Mille ailleurs, moi l’autre
Qu’est-ce qui a changé depuis les débuts du cinéma, celui des opérateurs des Frères Lumière, des travelogues de Burton Holmes, des Archives de la Planète d’Albert Khan ?Sans doute se sont perdues, « spontanéité », « innocence », « curiosité » du filmé. Et leur avers, un désir de découverte, une avidité de connaissance du spectateur amplifiée par cet effet miroir de la représentation.
Quoiqu’il ne faille pas tomber dans l’angélisme, ni hier, ni aujourd’hui. L’Autre, ce mystère nous attire tant qu’il nous parait nous ressembler, et/ou se rapprocher de nos conceptions et de nos fantasmes …
D’ailleurs la découverte de l’Autre s’est longtemps perdue dans les falbalas de l’exotisme et le renforcement des clichés. C’est bien ce à quoi servait d’ailleurs le cinéma colonial avec ses légionnaires et son sable chaud, ses « naïfs » ou ses « sauvages » indigènes, ses paradis et cocotiers offrant une bouffée d’évasion à un quotidien en grisaille et trop lourd de contraintes. Donner à voir « L’Empire », le renforcer, le justifier, le donner en exemple, en faire un motif de fierté, d’imaginaire et de rêves. Venant compléter expositions coloniales et zoos humains… Longtemps ce cinéma voyeur voyageur a servi à illustrer des thèses ou des convictions, a nourri une propagande et des représentations « dominantes » ou a contrario – mais rarement – émancipatrices. Souvent encore, il illustrait comme une toile de fond, un égotisme se morfondant, des dépits amoureux ou des aventures sentimentales avec des « madones des sleeping ». Voiture, avion, train, cinéma, tous ces moyens de dire « moteur », de se déplacer, de se mouvoir, de panoter sur un paysage, un environnement, une ville, un lieu, ne décalent souvent pas d’un pouce, préjugés et opinions. Alors qu’ils devraient inciter à changer de point de vue et de représentation… Ils relèvent en fait « d’un voyage immobile » de la pensée qui cherche à renforcer ses présomptions… Depuis la Renaissance et l’avènement de la notion de sujet, d’individu, du « Voyage en Italie » aux écrivains romantiques du « Voyage en Orient », du tourisme british à l’Usage du monde
dans la lignée de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier, la notion de voyage n’a cessé d’évoluer, certes, sans pourtant faire franchement de révolution copernicienne…
Aller vers l’autre c’est souvent chercher à se retrouver soi. Prendre une distance pour mieux revenir. Et même cette image de l’autre, recherchée souvent dans la plus sincère quête, avec la plus grande des authenticités, achoppe bien souvent sur un « universalisme » qui n’a aucune raison d’être partagé. Il est simplement « intentionnel ». Et toujours « pensé . d’ici.
Le cinéma documentaire, c’est sa noblesse, a de bonnes intentions. Souvent trop. Il s’engonce dans une éthique, qui certes peut lui faire honneur, mais le fige aussi dans des démonstrations moralisantes. Quand il y échappe, il lui arrive de flirter avec le pathos ou un volontarisme pédagogique, ni très créatif, ni très artistique et pire sans doute peu efficace pour ses intentions prosélytes.
Il a longtemps comporté deux veines principales. Disons pour faire simple, la sociologique qui prend en charge l’ici et maintenant, le travail (ses gestes ou son aliénation), les institutions (la psychiatrique, la carcérale, la militaire, l’éducation…), les conditions sociales, les conditions de vie urbaines ou rurales. Au fur et à mesure de la complexification du monde et des idées, ses champs se sont élargis aux émancipations, aux reconnaissances des différences, aux revendications des droits etc.
Avec la fièvre patrimoniale et le développement du concept de devoir de mémoire, le cinéma en général et documentaire en particulier, s’est aussi beaucoup emparé de l’Histoire. L’événementielle et l’anecdotique, et beaucoup celle qui tresse un scénario avec le roman familial.
A coté de ce cinéma endogène, il en est un autre qui prend le large, qui va vers les Ailleurs, avec des intentions diverses et très différenciées. Vite dit, un cinéma anthropologique, né avec l’ethnologie et le lourd bagage colonialiste-impérialiste qui a marqué ses origines, mais aussi bien de ses développements jusqu’aux indépendances.
