la captation de son énergie libidinale par le capitalisme c’est pas de d’sa faute.


Les mecs qui réalisent qu’y a un truc qui va pas
Work in progress. Extraits des trois premières scènes du long métrage inspiré de la pièce éponyme.
Trois cadres pas tout à fait dans les clous de la culture d’entreprise réalisent qu’il y a un truc qui va pas avec les femmes.
Récit d’une prise de conscience progressive de l’étendue des dégâts en matière de ségrégation sexuelle dans un monde et une culture où l’inégalité des genres est vécue comme naturelle et non problématique.

Tunnel of mondialisation
Clip, 7 min