Éditos

Voici treize ans que le festival de Gentilly et du Val-de-Marne explore la production vidéo et convie les Val-de-Marnais à voir des créations originales. Depuis trois ans, il nous invite à poser notre regard sur la création documentaire.

Le succès des films comme Reprise d’Hervé Leroux ; ou celui D’une brousse à l’autre de Jacques Kébadian, l’affluence dans les festivals du Cinéma du Réel, les Etats généraux de Lussas, les Écrans documentaires de Gentilly sont autant de preuves du regain d’intérêt du public pour le film documentaire.

Cependant il serait souhaitable que les pouvoirs publics aient une politique moins frileuse en matière de soutien aux réalisateurs de documentaires et que les chaînes de télévision, fort du succès de ce genre, ne réduisent pas leur contenu pour des raisons de rentabilité et d’impératif de durée.

Les cinéastes, qui ont un regard personnel et engagé sur le monde, ont une place et un rôle au sein de notre société et de la création artistique.

A côté d’un marché cinématographique dominé par le gigantisme et par les produits standardisés, répondant en priorité à des exigences économiques, il est réconfortant de constater qu’il existe un public et des réalisateurs curieux de devenir des hommes au sein de leur société, de leur histoire personnelle et sociale.

C’est pourquoi le Conseil général apporte son soutien aux Ecrans Documentaires, lieu de diffusion et de rencontres privilégié pour les Val-de-Marnais, autour du documentaire. Tout comme il soutient dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel de nombreuses initiatives : le Festival des films de Femmes, le Festival Ciné-Junior, l’Oeil vers… Il a créé la bourse Louis Daquin, une ligne budgétaire d’aide à la création cinématographique. Il défend la SFP et l’INA, soucieux de voir préserver et développer un grand service public de l’audiovisuel dans notre pays.

Michel Germa, Président du Conseil général du Val-de-Marne


L’image imprégnant chaque jour un peu plus notre vie quotidienne, elle est devenue au fil des ans une des constantes de la vie culturelle locale.

Du Festival vidéo des années 85 aux Ecrans documentaires d’aujourd’hui, les artisans de cette manifestation ont su donner à voir des œuvres magnifiques et peu distribuées sur les réseaux télévisuels, nous faire partager le regard et l’émotion de centaines de réalisateurs de part le monde, nous permettre d’approcher un peu mieux au travers de ces créations artistiques l’évolution de nos sociétés.

Cette démarche nous l’avons, tout particulièrement, proposée aux jeunes de notre ville en l’aidant à la création de l’Atelier Vidéo du Service Municipal de la Jeunesse, en participant au Festival Ciné Junior du Département ou encore en soutenant l’initiative Class’ Ecran en collaboration avec le Rectorat de Créteil.

Le soutien, depuis de nombreuses années du Conseil général du Val-de-Marne et de la DRAC Île-de-France à notre initiative, son retentissement bien au-delà des murs de la ville et du département ont toujours été un encouragement pour la Municipalité à maintenir son engagement en faveur de la création audiovisuelle et de sa diffusion.

Après la collaboration en début de saison, de la Maison Robert Doisneau avec le Musée de la Photographie de Charleroi, nous poursuivons avec le thème de Paris-Bruxelles la découverte de la création en matière d’image dans un pays européen voisin du nôtre.

Pour toutes ces raisons, je souhaite un plein succès à ces Écrans documentaires et beaucoup de plaisir à tous les festivaliers.

Yann Joubert, Maire de Gentilly


La Communauté française de Belgique/Wallonie-Bruxelles exerce, dans la Belgique fédérale, des compétences exclusives d’Etat dans les matières culturelles, l’enseignement, la recherche, l’audiovisuel, la jeunesse, la santé et les affaires sociales. Ouvert depuis 1979 en plein cœur de Paris, en face du Centre Georges Pompidou, le Centre Wallonie Bruxelles à Paris en est sa représentation culturelle.

Doté d’une salle d’exposition, d’une salle de spectacles et d’une salle de cinéma, d’un centre d’information et d’une librairie, le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris demeure l’un des « centres culturels étrangers » les plus actifs à Paris ; dans chaque secteur artistique, il défend et présente la jeune création contemporaine de Wallonie et de Bruxelles, sans oublier de promouvoir les fleurons du patrimoine. Il s’attache, de plus, aux expressions artistiques de la Francophonie qu’il présente, chaque année dans le Festival Francophonie Métissée.

