Sélection Premiers Films

Depuis 2013, la sélection des Écrans Documentaires présente premiers et seconds films documentaires toutes durées confondues, issus d’écoles, de formations, produits ou autoproduits.
Vingtième cru du festival, elle regroupe cette année onze films concourant pour le Prix des Écrans Documentaires. Le prix du Moulin d’Andé récompense lui un projet de film en cours d’écriture parmi les auteurs des films en sélection.

Chaque sélection nous donne des nouvelles du Monde. D’autres nouvelles dirons-nous. Parcellaires mais à l’écart des boucles médiatiques, réductrices, amnésiques.
La tentation est grande, une fois les films choisis, de tisser des liens, trouver un sens à la radiographie d’ensemble. Sur la carte, ces nouvelles viennent cette année d’Afrique et d’Europe (est et ouest confondus). Point de signe à déceler dans ce constat géographique, les ponts semblent ailleurs. Paradoxalement, c’est peut-être le confinement des personnes donné à voir, à entendre et à ressentir (au travers de propositions formelles hétéroclites) qui, dans des périmètres et à des degrés d’urgence très variés, relie ces films entre eux.
Voyages ferroviaires d’ouvriers arrêtés par la mer au bout du désert mauritanien, rétention des migrants et galeries où s’usent les derniers mineurs en Espagne, stigmatisation des gitans au Portugal, cloisonnement ou errance d’adolescents dans les banlieues françaises, stigmates des lieux de conflits armés dans lesquels hommes et femmes cohabitent.
Et là où le huis-clos est moins perceptible, dans une exploitation agricole de l’Artois ou un conservatoire de musique luxembourgeois, c’est le poids de l’héritage familial, les méthodes d’apprentissages, la reconnaissance des pairs et des pères qui paraissent tenir reclus. Enfin, de la numérisation à outrance de nos vies humaines aux peurs les plus intimes de la pensée d’un être, l’infinité supposée ou fantasmée trouve ses limites.
Pourtant, dans l’instant ou dans la durée, les vies s’organisent, habitent et construisent le provisoire ; jouent, chantent, s’affairent méticuleusement à leur labeur ; s’évadent dans le fantasque ou le virtuel ; réécrivent les légendes et désignent leurs maux dans le partage des imaginaires. Résistent.

Manuel Briot

Jury Premiers Films:

Geoffrey Lachassagne
Geoffrey Lachassagne est né en 1978. Après des études en France et aux États-Unis, il tourne plusieurs essais documentaires, dont La Capture - un portrait de Pierre Bergounioux en entomologiste. Il mène également une activité littéraire avec l’écriture de deux pièces de théâtre et du roman Et je me suis caché.

Jürgen Ellinghaus
Durant 10 ans, il travaille en tant que chroniqueur radio, producteur et auteur de documentaires radiophoniques. Après un passage par ARTE Strasbourg, il est, de 1997 à 2004, chargé des programmes allemands de la chaîne Planète. Il réalise son premier film documentaire en 2005, La Lettre scellée du soldat Doblin (avec Hubert Ferry) puis, en 2010, La Croix et la Bannière (première française : Cinéma du Réel 2011). Son projet documentaire actuel porte sur un chapitre méconnu de l’histoire coloniale africaine et de son cinéma.

Emmanuel Parraud
Emmanuel Parraud est principalement réalisateur.
SAC LA MORT, son second long-métrage, était en sélection cette année à l’ACID à CANNES ainsi qu’en compétition officielle au festival international de Belfort Entrevues, au Vienna International film festival VIENNALE et au Geneva International Film Festival TOUS ECRANS.
AVANT-POSTE son premier long-métrage, bénéficiaire de l’Avance sur recette, a aussi été présenté à l’ACID à CANNES en 2009.
Emmanuel Parraud a réalisé aussi plusieurs court-métrages, notamment LA STATUE DE LA VIERGE et LA STEPPE, bénéficiaires de plusieurs prix et diffusés sur les chaînes de télévision françaises.
Membre fondateur de Petit à Petit production puis de A VIF CINEMAS où il travaille désormais, il a produit plusieurs documentaires, comme HORS SAISON de Jean-Claude Cottet, acheté par La Lucarne ARTE, MUTSO de Corinne Sullivan et TERRITOIRE DE L’AMOUR de Alexander Kouznetsov, montrés dans de nombreux festivals et plusieurs fois primés.
Emmanuel Parraud intervient comme formateur à l’école documentaire d’Ardèche Image, notamment dans le cadre du Master 2 Documentaire, à Lussas ainsi qu’en Sibérie et à la Réunion.
Actuellement il travaille sur ses projets de réalisation personnelles, deux long-métrages, une fiction et un documentaire, qui seront tournés en Guyane, au Brésil et à la Réunion. Il produit aussi le prochain long-métrage documentaire de Jean-Claude Cottet.
 
Diurno Doliente - Remember your Name, Babylon
Bram Van Cauwenberghe & Marie Brumagne
(2015 - 77' - Rocky&Estrella asbl - Belgique - Arabe)
Entre les couloirs des serres d’un monde sous plastique, se dessinent de petits bidonvilles où vivent hommes et femmes ayant traversé la mer en quête d’une vie meilleure. Au cœur de cet Eldorado à bout de souffle, chacun tente de recoller les débris d’un monde semblant à jamais perdu. Les jours s’écoulent au rythme des nouvelles des papiers et du travail qui tardent à venir.
 
