Samedi 8 novembre 1997, 17h00

samedi 8 novembre 1997 à 17h00

Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly

Les rencontres documentaires

Cinquième séquence.

Le documentaire face aux Nouvelles technologies

Le cinéma est entré dans son deuxième siècle et celui-ci sera à n’en pas douter « numérique ». En posant comme thème d’interrogation « le documentaire face aux nouvelles technologies », plusieurs pistes pouvaient s’envisager…

Celle de la résistance du cinéma indépendant à la mise sous-influence technologique. Celle des fourches caudines, économiques, des industries de programmes incitant à penser, restreindre le documentaire dans une version étriquée du « document » de connaissance, aisément déclinable en CD-Rom et autres DVD. On pouvait aussi imaginer susciter un bilan des apports de l’écriture électronique au documentaire : pour redécouvrir les arcanes de l’œuvre picturale (Palettes d’Alain Jaubert), décrypter l’histoire des « Paysages » (Jean-Loïc Portron), Jacques Barsac et l’architecture, etc.

Le projet en cours de montage d’Eyal Sivan et Rony Brauman, d’une manière aussi saisissante que passionnante, pose la question au cœur même du dispositif du cinéma. Et particulièrement dans sa zone la plus sensible, l’archive. Zone tabou, aux accents de preuve

attendue, révélée, intangible, selon un consensus implicitement admis. Même si l’innocence n’est pas de mise concernant les entorses multiples commises par rapport à cette déontologie (des manipulations du montage à la reconstitution de fausses archives). Et comme avec la technologie numérique ses possibilités se démultiplient…

Le film Le Spécialiste s’aventure de plus dans le sujet de tous les dangers, la Shoah, mais sous un angle résolument neuf. En revisitant le Procès d’Adolf Eichmann, intégralement filmé par quatre caméras vidéos durant huit mois dans la Maison du Peuple de Jérusalem en 1961 par le documentariste Léon Hurwitz. Comme un enregistrement lineaire et « neutre ». Eyal sivan et Rony Brauman, qui ont visionné et disséqué les 300 heures enregistrées restantes ont choisi pour « tenir » leur propos une « scénariste », « un regard » d’exception, témoin du procès : Hannah Arendt, professeur de théorie politique, auteur de Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal. Le « recentrage » scénaristique sur la personnalité d’Eichmann nécessite nombres d’interventions numériques sur les archives mêmes (recadrages, mouvements de caméra, insertion de séquences différentes dans un même plan). Une scénarisation, une dramaturgie qui séduit les uns pour les prouesses technologiques (Jean Segura à lmagina pour Libération) mais inquiète les autres (Jean-Michel Frodon, Le Monde), imaginant les mêmes procédés utilisés par des réalisateurs n’ayant pas l’éthique et la qualité des deux auteurs. Rony Brauman président de Médecins sans Frontières de 1982 à 1994, témoin actif, virulent et polémique sur la « purification ethnique » en Bosnie ou sur le génocide rwandais. Eyal Sivan, cinéaste et dissident israélien travaillant sur l’instrumentalisation politique de la mémoire en Israël Izkor les esclaves de la mémoire (1990) ou interrogeant avec une extrême sagacité le processus de paix vue du point de vue palestinien, Aqabat Jaber, Paix sans retour ? (1995).

« En nous inspirant du Rapport sur la banalité du mal pour aborder cette masse imposante d’archives, nous entendons rejoindre Hannah Arendt dans sa tentative fondamentale de décrire l’institution de la terreur. Notre ambition majeure est de restituer le personnage d’Eichmann, tel que l’a découvert Arendt, avec son regard extraordinairement aigu. Loin de vouloir faire un film de plus sur la Shoah, nous nous attachons à décrire ce “spécialiste de la résolution des problèmes” qui, pour surmonter les obstacles sur sa route, s’ingéniait à rationaliser et harmoniser tous les instruments administratifs et humains sous sa juridiction. ll existe certes des films d’une grande importance donnant la parole aux victimes. Mais aucun document mettant le bourreau au premier plan n’a été tourné ou monté à ce jour, alors même que l’actualité nous montre à quel point est cruciale la mise à jour des mécanismes humains et sociaux de la terreur. »

Interventions

  • Débat autour du film Le spécialiste écrit par Rony Brauman et Eyal Sivan.
  • Présentation de la bande-annonce (sous réserve).
  • Débat en présence des auteurs.