Les yeux de l’ouïe

Fragments d’un rencontre

Work in progress proposé par Anne Toussaint autour d’un film en cours de réalisation

D’avril 2003 à août 2004, des étudiants en sciences politiques sont venus chaque semaine a la prison travailler avec le groupe de l’atelier
Ensemble, ils ont regarde des images et éprouvé l’acte de filmer.
Au-delà d’une réflexion sur les institutions et les représentations sociales, l’exercice du regard mené ensemble, interroge la manière dont le cinéma peut, bousculer nos représentations, déplacer le point de vue, dévoiler la singularité de chacun et ouvrir peut être a la rencontre de l’autre.
Ce travail s’est construit au fur et à mesure pendant trois années, Le film n’est pas encore terminé mais nous proposons de mettre en discussion les fragments de cette rencontre Une manière de convier le spectateur a l’expérience d’un film.

La genèse

Guillaume a été stagiaire de L’atelier « En quête d’autres regards » pendant quatre années. Durant son incarcération, il poursuit ses études. À sa sortie il est admis a Sciences po Paris d’où il décide de faire partager son expérience de prisonnier et son parcours cinématographique a un groupe d’étudiants de l’école. ll propose donc à ce groupe d’étudiants et, par mon intermédiaire, aux prisonniers participant à l’atelier de travailler ensemble.
« Si la rencontre se tait entre des individus particulièrement liés a une institution et à un rapport singulier à l’État, c’est peut être aussi parce que chacun de nous est captif d’une image ». À l’appel de Guillaume, du côte des prisonniers, certains évoquent une « rencontre improbable », d’autres parlent de « choc culturels » ou s’interrogent sur « ce qui nous sépare et ce qui nous rapproche ». Du côté des étudiants, certains s’interrogent sur les visions de la réalité carcérale », d’autres sur les relations entre l’État et les individus ou sur leur rapport au réel.
Tous sont d’accord pour partager cette aventure avec pour objet commun de la rencontre l’image. Guillaume désire cette confrontation mais n’est pas autorise a y assister. De ma place de cinéaste, je propose d’être le tiers et de filmer la rencontre.

Anne Toussaint


Points de vue sur la sélection

Des membres de l’atelier ont sélectionné de films en compétition. Ils ont chacun réalisé un court métrage faisant écho à ce film choisi. Ils se risquent à exposer un point de vue personnel.


Les Yeux de l’Ouïe : L’atelier « En quête d’autres regards »

Depuis 1999, l’association les Yeux de l’Ouïe, réseau de diffusion et de créations sonores et visuelles, est opérateur des ateliers audiovisuels à la Maison d’arrêt de Paris la Santé ou des cinéastes et plasticiens travaillent avec les personnes détenues. Ensemble ils mènent une réflexion sur J’image, proposent une programmation de films sur le canal intérieur de télévision Espace Public et expérimentent des écritures cinématographiques.

Aujourd’hui, la seule culture de l’image accessible aux personnes détenues est celle diffusée par les médias télévisuels. Fenêtre ouverte sur l’extérieur et/ou dispositif d’enfermement.
L’atelier « En quête d autres regards » mène avec des personnes détenues une réflexion sur le statut de l’image dans notre société, Dans cet atelier les images se pensent, la parole circule, les regards se croisent les cultures se partagent. Il s’agit de voir ensemble.
Le travail se nourrit de visionnages et de rencontres avec des cinéastes. Il se concrétise par des programmations de films sur le canal intérieur de la prison ou par des projections suives d’un débat.
Si la prison provoque une rupture sociale, elle se situe pourtant au cœur de notre société et s’en trouve être un révélateur. De son centre le monde est regardé, le monde se réfléchit.
De celle pratique du regard peut naître un desir de fabrication débouchant sur une pratique artistique. Il s’agit alors de rechercher dans cet espace-temps-mouvement modifié et isolé les formes d’écritures les plus pertinentes en favorisant toutes les dimensions sonores et visuelles pour produire un langage. Il s’agit aussi d autoriser celui qui est regarde, le prisonnier, a devenir regardeur.
Chacun est conduit à fabriquer ses propres images, a aller jusqu’au bout de ses choix d’écriture et à se risquer a montrer des images singulières, que lui seul voit les yeux fermés.
C’est le temps de faire l’expérience du trajet à parcourir pour réaliser l’acte de transformation : le passage de la découverte d’une nécessité intime, le « dire à soi » qui bouleverse a sa représentation, le « dire à l’autre » qui questionne.

Là se joue la question de la représentation, de la place de la prison et du prisonnier a l’intérieur du corps social.
C’est aussi une manière d’interroger le cinéma et ses modes de production dans un contexte ou le temps de la création se confronte au temps carcéral.
Ouverte sur l’extérieur, l’équipe actuelle présente au public ses créations.

L’atelier : Guillaume Fournier, Diego Abdelaziz Gaouaou, Ferid Krabaa, Elz Laubal, Jean-Pierre Lenoir, Sabrina Malek, Mickael Mameri, Jérôme Mayer, Sasa Mijovic, Khalid Saadi, Mourad, Said, Nicolas Stern et Anne Toussaint.

Séances

mercredi 8 décembre 2004 à 20h30

Espace Jean Vilar - salle 1

Fragments d'une rencontre