Auxiliaire du pouvoir : savoir, pour mieux dominer, et dissocier, pour mieux régner. Ou au contraire dans une phase tardive très critique face à son instrumentalisation : ainsi de l’ethnologie pariseptive, immersive d’un Robert Jaulin, d’une Raymonde
Carrasco…
Relations qui tout en conservant une distance « scientifique », deviennent presque fusionnelles et empathiques avec leurs objets d’étude.
Il est aussi parfois un cinéma, de la quête, de la « pureté » du « transcendantal » qui recherche dans une inspiration mystique, les racines d’une conscience oubliée. Il peut être autiste ou généreux, mais dévie rarement de son intention initiale, se laisse rarement débordé par ce qu’il découvre, donnant fâcheusement l’impression de venir chercher des confirmations de ses présupposés.
Il est encore, pour en finir avec cette typologie simplifiée, un cinéma de « témoins », de guetteurs, voir d’éveilleurs de conscience ou de révolte. Il naît dans un premier temps de l’observation du conflit, les photographes « embedded » de la guerre de Crimée sous le Second Empire, le point de vue documenté de Jean Vigo, Ivens et Storck dans le Borinage, le Buñuel de Terre en transe, le René Vautier d’Afrique 50 ou d’Avoir 20 ans dans les Aures… pour n’évoquer qu’un peu le premier demi-siècle du cinéma…
S’arrêter là, parce que c’est s’arrêter à l’heure de la fin d’un mythe (Hollywoodien) à l’orée d’un autre (Cinéma direct, Nouvelle Vague, Cassavetes) avant que ne périclite dans le réalisme sordide et le naturalisme le plus convenu, la téléréalité la plus vulgaire…
S’arrêter là parce qu’à côté de l’industrie, le cinéma s’est fait art mais s’est fait aussi, outil militant, missionnaire et l’un l’autre peuvent difficilement cohabiter harmonieusement.
En 2003,
Nous demandions à cinq films de nous dire, en visions croisées « Qu’avez-vous vu à Sangatte ? ». C’était à l’automne, la fermeture du centre d’« accueil » des réfugiés dans le calaisis. En fait, comme l’on sait, un ancien hangar qui avait servi à la construction du Tunnel sous la Manche. Il s’agissait alors de mettre en écho, des démarches individuelles in et out (le centre d’accueil de Sangatte), des films produits, des films de télévision, un geste cinématographique personnel, des recherches formelles essayant de révéler l’expérience des réfugiés aux spectateurs. Des films qui prenaient le même sujet mais le traitaient éthiquement et esthétiquement avec leurs codes, leurs styles, leurs rythmes et leurs contraintes…
On sait ce qu’il est advenu depuis : en Afghanistan comme en Irak, à Calais comme au square Villemain a Paris. Le Film Sangatte (et après) est devenu avec les meilleures intentions du monde, un « film de genre ».
Il y eut, la belle tentative expérimentale de Laura Waddington, Border, puis d’autres et d’autres, convaincantes ou non. Risquées et intrigantes comme celle de Andrei Schtakleff
et Jonathan le Fourn, L’Exil et le royaume, en sélection long métrage des Écrans Documentaires l’an dernier, qui ne mettait plus en scène les réfugiés mais ceux qui « prennent soin d’eux »… Que les questions des exils, des exclusions, des migrations, de l’identité, taraudent les cinéastes, les artistes, les créateurs aujourd’hui, est bien entendu d’une logique imparable, absolue et nécessaire. Qu’en revanche il en ressorte parfois une sorte de gimmick, d’exercice obligé, de « conscience consciencieuse » pose problème, car par effet d’accumulation, d’un discours redondant, plus rien ne s’entend… Ne se voit, ne se dit vraiment.
Ni par conséquent n’interroge, n’interpelle, ne fait agir, mobiliser consciences et actions.
Ailleurs, Ici, Maintenant, comment prendre le contre pied des courants dominants, se dégager des influences, comment jouer de la transversalité, imaginer des passerelles entre disciplines et expressions artistiques ?
L’attention flottante, les rencontres, les propositions, l’infusion des idées, l’inter connexion des œuvres, sont venus ainsi élaborer progressivement cette année, une nouvelle proposition de partition de films rencontrant aussi d’autres formes de création. Qu’elle s’offre au spectateur comme une proposition de parcours ou juste une incursion lors d’une séance. L’important, nous semble-t-il pour le spectateur est de ressentir l’impression d’une certaine exception, une proposition qu’il ne trouverait pas nécessairement ailleurs ou qu’il ne pourrait envisager sans un déplacement de perspective.
