My country is cinema

Seconde bobine d’une programmation déroulée l’an passée autour des « cinéastes au travail », et en écho avec la carte blanche offerte au MAC/VAL, les documentaires présentés dans cette séance dressent le portrait de Patricio Guzman et Jean Eustache, deux réalisateurs pour lesquels la coupure entre le cinéma et la vie n’existe pas. À l’instar de son imposante filmographie, l’histoire du Chili reste en effet chevillée aux images de Patricio Guzman (se rappeler les trois parties très impressionnantes de « LA BATAILLE DU CHILI »). En s’appuyant sur un dispositif qui tend presque à l’épure, Boris Nicot montre comment les fantômes du passé (le coup d’état du général Pinochet et la fin tragique de Salvador Allende) se réactivent dans le présent. De la table de montage aux archives ou encore par le biais d’un "travail à la table" à l’aide de photographies; si l’on mesure le poids du traumatisme, la force de son impact sur plusieurs générations, on est aussi saisi par la force de ces configurations d’images fixes, par leurs associations poétiques qui les détachent de leur stricte valeur documentaire. Sous d’autres formes, les histoires de fantômes occupent une place non négligeable chez Jean Eustache, qui se décrivait lui-même comme un archiviste (dont le film fait entendre l’étymologie par la voix de Sylvie Durastanti : ce qui est ancien). Le film d’Angel Diéz construit par petites touches intimiste, mais dans un noir et blanc somptueux, le portrait mélancolique d’un autodidacte qui fut autant écrivain que cinéaste.
 
La peine perdue de Jean Eustache
Angel Diez
(1997 - 54' - LES FILMS DU POISSON - FRANCE - V.O.)
Le film est un hommage à Jean Eustache, grand cinéaste français peu connu et disparu. Au fil des lieux, des témoignages, des images et des sons, ce film esquisse le portrait du cinéaste et fait revivre, pour un moment, son œuvre et sa vie. On retrouve ici le principaux opus du cinéaste, au premier rang desquels « La Maman et la Putain » (1973). Mais aussi des films moins connus tels « La Rosière de Pessac » (1968 et 1979) ou un inédit tel « Numéro Zéro » (1971) consacré par le réalisateur à sa mère. Peu à peu, s’élabore ou transparaît la méthode empruntée par Eustache. Une fidélité quasi obsessionnelle au réel, héritée selon ses propres aveux de Lumière. Toujours en marque de la Nouvelle Vague, Eustache a influencé et marqué toute une génération, et son cinéma reste une source de savoir et d’inspiration.
 
Filmer obstinément, rencontre avec Patricio Guzman
Boris Nicot
(2014 - 97' - INA/ GERALD COLLAS - FRANCE - V.O. sous-titrée français)
Un portrait du cinéaste Patricio Guzman. Le film propose un voyage à travers son cinéma, marqué par l’Histoire récente de son pays le Chili. De « La Bataille du Chili », monument du cinéma direct retraçant les dernier mois de Salvador Allende et de l’Unité Populaire chilienne, au « Bouton de Nacre », projet en chantier filmé ici dans sa genèse, Patricio Guzman se dévoile et dévoile sa vision du cinéma.