Jean Eustache

À propos de Numéro zéro

« À défaut de justifier l’existence d’Odette Robert, je peux parler des raisons qui m’ont poussé à faire Numéro zéro dont Odette Robert n’est que des lambeaux. Numéro zéro, je ne sais pas si c’était un film. Dire que j’ai été poussé à le tourner par le tourment qui me rongeait à l’époque ne va pas lui assurer un pouvoir de révélation. Je me souviens avoir marché dans Paris, de Montparnasse au 17e arrondissement, marche en pensant, comme dans une marche qui remonterait le temps. Quand je suis arrivé chez moi, ma grand-mère m’a parlé assez longuement. Et j’ai eu l’impression qu’elle me disait des choses capitales. Quand je lui ai dit : mais écoute, il faudrait enregistrer ça, elle m’a dit : mais enfin, c’est des choses qui ne sont pas jolies. Ça ne fait rien, ai-je répondu, il faut enregistrer ces choses, jolies ou pas, elles sont importantes, elles sont grandes.

J’ai trouvé un peu d’argent pour acheter de la pellicule noir et blanc 16 mm, j’ai loué deux caméras, demandé à Théaudière de tenir les caméras et à Jean-Pierre Ruh de faire le son. Et le temps du film a été le temps de la pellicule, les deux caméras marchant alternativement, en chevauchement, sans jamais couper. Alors, le film, c’était l’histoire de la pellicule, du début à sa fin. En même temps, comme à l’époque je faisais profession de cinéaste, c’était un film de cinéaste professionnel, et un film de famille, comme un film d’amateur en 8 mm tourné sur la plage. Il y avait donc là quelque chose d’incompatible. Alors j’ai demandé à un réalisateur, Adolfo Arrieta, de faire quelques plans de rue, de filmer cinq minutes ma grand-mère et mon fils allant faire les courses dans la rue d’à côté. Pour en faire le début du film, sans son, sans rien – complètement séparé de la suite où il y a le son, et où l’image… J’avais l’impression que c’était un manifeste – seulement de quoi, je ne sais pas. Peut-être du fait qu’à cette époque je ne pouvais pas faire de film. Là-dessus, des gens bien intentionnés m’ont présenté quelqu’un en poste à la télévision qui l’a visionné. Mais Numéro zéro était incompatible avec la télévision de l’époque, celle de 1971.

Quant à savoir si Numéro zéro était un film, je ne le sais toujours pas. J’ai prétendu que c’en était un, sans être en fait très sûr de moi. »

Jean Eustache

Films


Numéro zéro

Numéro zéro

Jean Eustache | 1971 | 120' | France

Film entretien de près de deux heures que Jean Eustache réalisa en 1971 avec sa grand-mère, Numéro Zéro connut une version tronquée pour la télévision : Odette Robert.

« Il s’agit (donc) d’une traversée du temps par une vieille femme, entre ses arrière grands-parents et ses arrières petits-enfants, et l’on voit six générations de l’histoire de France racontées par elle, Odette Robert, ma grand-mère. », Jean Eustache


La Peine perdue de Jean Eustache

La Peine perdue de Jean Eustache

Ángel Diez Alvarez | 1997 | 53' | France

Le film est un hommage à Jean Eustache, grand cinéaste français peu connu et disparu. Au fil des lieux, des témoignages, des images et des sons, ce film esquisse le portrait du cinéaste et fait revivre, pour un moment, son œuvre et sa vie. On retrouve ici le principaux opus du cinéaste, au premier rang desquels La Maman et la Putain (1973). Mais aussi des films moins connus tels La Rosière de Pessac (1968 et 1979) ou un inédit tel Numéro Zéro (1971) consacré par le réalisateur à sa mère. Peu à peu, s’élabore ou transparaît la méthode empruntée par Eustache. Une fidélité quasi obsessionnelle au réel, héritée selon ses propres aveux de Lumière. Toujours en marque de la Nouvelle Vague, Eustache a influencé et marqué toute une génération, et son cinéma reste une source de savoir et d’inspiration.

Faire un film sur un cinéaste que l’on admire présente un risque à double facette : soit l’on verse dans le portrait didactique et prétendument savant ou dans l’hagiographie béate. Un « qui perd gagne » soit pour l’auteur célébré ou pour le réalisateur qui s’escamote… Ángel Diez Alvarez, lui, fait un film avec Jean Eustache, en osmose…


Séances

mardi 19 novembre 2002 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 1

mardi 19 novembre 2002 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 1