Éditos

Un Festival pour un avenir en lien avec la création et la jeunesse

C’est avec un grand volontarisme que Son et Image a décidé de maintenir cette édition 2017 du Festival des Écrans Documentaires.

En effet, tel un coup de poignard dans le dos, nous avons appris à la fin de l’été la decision de la Commission permanente de la Région Ile de France de réduire de près de 40% les aides régionales au cinéma et à l’audiovisuel et, pour ce qui nous concerne, amputer de près de 60% notre subvention. Nous sommes loin de la promesse de Mme Pécresse et de sa liste, lors de la campagne électorale, « d’augmenter de 20% le budget de la culture de la Région ». À l‘épreuve des faits, c’est en vérité à une baisse de 11% que le budget de la culture a droit comme considération de la part des nouveaux élu-e-s.

Et pourtant, depuis plus de 30 ans, notre association essaye de faire partager son approche du documentaire en banlieue parisienne.

Notre festival a, tout au long de ces années, été un tremplin pour nombre de réalisateurs en France et dans le monde, comme en témoignent les milliers de films reçus depuis sa création. Notre festival a été un des premiers à donner toute sa place au documentaire, à ses auteurs en rendant visibles leurs oeuvres dans les salles, auprès d’un public très divers mais tout particulièrement jeune et populaire.

Ces décisions sont d’autant plus dramatiques que de son côté le Gouvernement durant ce quinquennat n’a pas été non plus à la hauteur des ambitions affichées en 2012. Moi Président, avait-il dit, « je sanctuariserai le budget de la culture » ; or, les budgets 2013 et 2014 ont été marqués par une baisse sans précédent, respectivement de 4% et de 2%, afin de « contribuer au redressement des comptes publics » ! Ce n’est pas l’annonce des +5% pour 2017 qui suffiront à redresser la baisse du budget « culture » sur ce mandat présidentiel.

Félicitons-nous néanmoins que la lutte des intermittents du spectacle ait permis d’aboutir au décret du 13 juillet. Le fonds de professionnalisation n’est pas non plus sans rapport avec ces mobilisations, mais il faut rester vigilant quant à son effectivité dans un temps où la précarisation croissante des artistes fait rage.

Quant à la loi « relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine » adoptée le 7 juillet 2017, on ne note, pour ce qui nous concerne, aucune réforme en profondeur du système de soutien au cinéma, aucune mesure anti-concentration pour lutter contre les monopoles culturels, aucune fiscalisation des GAFA(acronyme désignant les grands acteurs du numérique, Google, Apple, Facebook, Amazon...). Sur ce dernier point, le comble est dans l’annonce du Ministère de l’Économie et des Finances de ne pas demander sa part des 13 milliards de recettes fiscales réclamés à Apple par la Commission européenne !

Ce quinquennat a été aussi marqué par des réformes territoriales accompagnées de baisses drastiques des dotations budgétaires de l’État aux collectivités territoriales, ce qui a produit des reductions très importantes des budgets culturels dans plusieurs communes, départements et régions. Des élus de droite et d’extrême droite ont même pris prétexte de ces baisses de dotations de l’État pour se livrer à une véritable chasse aux sorcières contre la liberté de création et d’action culturelle.

Tout cela concourt à fragiliser les politiques culturelles locales, les lieux, les festivals et les acteurs culturels, aggravant encore les inégalités territoriales et sociales et remettant en cause la démocratie culturelle.

Or, pour que les comportements de peur, de haine et de repli identitaire ne finissent pas par l’emporter jusqu’au fond des urnes, il faut une grande ambition culturelle et un service public assumé conjointement par l’État et les collectivités locales, avec les moyens nécessaires, pour favoriser une création toujours plus diverse, une culture de l’égalité et de la liberté, une société démocratique et solidaire.

Une telle ambition suppose une mobilisation offensive sur le plan des idées pour nourrir les avancées sociales et une grande politique culturelle !

Son et Image souhaite pouvoir vous retrouver sur cet objectif à ses côtés !

Nous voulons sincèrement remercier tous nos partenaires, l’équipe du festival ainsi que toutes celles et tous ceux qui ont répondu à notre appel pour que les Écrans Documentaires puissent, cette année encore, vous proposer de nombreuses avant-premières et une richesse de programmation très prometteuse que je vousinvite à découvrir !