Car à quoi sert un festival à l’heure de tous les modes de diffusion et de consommation culturelle ? Du DVD, comme du streaming, du téléchargement, de la télévision et de la salle de spectacle, du mobile et du portable. Peut on voir les films avec la même attention, acuité, perception, dans un train, un avion, en attendant le bus, en préparant des spaghettis bolognaises, en zappant d’une chaine l’autre, ou en surfant par ennui avant de dormir…
Justement, s’échapper un instant du flux et du consumérisme. Ce qui veut dire, de la rencontre et de la discussion, de l’échange et de l’altérité. Des expériences assez rares, originales, où écouter dans une même séance une création sonore et découvrir un film. Ou retrouver la perception particulière qu’offrent les vibrations d’un spectacle vivant et une expérience cinématographique qui travaille avec elle en résonance. Voir des films, ensemble, chacun singulier et que rien ne devait rapprocher que cette intuition éphémère d’une programmation.
Il ne s’agit pas de faire de la transdisciplinarité, un gadget, un prétexte, un catalogue, un saupoudrage. Il s’agit de permettre des dialogues, des confrontations, des perméabilités, des échos, des résonances, des enrichissements de sens ou de sensations…
Un certain nombre de désirs et d’idées ont été évoqués et mis en hypothèses. Certains explorés, d’autres non, certains poursuivis, d’autres non, certains impossibles, certains reportés.
En faisant intervenir du réfléchi et de l’impromptu. Une suite cohérente et de l’inattendu.
Un des premiers déclencheurs pour structurer l’ensemble, est venu de la proposition par Jean Marc Lamoure avec Farenji, ciné concert slamé et mis en musique par Nuestra Cosa.
Il y avait ici une réponse sensible, dynamique, originale, aux questions évoquées plus haut de la diversité, de l’altérité, d’une certaine manière de se sentir au monde et de s’y situer. Éthiopie, Soudan, Corne de l’Afrique, Mer Rouge, des lieux d’excellence de l’imaginaire et des fantasmes : Rimbaud et Monfreid, Lawrence et Thesiger, Pasolini et Nizan… Des images, une poésie d’intervention, de la musique, des rythmes et pulsations d’images, de sons, d’idées et de corps. Et une rencontre possible pour le spectateur dans l’entre deux… Il y eut aussi, Yann Dedet, nous adressant ses films japonais, une passion, sincère, raffinée simple et chaleureuse en même temps. Nous le connaissions pour son œil et sa « signature » de monteur pour les autres, Truffaut et Pialat, Stévenin et d’Agata. Il s’agissait maintenant de le découvrir en filmeur, en passeur de cultures avec un regard si éloigné de l’esprit différentialiste dans lesquels s’inscrivent souvent les représentations du Japon et des
japonais et leur culture. Bien trop souvent « massifiés ».
Focalisés, il ne restait plus que se rendre perméables, ouverts, intéressés à d’autres échos : les autres films qui composent cette programmation Japon, surface sensible.
Il est un moment où il n’est plus besoin de prétextes, tout s’articule et s’enchaine avec une logique soudaine et imperturbable. Évoquer la Fièvre de l’errance d’Isabelle Eberhardt au siècle dernier (Ali Akika) et la mettre en correspondance avec la recherche personnelle et presque mystique du sens du voyage de Sylvie Guérard (La voix de la main gauche). Sans chercher les équilibres à tout prix, trouver grand intérêt dans un registre extrêmement différent, plus politique qu’extatique, à montrer le road movie au long cours de Fabien Castanier,Latinpaméricana, entreprise à la fois modeste et ambitieuse de proposer un panoramique engagé et personnel sur tout un continent au tournant du millénaire.