Pour le cinéma, depuis la direction de Geneviève François-Masquelin, le Centre Wallonie-Bruxelles présente une programmation régulière qui, sous l’impulsion de Louis Héliot, se montre aussi fournie et variée qu’exigeante, avec les festivals thématiques : la biennale Objectif Doc pour les documentaires de création, Le court en dit long festival annuel de courts métrages, la Quinzaine du cinéma francophone festival annuel de documentaires et fictions produits dans les pays de l’espace francophone.

Le Centre Wallonie-Bruxelles présente aussi des rétrospectives consacrées à des réalisateurs tels Henri Storck, André Delvaux, Chantal Akerman, lesquelles circulent dans le monde entier grâce à l’action du Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique, qui a édité pour chacun un catalogue analytique de l’œuvre qui fait toujours référence.

Le Centre aide à la promotion, à la diffusion et à la distribution des productions audiovisuelles de Wallonie et de Bruxelles et, dans ce cadre, a présenté des cycles en hommage aux dix ans de Wallonie Image Production (W.I.P.), aux vingt ans du Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles (C.B.A.), aux dix ans du Fonds Henri Storck, aux dix ans de Saga Film, et prépare d’autres cycles consacrés à des producteurs.

En outre, pour le patrimoine du cinéma, ses efforts sont nombreux et on se souvient des programmes Les cent et un films présentés pendant l’exposition Ça tourne depuis cent ans ; des programmations insérées dans le festival Cinémémoire et en novembre 1998, un hommage exceptionnel à Jacques Feyder.

Le Centre, enfin, soutient des festivals qui placent les productions de la Communauté française de Belgique à l’honneur et nous sommes très heureux du regard porté sur les documentaires de Wallonie et de Bruxelles par les Ecrans documentaires de Gentilly cette année.

Centre Wallonie-Bruxelles


Pour que toujours soufflent des vents nouveaux chargés de sens …

Les Ecrans documentaires n’ont pas choisi pour rien ce pluriel qui augure de découvertes multiples et d’approches singulières. De « l’esprit documentaire », une démarche, un regard, un engagement, une passion, naît dans les configurations les plus heureuses, une conversation, un dialogue, un enrichissement entre un film-un auteur et son spectateur. A chaque fois, unique dans ses perceptions, ses interprétations, ses ressentis. Et dans la manière, “l’état d’être », dans lequel il regarde, écoute, prend ses distances, fusionne avec ce temps filmique. A chaque fois différent, si la rencontre a eu lieu « réellement ». Le documentaire, après « un siècle d’expérience » peut tout.

Des interprétations du monde et des savoirs, des radiographies d’institutions, de mécanismes ou de conflits, des instants donnés, des récits de vie, des chroniques fantasques, des autobiographies qui touchent à l’universel … Et bien d’autres perspectives qui font cette pluralité.

Toutes choses qui, on le pressent, ne s’accordent guère avec les pédagogies assistées, les didactiques réflexes, les corsetages dans des « formatages » programmatiques. Toutes choses utiles à l’industrie et nuisibles à l’esprit.

Les Ecrans documentaires poursuivent donc leur route,  toujours avec ce même désir d’exploration, de confrontation d' »extrêmes » parfois si rapprochés, l’investigation et l’expérimental, de la fiction documentée et du réel qui nécessairement se « met en scène »…

Paris-Bruxelles, une intuition qui nous donna des sueurs froides…

Depuis quelques années déjà sans qu’il y ait volonté délibérée de notre part, la programmation ou les sélections du festival se constellaient régulièrement, d’œuvres, de films venus de Belgique…

Tableau avec Chute de Claudio Pazienza nous stimula grandement l’an dernier. Quelques années plus tôt, City of the Steppes de Peter Brosens et Odo Halflants nous avait paru remarquable. L’homme qui marche, puis, Que sont mes amis devenus de Philippe de Pierpont, nous avaient aussi largement intrigués par l’originalité de leurs démarches. Il faudrait encore citer Bénédicte Emsens, Autour de la mort d’un cochon, Bénédicte Liénard, Tête aux murs, Miel van Hoogenbemt, Stefan de Costere et bien d’autres…

Réellement intrigant

Intrigant car derrière la grande figure tutélaire d’Henri Storck, les signatures reconnues de Chantal Ackerman, Thierry Michel, des Frères Dardenne, Luc de Heusch, Boris Lehman, une telle profusion de talents singuliers prospèrent (certes pas financièrement !). A l’échelle d’un pays comme la Belgique, le constat est renversant. Comme le sont, toujours en comparatif, la richesse du paysage télévisuel de la RTBF, l’originalité des ateliers de production, les manifestations festivalières, l’importance quantitative de la production.