Rhythm & Intervals
Comes Chahbazian
(2016 - 52' - Matière première / CBA (Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles) - Belgique - Anglais)
Plongé dans la préparation d’un prestigieux concours international de violoncelle, Sevak, 23 ans, féru de sport de combat, fera l’expérience dans son corps, son esprit et son cœur, de ce qui fait de lui un homme et un artiste.
 
Balada de um Batráquio
Leonor Teles
(2016 - 11' - Uma Pedra no Sapato - Portugal - Portugais)
« A la fois étranges et familiers, distants et proches, inquiétants et attirants, étrangers et universels, les gitans sont enveloppés d’une aura d’ambiguïté. On ne peut dire d’eux qu’ils sont invisibles, tant ils passent difficilement inaperçus » (Daniel Seabra Lopes)
Comme les gitans, les grenouilles, fabriquées en Chine, ne passent pas inaperçues aux yeux d’un observateur attentif. BALADA DE UM BATRÁQUIO voit le jour dans un contexte empreint d’ambiguïté. Par le biais d’un récit fabuleux traitant du comportement xénophobe, le film nous plonge dans la réalité de la vie quotidienne portugaise.
 
Matière première
Jean-François Reverdy
(2015 - 26' - Les films de l’oeil sauvage - France - Français)
Ce film utilise le dispositif antique du sténopé, technique des premières captures du réel, pour proposer une perception inhabituelle de la lumière du désert, de ses formes et de ses couleurs, peuplé par des machines et des hommes. On suit le trajet du minerai de fer, son exploitation dans les carrières à son acheminement jusqu’à l’Océan, à bord du plus long train du monde. Les plages jonchées d’épaves annoncent la fin du voyage tandis que le minerai chargé part vers d’autres horizons.
 
S’il en reste une, c’est la foudre
Marie Alberto Jeanjacques
(2016 - 37' - Perspective films - France - Français)
S’IL EN RESTE UNE C’EST LA FOUDRE est une correspondance filmée avec Annie Le Brun, poète et essayiste contemporain. Ce film tisse, sur les paysages qui m’ont constituée, lieux de la limite, du bord, du bout, les trajets me reliant à elle et à ses imaginaires littéraires : la révolte amoureuse, l’utilité de la désertion des rôles qui nous sont attribués et le lyrisme comme dernier rempart face à la mort.
 
O Tremor
Oscar Vincentelli
(2016 - 22' - ECAM - Espagne - Espagnol)
Dans une mine de charbon en Espagne, notre regard se concentre sur la cadence hypnotique du travail, révélant le mouvement incessant de la machinerie qui dévore les ouvriers : les tout derniers gestes du mythique labeur minier disparaissent lentement. Il s’agit peut-être de la dernière mine de charbon active en Europe. Nous ne le savons pas, mais les mineurs tentent invariablement d’éviter l’inévitable.
 
Les Héritiers
Maxence Voiseux
(2016 - 58' - Zeugma Films - France - Français)
Trois frères dans l’Artois : Hubert, le marchand de bestiaux, Dominique, le boucher et Thierry l’éleveur. Trois métiers dans la viande et trois façons d’appréhender la vie et la génération suivante. Comment transmettre ce savoir-faire, cet ancrage à la terre et la vie qui va avec ? Que feront les enfants de cet héritage ?
 
Dans les limbes
Antoine Viviani
(2015 - 85' - Providences - France - Français)
DANS LES LIMBES est un essai documentaire qui questionne le monde de mémoire auquel nous contribuons tous en numérisant un peu plus chaque jour nos vies et notre environnement. C’est un conte philosophique qui explore les limbes d’Internet comme s’il s’agissait de notre au-delà. La voix d’un esprit mystérieux (interprété par Nancy Huston) se réveille dans le dédale des centres de données du réseau mondial. Comme s’il ne restait plus sur Terre que cette immense machine, toujours en activité.
 
Battles
Isabelle Tollenaere
(2015 - 88' - Michigan Films / Witfilm - Belgique - Anglais, russe)
BATTLES révèle un passé qui n’est pas passé en observant les traces de la guerre dans le paysage et les mémoires. Bombe, bunker, tank, soldat : quatre symboles de la guerre nous mènent chapitre après chapitre dans de récents lieux de conflit d’Europe. On y découvre la transformation des individus, des objets et des paysages après la démilitarisation. Une zone d’ombre où se mêlent passé et présent.
 
Je suis Gong
Laurie Lassalle
(2015 - 19' - Association 1000 Visages - France - Français)
Sur un site de rencontre imaginaire, via des webcam disposées dans la cité de La Grande Borne, à Grigny, des jeunes se rencontrent, se confrontent pour la première fois au hasard des connexions. Un panorama de jeunes individus, qui nous offre une vision inédite de ce quartier, vu de l’intérieur. A chaque visage apparaît un nouveau lieu, et par ces champs sans contre-champs, la frontière entre les différents espaces s’annule. Les conversations s’entremêlent et se répondent.
 
Pas comme des loups
Vincent Pouplard
(2016 - 59' - Les Films du Balibari - France - Français)
Roman et Sifredy sont en mouvement. Ces frères jumeaux avancent dans l’âge adulte, s’évertuant à comprendre le monde autour d’eux. Dans des lieux secrets, souterrains, squats, lisières de bois, sous des ciels nuageux ou des néons à faible tension, là où la clarté peine à s’imposer, ils inventent leur vie, son langage et ses codes. Sans visages floutés, le film s’attarde ces figures de « délinquants ». Ce portrait sensible et détaillé de ces deux frères et de leur bande d’amis, crée un autre chemin pour interroger ce refus des règles.