S’intéresser aux non lieux, aux marges du monde, aux endroits sans représentation à l’ère de la mondialisation, où pourtant chaque jour des quotidiens se vivent avec tracas et bonheurs : en bordure de Lituanie (Kalamees) ou écouter sa voix intérieure, accepter de se perdre (Se dissoudre à Mooste), accepter de comprendre peu, d’être avec et de filmer avec retenue un lieu perdu du monde en Roumanie (La Source). Ne pas penser que les Confins ne conviennent qu’aux « congrès de banalise », le chaud et le froid des films de Stéphane Breton et Sergei Loznitsa…
Il y eut d’autres rencontres et impulsions pour se laisser séduire : ainsi des films de Christine Baudillon sur et avec Joëlle Léandre (et Siegfried Kessler) découverts grâce au festival Jazz en altitude de Luz Saint Sauveur, un des beaux refuges de la musique improvisée aujourd’hui.
L’occasion rêvée de questionner les passages qui s’opèrent dans un projet culturel greffé sur un projet architectural comme celui du Pli qui accompagne, la destruction reconstruction d’un des derniers exemples d’architecture asilaire du XIXe siècle, le CHS Navarre d’Evreux. Un projet triennal où se mettent en jeu et en correspondance, théâtre, danse et écriture, arts visuels et sonores, cinéma et représentation : Plan K et Beautiful Simone avec la Compagnie Mega Pobec et le Collectif Brèch.
Dérives est une revue, un site, des brassages entre l’écriture et les films. Et les « dérives » sur des intuitions de ses auteurs programmateurs. Un désir de se poser dans l’écrit, sans oublier les outils collaboratifs du Net, sans oublier non plus de se retrouver en salles pour voir les films et faire rencontrer auteurs et spectateurs.
Nous avions invité Dérives, il y a deux ans, intéressés par cette démarche novatrice. Elle est une nouvelle fois en œuvre avec la proposition de découvrir (ou plutôt de commencer à découvrir) le cinéma de Véronique Goël et celui de Frans Van de Staak.
Préoccupation logiquement récurrente, le devenir urbain, se retrouve assez systématiquement dans des films des sélections, tels, Ici de Laurent Thivolle ou Un virus dans la ville de Cédric Venail : nous avons souhaité les mettre en perspective au cours
du festival avec des films – déjà du patrimoine – comme ceux de Sharunas Bartas et Clemens Klopfenstein, rarement visibles.
Mais l’occurrence nous a orienté aussi vers une thématique très universelle, le devenir paysan, le devenir paysage. Catastrophe préparée hier et projetée demain. À l’époque des utopies du retour à la terre, le développement du complexe agro alimentaire, une fumeuse idéologie du progrès inspirée par le lobbysme d’intérêts très privés : on savait pertinemment, il y a trente, quarante ans déjà les catastrophes à venir… il n’est plus
possible de reporter la conscience des modifications de comportement majeures engendrées. Sans millénarisme et sans complexes vis-à-vis des fauteurs de troubles. Trois films (plus un) pour mettre cette question en perspective.
Allier le faire et le voir, l’expression et la création, l’opinion et la forme, le dire et le projeter ne sont pas les moindres enjeux des Ateliers impliqués dans la « fabrication » des Actualités cinématographiques démocratiques, alternative au « médiocrement médiatiquement correct » auxquels s’offrent très logiquement comme l’an dernier, une « fenêtre » et un débat pour affiner les analyses, rendre compte des enjeux esthétiques et
citoyens de ce projet partagé entre quelques structures dont Son et Image.
Les Écrans Documentaires, seraient à eux-mêmes infidèles, s’ils ne cherchaient aussi comme toujours à être les Écrans des Possibles. Ceux de l’Expérience Documentaire Jeune Public. Un objectif de nouvelle manifestation qui ne cherche pas à complaire de manière démagogique, pour être dans l’air du temps ou remplir un cahier des charges. Mais Une intention Vraie et un désir de réfléchir et développer cette démarche de découverte et
d’ouverture, d’expérience et de sensibilisation.
Malgré les nuages budgétaires qui s’amoncellent, nous vous souhaitons un bel et bon parcours avec le programme de cette édition 2009. Bon rendez vous…
Didier Husson, directeur artistique, délégué général
Conseil Général du Val-de-Marne
Offrant un regard critique sur nos sociétés avec un profond respect du libre arbitre de chaque spectateur, les Écrans Documentaires portent haut un genre cinématographique exigeant, qui requiert vigilance et inventivité de la part de tous ceux qui s’emploient à préserver l’indépendance de la production et donc de la création.
Une indépendance dont le service public de la culture reste garant. C’est le cas avec l’association Son et Image, organisatrice de cette manifestation qui compte depuis son
origine plus de 1200 films programmés, pour la plus grande satisfaction des Val-de-Marnais de toutes générations.
