My country is cinema

Cette troisième saison est le fruit d’un nouveau partenariat qui s’ouvre avec l’INA et le producteur Gérald Collas. Ancrée à l’origine sur des portraits de cinéastes au travail, cette programmation en deux séances et quatre films débute par… un voyage aux origines de la télévision.
Meilleure amie ou ennemie du cinéma, selon les époques et les financements, LA TÉLÉ d’Henry Colomer (terme plus familier que la télévision) est un saisissant montage d’archives, sans commentaires, sur cet objet qui a révolutionné, pour le meilleur et pour le pire, notre rapport aux images et aux sons. Le montage polyphonique des archives télévisuelles invite ainsi le spectateur, ici de cinéma, à plonger dans les entrailles de « la bête » pour y mettre au jour l’essence, ou plutôt les essences, de cet outil protéiforme qui, dès ses débuts, enregistre ses premières images au cœur des églises, avec ses rituels religieux et ses sacres de têtes couronnées (les princes et princesses). Mais le film de Colomer montre aussi ce que l’on n’attendait pas forcément : la propension de la télé à agréger des foules autour de son (petit) écran, dans une communion collective beaucoup moins froide qu’on ne l’imaginait. Ce qui n’a guère changé aujourd’hui.
La seconde partie du programme est plus iconoclaste. Ne serait ce que par la personnalité des deux cinéastes à l’écran, deux écorchés vifs du cinéma français contemporain : Vincent Dieutre et le trop rare Jacques Nolot. Réalisé pendant les repérages et le tournage de ORLANDO FERITO, VINCENT DIEUTRE, LA CHAMBRE ET LE MONDE mêle au registre d’un abécédaire, lu par l’actrice Françoise Lebrun, des temps d’entretiens et des extraits de films (dont le magnifique ROME DÉSOLÉE). Adossé à ce dispositif, le film de Fleur Albert dévoile une œuvre à la première personne, dense, d’inspirations multiples, à la croisée de différentes catégories esthétiques et de régimes d’images et de sons : documentaire, arts plastiques, fiction, création sonore, musique, autobiographie. Un ensemble de strates et de ramifications qui ne s’interdisent pas de produire un discours critique sur le monde, même (et surtout ?) depuis sa chambre.
De nombreuses passerelles relient le travail de Vincent Dieutre à celui de Jacques Nolot : un même rapport à l’autobiographie, aux rituels, à l’écriture. Cependant, comme le montre et le fait entendre le film d’Estelle Fredet, si la place du « je » est déterminante chez Nolot, elle ne s’exprime pas de la même manière dans ses films. Liée peut être à ses origines, un père qui ne l’a pas reconnue, cette place instable opère sous le manteau, à l’abri des salles obscures des cinémas pornos de la Place Clichy. Les choix des extraits offerts à notre regard - la violence plus ou moins contenue dans LE CAFÉ DES JULES ou LA MATIOUETTE ; le dernier plan si bouleversant tiré de LA CHATTE À DEUX TÊTES qui voit Nolot, travesti en vamp brune, se dissoudre lentement dans le noir de l’écran – confirme ce que l’on pressentait depuis le début : la présence d’une voix (son bel accent) et d’un corps filmé sans fard et souvent en (dés)équilibre. Un homme qui croit, non sans humour et détachement, que « la vie c’est jouer et jouer c’est la vie ».
Eric Vidal
 
La télé
Henry Colomer
(2014 - 55' - France)
Malgré l’importance croissante d’Internet, la télévision reste l’alpha et l’oméga de la vie sociale et politique. Tout y converge, rien ne se décide sans elle. Réalisé à partir des archives de l’Ina, sans commentaire ajouté, ce film est une chronique sur les premières décennies de la télévision française.

En présence du réalisateur
 
Pedro M
Andreas Fontana
(2015 - 27' - Suisse/Espagne)
Caméraman pour la télévision espagnole, Pedro Martin s’est distingué en filmant en direct la tentative de coup d’Etat au Parlement espagnol, le 23
février 1981. En cherchant à percer le secret de son père, disparu sans laisser de traces, la fille du caméraman rencontre des personnages hantés par les images du passé. Parfois, les archives historiques cachent un drame intime… Une envoûtante fiction du réel.
 
Vincent Dieutre, la chambre et le monde
Fleur Albert
(2012 - 88' - France)
Depuis 20 ans, Vincent Dieutre construit une oeuvre à la lisière de la fiction, du documentaire et des arts plastiques, qui repense et explore en profondeur l’esthétique du cinéma et son écriture. Ce film propose une immersion dans son travail quotidien autant qu’un parcours critique au sein de son œuvre.

En présence de la réalisatrice
 
Nolot en verve
Estelle Fredet
(2014 - 76' - France)
Jacques Nolot, cinéaste, scénariste, acteur, s’entretient avec Bernard Benoliel devant des extraits de ses films avec générosité et malice.
L’urgence d’un premier texte improvisé au théâtre (La Matiouette) est le point de départ d’une écriture biographique qui le conduit presque par accident vers le cinéma. En un court-métrage (Manège) et trois longs (L’Arrière-pays, La Chatte à deux têtes, Avant que j’oublie) dans lesquels il interprète le personnage principal, Nolot développe une écriture où l’expression de soi le libère à chaque fois d’une souffrance ou d’un deuil, invente des fictions où s’estompe la frontière entre vivre et jouer. Des acteurs pour la plupart non professionnels l’accompagnent dans cette quête d’expression au plus près de la vie.

En présence de la réalisatrice