Forum de la distribution indépendante

Les œuvres audiovisuelles se voient aujourd’hui proposer une large palette de vecteurs, de supports et de modes de diffusion comme de distribution. Cette nouvelle donne engendre des potentialités nouvelles de circulation et de réception mais pose simultanément des questions économiques, éthiques, esthétiques comme de nouvelles « cultures des regards ». Elle bouscule les questions de la « représentation », de la projection (concentrées jusqu’à peu dans la salle de cinéma, sur les chaînes de télévision ou par une accession aux œuvres sur les supports VHS et DVD). Elle diversifie par là même les publics et les modes de réception, généralise une diffusion « planétaire », peut prolonger la vie des créations. Mais elle rend aussi confus, polymorphe, déhiérarchisé, complexe, le statut des œuvres et des auteurs…
Simultanément les processus de production sont amenés à prendre en compte l’ensemble de la chaîne de distribution potentielle dans leur processus économique, au risque souvent de « formater » les œuvres. Ce contexte peut favoriser, l’autoproduction, l’autoédition, l’autodistribution, voire
même la diffusion directe sur Internet. Mais cette déhiérarchisation virtuelle peut néanmoins se révéler un leurre : multiplication de réseaux en rhizomes qui ne se croisent jamais et autolimitent le champ de diffusion du fait de l’insuffisance de moyens de communication pour « le faire savoir ».
La prolifération des propositions artistiques créant un effet de saturation et l’annihilation de l’esprit de curiosité, des publics sursaturés préférant plutôt que l’« aventure » se limiter aux œuvres estampillées par les modes ou les courants dominants. La phase actuelle de mutation n’en est qu’à ses prémices et le recul manque pour esquisser le paysage à terme et la place que la création indépendante pourra prendre dans ce nouveau contexte, les stratégies à mettre en œuvre pour conserver des relations directes au public, des espaces de représentation qui ne succombent pas à la loi de l’éphémère, qui puissent assurer une durée, une continuité, des parcours véritables de découverte. Jamais le corpus disponible d’œuvres patrimoniales, de films de recherche, d’essais, d’œuvres expérimentales n’a été aussi conséquent, riche. Il est aussi infiniment dispersé et sans repères critiques, historiques, esthétiques, son accès reste plus qu’aléatoire au plus grand nombre, méconnaissant son existence même.

Didier Husson, directeur artistique


Carte blanche à la Famille Digitale

La famille digitale est un collectif d’auteurs de cinéma documentaire et une maison d’édition audiovisuelle et multimédia, associative, basée à Poitiers. Nous éditons aujourd’hui LFD #1, premier numéro d’une revue à parution aléatoire consacrée aux cinémas documentaires de création indépendants. Cette revue place au cœur de ses préoccupations des films réalisés en marge des circuits industriels de production et par conséquent souvent peu diffusés. Développée sur deux supports complémentaires, un DVD et un site web, LFD#1 est une tentative dans la recherche de nouvelles alternatives de diffusion pour un cinéma qui manque d’espaces où rencontrer le public.
Le dvd, de plus de trois heures, présente treize films documentaires de cinq à soixante minutes articulés en trois rubriques. Le site web met en perspective les films du DVD au travers d’entretiens avec les réalisateurs, de films et de documentaires sonores en streaming ou téléchargement, d’une sélection de liens et de bibliographies.
Pour ce premier numéro, le thème du dossier est « frontière », la rubrique pratiques est dédiée aux « films d’atelier » et le labo au « je » qui se narre. Ce travail éditorial nous permet d’accompagner le public dans sa découverte d’œuvres parfois méconnues et de prendre le risque de présenter des auteurs moins confirmés et des films aux durées atypiques.
Nous avons choisi d’éditer une « revue » car l’aspect réactif d’une publication régulière nous semble approprié pour évoquer un cinéma ancré dans son temps et qui n’hésite pas à prendre position.


Carte blanche à Dérives

En avril dernier, nous écrivions dans l’édito du premier numéro de Dérives que notre désir n’était pas seulement d’apporter un regard critique, esthétique, philosophique ou poétique sur le cinéma mais de faire entrer le cinéma dans la revue par son objet même, les films, et ceux qui les pensent, les fabriquent, les imaginent et les rendent aussi visibles que sensibles. Ainsi, proposer au lecteur de se faire spectateur et au spectateur de se faire lecteur, passer d’un rapport à l’autre, d’une écriture à une autre, dans un jeu de continuités et de lignes de partages constantes : pour creuser des sillons, s’empêcher d’arriver, dévier hors du domaine de définition du cinéma, dériver. Ce premier numéro trouvait son point d’ancrage dans l’œuvre du cinéaste Jean-Claude Rousseau.
De là, la dérive nous mène vers les territoires de Fernand Deligny, Annick Bouleau, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Nicolas Rey, Julien Chigot, Catherine Bareau, le Collectif Gpilab (Carole Contant, Céline Pierre, Laurent Plagnol, Colas Ricard).
Dérives est éditée par l’association lyonnaise NET4IMAGE. Fondée en 2001, elle était d’abord une coopérative audiovisuelle en ligne cherchant à faire connaître des films, des textes, des travaux sonores peu ou pas diffusés. Ainsi, l’administration du site internet derives.tv est partie intégrante du projet éditorial de Dérives. Celui-ci propose des articles, des films ou des expositions photographiques. Trames d’espace-temps en un endroit du monde dont leur auteur nous donne des nouvelles, elles sont présentes dans la revue et sur le site.
Pour le premier numéro, les regards de Christophe Clavert, Jérôme Dittmar, Jérémy Gravayat et Florence Pezon se sont respectivement posés sur Erfoud, Tokyo, la Cisjordanie et Lisbonne. Sur le site, ceux d’Abel Kavanagh et David Yon se posent sur le lac Titicaca et Djelfa.
Le temps de présentation du projet Dérives que nous offre ici le festival des Écrans Documentaires sera ainsi pour une large part consacré à ces vues du monde et à la rencontre avec certains de leurs auteurs. Ces rencontres avec les auteurs et la programmation de séances sont depuis le printemps dernier une manière de prolonger la dérive. Janvier sera l’occasion d’organiser avec le festival lyonnais des Inattendus et les Beaux-arts de Lyon un colloque autour de Jean-Claude Rousseau.