Avec son ouverture à l’international, ses reflets des cultures du monde, et sa volonté constante de briser les frontières de l’esprit, cette nouvelle édition a su en outre prendre en
compte cette formidable évolution que représente le décloisonnement des modes d’expression artistique, en réservant un espace au spectacle vivant pour encore
davantage d’échanges et de réflexion.
Je me réjouis que le Conseil général ait pu une nouvelle fois apporter un soutien déterminant à cet important rendez-vous culturel de notre département. Je me dois aussi
d’alerter ses organisateurs, son public et ses partenaires sur les menaces qui continuent de peser sur le devenir même de l’intervention du Conseil général dans le domaine culturel.
Déjà mis en très graves difficultés financières par des transferts de charge non compensées et par la suppression de la taxe professionnelle, le Département risque de se voir privé de toute capacité d’initiative dans les domaines de son choix.
Ce serait là une grave atteinte portée à la démocratie avec la triste perspective de voir disparaître entre autres l’ensemble de nos dispositifs de soutien aux acteurs culturels.
Je m’y refuse et je combattrai ces projets néfastes avec la plus grande fermeté, pour qu’en Val-de-Marne nous puissions continuer de soutenir toutes les formes de cinéma, le
documentaire comme les courts et les longs métrages.
Merci au Président de Son et Image, Fabien Cohen, à son délégué général Didier Husson, son coordinateur Manuel Briot, à leur équipe, et bien entendu aux responsables de
salles et aux partenaires qui ont apporté leur concours.
Bon festival à tous.
Christian Favier, Président du Conseil général du Val-de-Marne
Association Son et Image
C’est un long chemin qu’ont parcouru ceux et celles qui depuis plus de vingt ans, nous accompagnent dans cette quête de tous les territoires qui fond Maintenant, Ici et Ailleurs, les Écrans Documentaire.
Installée en banlieue, et parmi les pionniers de la promotion du documentalre, l’équipe menée par Didier Husson, avec Manuel Briot, nous livre cette année encore toutes les expériences sensibles et plastiques, dynamitant frontières et cloisonnements entre genres et disciplines.
Toutes les propositions de cette année visent à ouvrir des aventures nouvelles et, malgré la crise, proposent de nouveaux objectifs comme la création d’un nouveau festival en direction du jeune public, le rapprochement plus constant entre spectacle vivant et documentaire, actualité et démocratie en salle…
Pour ce faire, il nous faut pouvoir toujours compter sur les collectivités territoriales qui sont depuis la création de notre association, nos plus fidèles soutiens, aujourd’hui menacées par la réforme des politiques publiques voulues par le Gouvernement.
Baisse des crédits du ministère de la culture, gels budgétaires, désengagement de l’État dans la création, incitation aux financements privés et au merchandising, précarisation des personnels, suppression de la taxe professionnelle… A ce rythme, seule l’offre des industries culturelles pourra se développer, en comptant sur le formatage des goûts assuré par le pilonnage médiatique des grands moyens d’information.
Tout cela se fera au détriment de la diversité culturelle.
Sans une intervention publique forte, pas d’offre diversifiée de création répondant au désir d’art et de culture de toutes et de tous.
En s’attaquant aux Collectivités territoriales, c’est à la Culture dans son ensemble que le gouvernement s’attaque.
Le désengagement de l’État dans ce domaine serait catastrophique pour l’ensemble de la filière cinématographique : la circulation des œuvres et leur rencontre avec un public large et diversifié, la diffusion du patrimoine cinématographique, l’accès à la diversité de la production (court-métrage, documentaire, animation, fiction, expérimental…), la sensibilisation et la formation des publics, notamment le jeune public en temps scolaire et
hors temps scolaire, l’aménagement culturel du territoire notamment en zone rurale et périurbaine.
Affaiblir les acteurs de la diffusion culturelle c’est immédiatement limiter les ressources des salles de cinéma, des distributeurs, des producteurs, des auteurs et des réalisateurs et, par là même, menacer le champ de la création.
À l’inverse de cette démarche, ce festival veut s’inscrire dans la valorisation des écritures originales liées au documentaire à travers des lieux très variés dans le monde entier : Amérique Latine, Japon, Russie, Nouveau-Mexique, Afrique… en ouvrant la programmation à des propositions en lien avec d’autres disciplines artistiques : théâtre (Compagnie Mega Pobec et le collectif Brèch), musique (Christine Baudillon et Farenji), danse (Marie-Cerise Risacher).
