samedi 6 novembre 2010 à 15h30
Espace Jean Vilar - salle 1
Cinéma dansé
Un écran de projections mentales…
Le corpus de films sur la danse comme de vidéos et films de danse est devenu si considérable qu’il finit par constituer presque un genre cinématographique particulier avec de multiples ramifications : captations, re-créations, créations spécifiques pour le cinéma (on pense à Bouvier/ Obadia ou aux Corsino pour ne citer que des pionniers) et des films documentaires nombreux sur les work in progress, les ateliers…
Ainsi de Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch film de Anne Linsel et Rainer Hoffman, sorti sur les écrans à la mi-octobre où de jeunes lycéens non professionnels reprennent une des pièces cultes de Pina Bausch, Kontaktof – Lieu de rencontre, pièce mythique des années soixante-dix, qui avait été rejouée par des « corps âgés » aux alentours du millénaire…
Avec le cinéma dansé, graphie et mouvement, se propose un autre rapport au monde et à la représentation, dégagé de la nécessité de l’intelligible et donc plus porté vers le sensible et l’imaginaire. Une méditation sur le corps, l’espace, le déplacement qui transgresse donc les frontières. C’est une des meilleurs manières d’interroger « ce que peut le cinéma aujourd’hui », comme le théâtre dansé de Philippine Bausch, « grandie dans un bistrot » celui de l’hôtel de Solingen que géraient ses parents qui inspirera le fameux Café Müller (1978), a proposé une nouvelle manière de regarder le corps dansé. Ainsi peuvent naître de nouveaux « objets documentaires » et des recherches plastiques.
Sidi Larbi Cherkaoui, n’avait que deux ans quand se produisait pour la première fois, Café Müller, c’est dire qu’il est de la génération qui a toutes les raisons de penser et réfléchir, l’exil, la migration, l’identité à travers sa danse et ses créations. Qu’il est aussi d’une époque où la transdisciplinarité est naturelle et fluide : collaborations avec des plasticiens comme Anthony Gormley, les moines d’un monastère Shaolin ou les chanteurs corses de la formation A Filetta. Que se « frotter » à d’autres pratiques et d’autres univers, diffuse de nouveaux sens, de possibles interprétations libres, des énergies nouvelles.
Après avoir présenté, il y a trois ans, Degré zéro l’infini, un processus créatif partagé entre Sidi Larbi Cherkaoui et Akram Khan, un précédent film de Gilles Delmas, nous proposons avec Les Ailes brisées, un nouvel opus où se mélangent codes et modes de représentations… Avec ce regard de cinéaste plasticien « au plus près ». La collaboration entre le chorégraphe et Gilles Delmas remonte à la création, en 2007 de la Zon Mai, une installation pour la Cité de l’émigration… Nous proposons aussi de découvrir deux courts-métrages de Manon de Boer, et Gilles Delmas, encore lui, qui envisagent, la solitude de la danseuse captée l’une et l’autre, dans des situations singulières… corps et souffles suspendus.
Didier Husson
Dissonant
Manon de Boer | 2010 | 11’ | Belgique
Dans Dissonant Manon de Boer filme la danseuse Cynthia Loemij en train d’exécuter une réponse de dix minutes au trois sonates pour violon seul d’Eugène Ysaÿe – pièce musicale dont Loemij a des souvenirs très nets. La caméra suit ses mouvements. Une limite temporelle physique – la durée de trois minutes de la bobine 16 mm – interrompt l’enregistrement du mouvement par la caméra. Tandis que la danse continue et le son des mouvements demeure encore audible, l’écran reste noir pendant la minute nécessaire pour remplacer la bobine de film. C’est pendant ces moments d’interruption de l’image, qu’un jeu avec la mémoire des spectateurs se met en route. Comme Loemij qui doit retrouver la musique qu’elle danse dans sa mémoire, le spectateur projette l’image du corps de Loemij dansant sur l’écran noir, aidé par le son et le souvenir de ses mouvements répétitifs. En respectant la durée originelle de la danse ainsi que les durées de chaque bobine individuelle de film, le public est confrontée à la déconcertante dissonance de l’image et du son.
Les Ailes brisées (Apocrifu de Sidi Larbi Cherkaoui et A filetta)
Gilles Delmas | 2009 | 50’ | France
À Anvers, lieu de création du spectacle Apocrifu pour le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, les trois danseurs Sidi Larbi Cherkaoui, Yasuyuki Shuto et Dimitri Jourde collaborent dans un mélange de codes et de langages, marqué par la différence de leur style et de leur formation, contemporaine, classique, ou circassienne ; autant d’écoles que de nationalités, magnifiquement sculptés par les chants corses de A Filetta, qui les accompagnent dans cette expérience.
Les artistes sont devenus messagers d’un langage international et brillent comme l’étoile du poète, ils nous interpellent car ils parlent de l’artiste en général, et dénoncent les artifices des religions, des groupes, de leurs règles, et défendent le respect du droit humain, et de la liberté.
Living Chiaying
Gilles Delmas | 2010 | 13’ | France
Le portrait d’une danseuse contemporaine à Taiwan, un travail cinématographique en couleur à la pause B, en pixellisation. Un film frontal ou la gestuelle du corps correspond à celle de la caméra. Une interaction entre la rencontre chorégraphique et cinématographique qui décrit au plus proche la tragédie de la solitude de l’artiste. Une réflexion visuelle sur la résilience, les vibrations, les états modifiés de conscience de l’artiste.