Damien Monnier

Films


Chroniques de quartier Romilly sur Seine, Champagne Ardenne

Chroniques de quartier Romilly-sur-Seine, Champagne Ardenne

Céline Pierre et Laurent Plagnol | 2007 | 7' | France

De janvier à juillet 2007 : présence régulière dans un quartier en remaniement urbain, destruction d’une barre et rencontre avec les habitants.


Cinétract : Europa 2005 - 27 octobre

Cinétract : Europa 2005 – 27 octobre

Jean-Marie Straub et Danièle Huillet | 2006 | 10' | France

À l’occasion du centenaire de la naissance de Roberto Rossellini, la RAI 3 passe commande à des cinéastes, parmi lesquels Jean-Marie Straub et Danièle Huillet. Il s’agit d’imaginer, après le dernier plan d’Europa 51, « un moment de la vie ou de la mort » du personnage interprété par Ingrid Bergman. Pour répondre, Straub s’appuie sur un fait divers. Le 27 octobre 2005, à Clichy sous-Bois, trois jeunes garçons se réfugient dans un transformateur électrique pour éviter un contrôle de police. Deux d’entre eux, Zyed et Bouna, y moururent électrocutés. Ce Cinétract se compose de cinq fois deux panoramiques, dont les prises de vue ont été effectuées par leur ami cinéaste Jean-Claude Rousseau qui les a également montées. Regardant les cinq propositions numérotées, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet décidèrent de garder l’ensemble. Selon l’ordre de leurs tournages aux abords du transformateur électrique, les plans se succèdent.


La Couleur des oliviers

La Couleur des oliviers

Carolina Rivas | 2006 | 58' | France

En 2002, les Israéliens débutent la construction d’un mur dans le but de prévenir les attaques terroristes palestiniennes dans les colonies des territoires occupés de Cisjordanie. La phase A du Mur commence à soixante kilomètres au nord du village de Masha et finit sur la colline autrefois idyllique qui surplombe Tel Aviv. Béton armé, grillages, barbelés, militaires, le mur sectionne le village sous la fenêtre de la famille Amer. Portes électriques, cadenas, présence permanente des soldats. Humiliation, attente imposée, entendre qu’on n’existe pas, chaque jour, chez soi, le cliquetis du cadenas, chaque jour des geôliers méticuleux. En face, les mots n’ont plus prise. La colère muette, brute sourde devant la taille de l’injustice. Ne pas renoncer, à son corps défendant, rester, chaque jour, ne céder aucun terrain.


Des nuages aux fêlures de la terre

Des nuages aux fêlures de la terre

Philippe Côte | 2007 | 18'

« Monts noirs monts blancs en miroir Puissance du gris nuances des commencements Cîmes Regards tendus corps de la lumière silhouettes furtives Le bleu soudain l’étoile à la lucarne On peut ouvrir grand les paupières. », Catherine Bareau


Expérience à la pomme

Expérience à la pomme

Aurore Sanguinetti | 2006 | 7' | France

Il y a les cassettes enregistrées sur le magnétophone avec Arthur et les cousins… Il y a les dessins… Il y a les films de vacances en Super 8… Il y a le soleil sur la façade de la maison en Corse, il y a aussi la recette de la rue et l’odeur du pain perdu, ou plutôt, la recette du pain perdu et l’odeur de la mer… Était-ce seulement l’idée de l’odeur, ou l’idée du souvenir ? Entre animation et vidéo, Super 8 et photomontage, le film fouille, emmêle, démêle et cherche à recoudre les souvenirs épars du grand bonheur de « quand j’étais petite ».


Il m’emmerde Bach… il m’…

Il m’emmerde Bach… il m’…

Julien Chigot | 2002 | 4'

Une nuit d’enfance quelque part sur la peau d’un homme


Two thousand walls (a song for Jayyous)

Two thousand walls (a song for Jayyous)

Peter Snowdon | 2006 | 6'

La nuit. Une terrasse. Des voix d’enfants. Des vers. Une ritournelle. Durée en fragments, moment hors du temps. Des figures-fantômes, qui peinent à exister, même ici, chez eux.


Séances

vendredi 2 novembre 2007 à 17h00

Espace Jean Vilar - salle 2

Carte blanche à Dérives

vendredi 2 novembre 2007 à 22h30

Espace Jean Vilar - salle 2

Carte blanche à la Famille Digitale