Ensemble faisons vivre la diversité culturelle en toute liberté de création !
Fabien Cohen, Président de l’association Son et Image
Ailleurs, ici, maintenant
Notre « ici » nous inquiète depuis bien longtemps car même si, « protégés » des guerres toujours « lointaines » – quoique, rappelons-nous la Bosnie, le Kosovo… et que veulent ces chemises vertes dans le Nord de l’Italie ? – le principe d’insécurité s’insinue et s’instaure chaque jour un peu plus dans nos démocraties « représentatives » où depuis l’an 2000, il n’y a pas une élection et ses résultats qui ne soient contestés.
La peur, la Paura, l’Angst, de l’Autre, du chômage, de la faim, de la violence, de la maladie, de l’exclusion, de la perte de « performance », du toit, de la séduction, de toutes les crises et désastres écologiques… nous sont inoculés quotidiennement par une machinerie médiatique dont il devient toujours plus difficile de désengluer son regard et ses repères.
D’aucuns ont voulu demander à la démarche documentaire, sous prétexte de donner du sens, de l’enfermer dans un programme didactique, missionnaire ou militant : grand danger, on glisse vite vers la propagande quelque soit l’esthétique employée.
D’autres s’activent depuis quelques années dans des postes clefs de décideurs -financeurs à concocter des productions très « marketées à l’international » ou le formatage le dispute à une spectacularisation toujours plus exacerbée du « Réel ».
À force de se réjouir de la vitalité documentaire, de ses chiffres d’audience, de ses « titres » valorisés, l’esprit critique ou tout simplement observateur, s’est perdu, ne constatant ni sa dilution, ni sa désorientation, ni sa paupérisation. À l’instar de tous les repères artistiques et culturels universellement chamboulés, le cinéma documentaire ne vite pas une crise mais une profonde mutation totalement dépendante des nouveaux modes de diffusion culturelle.
Et il faut effectivement s’interroger sur la manière dont on fait parler les chiffres. Il s’est dit au Sunny Side de La Rochelle, Marché du Doc qu’en dix ans, la production avait décuplé et que 2800 films documentaires étaient réalisés chaque année en France… Quels films vraiment ? Financés comment ? Vus découverts par quels publics ?
À Lussas cet été, Jean-Marie Barbe, a rappelé qu’à l’origine des États Généraux, vingt ans en arrière, 80% des films sélectionnés étaient produits par les télévisions contre 16% aujourd’hui. À travers cette observation se lit en filigrane la mort d’une certaine forme de télévision. Mais aussi une mutation irréversible des modes de fabrique et de consultation de ce qu’il est de plus en plus souvent difficile d’appeler du cinéma voire même des œuvres audiovisuelles. Plutôt des vecteurs audiovisuels pour des populations très segmentées, voisinant avec quelques blockbusters documentaires aux financements incommensurables.
L’esprit critique et la curiosité n’étant pas le plus évident apanage des uns comme des autres.
On perçoit vite qu’en ces temps dits de crise où sur la perspective de survie des festivals s’amoncellent les nuages comptables, le changement, les évolution, deviennent impératifs.
Mais la « création » aujourd’hui impose de fait, de dynamiter frontières et cloisonnements entre genres et disciplines. Nous l’avons toujours fortement désirés, nous nous y sommes toujours appliqués à la mesure de nos moyens. Ces dernières années, nous l’expérimentions à travers notre cabinet d’Essai et de Curiosité en croisant arts plastiques, cinéma expérimental et créations sonores. Nous l’élargissons sous une autre forme cette année avec le cinédoc concert Farenji de Nuestra Cosa et avec le spectacle Plan K de la compagnie Mega Pobec. Une édition 2009 placée sous le signe de l’Ailleurs, de ce que recherche l’Autre, de cette recherche de l’autre, celui pour qui l’Ailleurs est Ici, ceux qui se rendent vers l’Ailleurs pour retrouver l’autre qu’est soi…
Mille manières d’être au onde et d’en partager les impressions avec des œuvres et des créations, des rencontres et des échanges. Bon rendez-vous.
Didier Husson, directeur artistique
