L’Adresse, Atelier Gulliver

Qu’il s’adresse à soi, à un autre, réel ou fantasmé, ou à la multitude de ses destinataires, qu’il utilise des formes directes, indirectes (ou par ricochets), on est tenté de dire que le cinéaste se sert de l’adresse comme d’une stratégie formelle pour exprimer ce qui l’habite.

Si cette question nous vient du théâtre, et en particulier du jeu de l’acteur, on peut croire qu’elle fonctionne dans le cinéma documentaire à rebours de la fiction, pour laquelle elle est tantôt moralisatrice, tantôt interpellation politique ou spirituelle. En cherchant à flatter le goût du public par le jeu et la démystification, l’adresse est avant tout un des ressorts dont dispose la fiction pour entretenir l’illusion alors que dans le documentaire, elle semble être l’élément structurant de la non-fiction, à la fois émanation du point de vue de l’auteur, mode de relation choisi avec le spectateur, et clé de voûte du pacte narratif. Pourtant, l’adresse est un leurre : parce qu’en étant l’un des éléments qui permet d’attester la non-fiction, elle sert en réalité de levier pour révéler les arrières plans cachés. À ce titre donc, elle est avant tout un dispositif participant de la panoplie du cinéaste qui mise sur la réception du spectateur pour le conduire là ou il l’entend.

À partir de quelques exemples significatifs, Gulliver va tenter d’identifier quelques unes des stratégies mises en œuvre, de l’espace fermé dans lequel le cinéaste se filme et semble s’adresser à soi seul jusqu’à l’espace le plus ouvert dans lequel celui qui est filmé s’adresse par delà son interlocuteur direct à la masse des spectateurs.

Gulliver se destine à la présentation de films documentaires. À l’instar du célébre voyageur, il pratique le changement d’échelle et ne craint pas la terra incognita.

Gulliver mélange les genres et confronte des univers visuels et sonores différents, aux frontières du cinéma documentaire, notamment art vidéo et fiction.

Gulliver a conduit le public en Asie, chez les Belges, à Berlin, au Portugal…

Présent au festival Les Écrans Documentaires pour une thématique sur « la famille » en 2002, à travers une programmation sur les « figures de la disparition » en 2004, « en utopie » en 2007, « Filmer la pensée » en 2008, Gulliver s’interroge pour cette édition 2010 sur « l’adresse ».


Jean Denis Bonan

Cinéaste documentaire, proche de la poésie, de l’histoire, de l’archéologie, des arts (il a été l’inspirateur de la fameuse émission Palettes d’Arte avec l’œuvre originale « Picasso, Genèse des Demoiselles »), Jean-Denis Bonan est aussi un plasticien qui, précisément, s’appuie sur ses différentes cultures. Cet homme discret n’a présenté ses œuvres qu’à partir de 2002, bien qu’il peigne, sculpte, installe depuis des années.

Films


L’An prochain la révolution

L’An prochain la révolution

Frédéric Goldbronn | 2010 | 71' | France

L’An prochain la révolution, c’est le cri d’espérance des prolétaires du Yiddishland de la première moitié du 20ème siècle, un rêve qui s’achève pour les parents de Maurice Rajsfus dans le cauchemar des camps d’extermination. Cet espoir, Maurice Rajsfus n’a eu de cesse de le faire vivre, tant au travers de ses engagements militants contre le fascisme, le colonialisme, le racisme et la répression policière, que dans la cinquantaine d’ouvrages qu’il a publiés.

En faisant le portrait de Maurice Rajfus, Frédéric Goldbronn renoue avec sa propre histoire et semble s’adresser au père qu’il aurait aimé avoir.


Cara mamma

Cara mamma

Silvia Radelli | 2010 | 12' | France

Une femme s’adresse à sa mère mourante. Lettre d’amour, lettre d’adieu, lettre tardive, pour lui dire ce qu’elle n’a jamais pu.


Entering indifference - Lettres de Chicago

Entering indifference – Lettres de Chicago

Vincent Dieutre | 2000 | 28' | France

Il fait extrêmement froid. Ce sont les derniers jours du dernier hiver du 20e siècle. Je suis à Chicago pour un festival mais également pour réfléchir, savoir où j’en suis avec l’autre. Avec le monde aussi. Là-bas, tout ce qui mine notre quotidien s’exacerbe ; amourette, neige et oubli, ma lettre est la chronique de cet  « hiver de l’amour », le relevé instable de ce gel du réel. Bienvenue dans l’indifférence.


Sombras

Sombras

Oriol Canals | 2009 | 94' | France, Espagne, Belgique

Chaque année, des réfugiés viennent s’échouer inexorablement sur les côtes de l’Espagne. Comment montrer des personnes qui ont peur d’être vues ? Comment raconter leur histoire, alors qu’ils n’aspirent qu’à oublier ?


Séances

samedi 6 novembre 2010 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Sombras
    Oriol Canals | 2009 | 94’ | France, Espagne, Belgique
  • Cara mamma
    Silvia Radelli | 2010 | 12’ | France

samedi 6 novembre 2010 à 16h30

Espace Jean Vilar - salle 2