Derrière le « structurel » toujours menacé par les enjeux de l’économique et du politique, le plus passionnant sans doute c’est « le bricolage lumineux du Cinéma en Belgique », dixit Jacqueline Aubenas, une de nos guides au cours des Rencontres. Capable de toutes les traverses et passerelles entre les « genres », entre l’art et la vie, l’engagement et l’histoire, le poétique et l’humour, la fiction et le réel. Et que tous ses passages, ses porosités, s’exercent dans les itinéraires même de chaque cinéaste, chaque auteur. Un cinéma « pauvre » en moyens mais si infiniment libre en créativité et en audace.

Très vite, nous sûmes qu’à l’heure du festival, nous arriverions frustrés, d’avoir écarter trop de pistes, des pépites, des raretés, des angles d’approche.

Nous en choisîmes donc quelques-unes que vous retrouverez au fil de ce catalogue, « l’archéologie de Strip-tease », « Une certaine artitude du cinéma belge », « Regards croisés Belgique-Afrique ». Il nous semblait indispensable, hors le caractère « commémoratif des anniversaires » de réserver une place conséquente au Fonds Henri Storck et aux œuvres du maître belge, ainsi qu’au Centre qu’il a fondé il y a vingt ans, le Centre Bruxelles Audiovisuel. Salutations amicales, au passage à Kathleen de Bethune, Natacha Dericke, Karine de Villers et Micheline Créteur qui nous ont beaucoup éclairé.

Cet axe Paris-Bruxelles proposera aussi un détour nécessaire par Liège, ainsi que des avant-premières, des inédits, des films rares …

Programmations et Rencontres documentaires se sont donc ainsi concentrés sur cette découverte des cinémas documentaires de Belgique, avec l’aide, grâce à leur écoute attentive du Centre Wallonie-Bruxelles, Louis Héliot et de la Scam, Eve-Marie Cloquet.

Il faut dire un mot sans doute aussi, de quelques innovations de cette édition. La formule Doc’concert, la rencontre d’un film et d’une expression musicale en correspondances et affinités : elle nous semble enrichir cette dimension de “l’esprit documentaire » que nous évoquions plus avant. Curiosité de toutes les découvertes et de tous les genres de création.

L’intérêt public et étudiant qui se manifeste pour les Rencontres documentaires nous a incité à développer des « Fenêtres de présentation » de la démarche documentaire de différentes écoles et ateliers pour explorer plus précisément leurs expériences.

Gentilléen et parisien, le festival est aussi Val-de-Marnais et cette vocation ne cessera de s’enrichir. Pour l’heure nous sommes heureux de voir se développer un partenariat extrêmement harmonieux avec le cinéma Jean-Vilar d’Arcueil grâce à la complicité de Dominique Moussard. Marie-Jo Pottier et le Fonds départemental Cinéma de Champigny accueilleront quant à eux les films primés d’une sélection que nous estimons d’un excellent crû.

Sensibiliser, faire aimer à des « publics » la démarche et l’esprit documentaire, se travaille, se peaufine : nous poursuivons la démarche en direction des scolaires (Class Ecran), des jeunes (Atelier vidéo de sensibilisation au documentaire), des retraités actifs (Une Nuit Strip-Tease en plein jour leur est proposé comme à chacun). Le documentaire est un film, même réalisé en vidéo et son chemin d’accès ne doit pas être seulement la télévision, et c’est pourquoi le Festival se « décentralise » dans trois quartiers de la ville. Pour découvrir « ensemble »…

Et nous commençons à imaginer déjà, ce que pourra être la prochaine rencontre des Ecrans documentaires précédant l’an 2000. Pour prendre date, nous irons vers l’Europe Orientale, dix ans après la chute du Mur de Berlin, chercher quelques nouvelles… Sans oublier jamais, de faire un détour par la Belgique où il nous restera forcément toujours quelque chose à découvrir.

Didier Husson, Délégué général