Odes Maritimes

Les mers et les océans. Matières inépuisables pour l’inconscient et les rêves. Source et matrice de tant de récits et de tant de légendes tapies au cœur de l’enfance...
A l’heure du réchauffement climatique et de ses conséquences néfastes et irrémédiables pour l’environnement en l’absence d’un changement de paradigme, les quatre fragments proposés ici composent une constellation maritime en forme de circumnavigation cinématographique. S’ils sont en filigrane un chant d’amour à cette mer absolue aujourd’hui en péril, ils tracent surtout les contours d’une géographie humaine et sensible, celle des artisans pêcheurs avec ses rites archaïques et ses gestes ancestraux qui ont traversé les temps. Une géographie humaine menacée d’être engloutie par les pratiques prédatrices de la pêche industrielle conjuguées aux effets destructeurs de la marchandisation globalisée. Cette menace est d’autant plus violente qu’elle tend à abolir toute conscience historique au profit d’une gestion immédiate des ressources et des hommes.
Empruntant à une diversité de formes (essai, journal, cinéma direct), de sources et de registres (recours à l’estampe, aux relevés scientifiques, à l’expertise économique, à la cartographie), ces quatre escales nous rappellent combien la (sur)vie des hommes est inextricablement liée à celle des océans. Première escale, Rabo de Peixe, petit village des Açores où le travail artisanal de la mer constitue - pour combien de temps encore ? -, la principale activité économique. Direction ensuite vers la baie de Minamata polluée par les déversements de mercure de la compagnie Chisso.
Troisième cap aux confins de la mer des Célèbes où s’éteint dans le plus grand silence la tribu nomade et apatride des Badjao. Fin du voyage à Rotterdam et Hong Kong où les grandes industries portuaires exercent la toute puissance de la nouvelle économie. Au bout du périple finalement, il s’agit bien d’un même dessein : résister avec nos maigres moyens à l’inacceptable domination des marchés.
Eric Vidal
 
Walking under water
Eliza Kubarska
(2014 - 77' - Pologne)
Alexan, l’un des derniers plongeurs de l’île de Maboul près de Bornéo. Il enseigne à Sari, son neveu de 10 ans, toutes les techniques anciennes de pêche de ses aînés. « Walking under water » présente les anciennes traditions de la tribu et leur lien unique avec l’océan comme un récit magique face aux pressions urgentes et aux problèmes auxquels ils sont confrontés. Alors qu’Alexan refuse d’accepter que le monde de ses ancêtres s’en aille, Sari est déchiré entre son désir d’être un pêcheur comme son oncle et son envie de découvrir le nouveau monde, à commencer par une station balnéaire à proximité.
 
Rabo de Peixe (Le chant d’une île)
Joaquim Pinto et Nuno Leonel
(2015 - 103' - Portugal)
A l’échelle planétaire, la pêche industrielle épuise les océans. Rabo de Peixe, petit village des Açores où la pêche artisanale a longtemps constitué la principale activité économique, est en difficulté. Pedro, jeune patron de pêche, doit faire face aux périls inhérents à la vie des travailleurs de la mer. Pendant deux années entières, ce film raconte sa détermination, et celle de son équipage, à rester libres.
 
L’océan de l’oubli
Noel Burch et Allan Sekula
(2012 - 113' - Pays-bas)
Ce film traite de la globalisation et le rôle que la mer y joue - comme l’espace oublié de ces temps modernes. Nous voulons montrer les effets inéluctables de la globalisation comme un pas indispensable dans le développement du capitalisme dans un système économique mondial. Le film fait l’analyse du transport des cargaisons maritimes à travers le monde, dans lequel la mer joue un rôle crucial.

En présence de Noël Burch et d’Olivier Meïer, directeur du festival de l’Oh
 
Minamata, les victimes et leur monde
Noriaki Tsuchimoto
(1971 - 96' - Japon - Japonais)
Premier film à rendre compte du drame de Minamata. Depuis longtemps, une grosse usine de produits chimiques de la société Chisso est installée dans cette ville située sur l’ile de Kyushu, au sud du Japon. Les premiers cas de la maladie de Minamata sont enregistres en 1956 et de nombreux enfants naissent malformés.