Fabien Cohen
Président de Son & Image


Il y a un an, dans ces mêmes pages, nous évoquions la grande inquiétude qui planait sur l’avenir de notre festival. La tenue de l’édition 2016 et sa réussite, que nous devons à notre détermination, aux cinéastes et partenaires qui nous ont accompagnés, et bien entendu, à la présence du public, nous a assurément donné le souffle de poursuivre notre chemin. Or, si notre détermination et notre envie sont intactes, notre inquiétude l’est toute autant et nous la savons partagée aujourd’hui par l’ensemble des acteurs culturels.

Certaines évidences, aussi effrayantes soient-elles, s’invitent parfois entre les lignes d’une programmation. Cette édition 2017 se fait l’écho, en beaucoup d’endroits, d’un monde voué aux conflits de tous ordres.
Conflits armés, sans âge, dans « Les Éternels » de Pierre-Yves Vandeweerd, et « Meteors » de Gürcan Keltek - présentés respectivement en ouverture et en clôture du festival - où la question cruciale du territoire défendu s’efface et où l’ennemi se mue en démiurge du temps ou en colère céleste. « Des spectres hantent l’Europe » et « L’Usine de rien », présentés aussi en avant-premières, sont les terrains d’affrontements d’une autre nature. Dans le camp de réfugiés que filment Maria Kourkouta et Niki Giannari, les corps soumis à l’attente incessante et à une mobilité sous contrôle prennent voix et s’opposent à l’ordre imposé. Chez Pedro Pinho, le conflit naissant est éludé par la fuite des patrons face à leurs responsabilités, amenant une partie des ouvriers de l’usine à tenter l’expérience périlleuse de l’autogestion. Ou comment le rien peut devenir quelque chose.

Les films de la Sélection 2017, s’ils résistent, pour une partie d’entre eux aux étaux des réalités qu’ils sondent et s’attachent aux échanges naissants, au partage d’expérience dans le groupe, ou au lien social urbain menacé, s’inscrivent aussi dans des climats d’insurrection latente.
D’autres formes de résistances parsèment « Kling Klang, la musique c’est du cinéma », suite ouverte de la programmation consacrée au champ vaste et éclectique du couple Musique et Cinéma entamée lors de notre dernière édition. Enrichi cette année d’un partenariat avec La CLEF à Saint- Germain-en-Laye, ce nouvel opus revient sur les parcours ou instants scéniques, rares et singuliers, d’artistes en marge et sans concession face à la norme et à ses produits industrialisés.
Vincent Pouplard et Clément Cogitore, jeunes cinéastes dont Les Écrans Documentaires suivent le trajet avec attention, sont les invités de nos deux journées « rencontres», intitulées « D’autres réalités». Deux temps précieux d’échanges prolongés associés à la projection de leurs films, pour aborder leurs travaux passés et en cours, et ce qui alimente dans des registres différents pour l’un et l’autre leur approche décadrée du réel.

En 1997, Manoel de Oliveira et Jean Rouch, tournaient ensemble à Porto « En une poignée de mains amies ». La programmation « My Country is Cinema» les rassemble à nouveau cette année. Dans « Jean Rouch, premier film : 1947-1991 », Dominique Dubosc rend hommage au « griot africain» en lui permettant de se réapproprier, 44 ans après, « Au pays des mages noirs » dont il n’avait pu signer le commentaire. Autre hommage appuyé, celui de João Botelho à Manoel de Oliveira dans « O Cinema, Manoel de Oliveira e Eu ». Laissant une large place aux œuvres du grand maître portugais, le film de Botelho est un geste profond d’admiration dans lequel il adapte à l’écran une idée originale qu’Oliveira n’a jamais pu tourner.

Cette section évoque aussi la dématérialisation des supports qui représente un bouleversement pour le cinéma, la préservation de sa mémoire et son avenir. Autant de questions au cœur de « Cinema Futures » de Michael Palm.
Pour la première année, nos propositions à destination des jeunes publics s’enrichissent d’un Prix Lycéens des Écrans Documentaires et du développement de séances pour les établissements du secondaire à partir de cinq programmes (courts et longs métrages, patrimoine, œuvres contemporaines, etc.) qui seront également présentés aux classes de collège, de primaire et des centres de loisirs. Enfin, l’élargissement des séances « Hors les Murs» organisées avec nos différents partenaires prolongent les Écrans Documentaires jusqu’au 12 décembre 2017, dans de nombreux lieux, avec le souhait de continuer à faire partager les films au plus grand nombre.

Manuel Briot, Pour l’équipe