Éditos

Les Écrans documentaires élargissent cette année leurs lieux de diffusion à huit villes du département et je m’en réjouis. Le documentaire qui rencontre l’intérêt du public mériterait un engagement créatif plus important et des moyens financiers plus conséquents de la part des chaînes de télévision publique même si elles restent pour le moment les principaux investisseurs. Le documentaire mériterait aussi, comme le font les salles publiques Art et Essai du Val-de-Marne, une diffusion plus fréquente sur le grand écran, et il ne faudrait pas que les cartes de fidélité lancées par les multiplexes compromettent l’espoir de voir plus souvent les documentaires au cinéma et mettent en danger les salles de cinéma au service du Septième Art, du public et des réalisateurs. J’ai fait part en son temps à Madame Tasca, Ministre de la Culture, de ma préoccupation quant aux enjeux de cette carte et je lui ai confirmé notre attachement à la création cinématographique et aux lieux de diffusion que sont les salles associatives et publiques Art et Essai. Le cinéma ne peut être réduit au commerce, ni aux superproductions.

Cette année, Les Ecrans documentaires nous invitent à porter notre regard sur les femmes de tous les pays, leurs conditions, leurs luttes et leurs rêves. La place des femmes dans notre société et leur combat ont toujours fait l’objet d’un soutien attentif du Conseil général. Dans le domaine cinématographique, il est le principal partenaire du Festival international du film de femmes depuis son arrivée en Val-de-Marne. Les Ecrans documentaires devraient encore cette année, par la richesse et la diversité de leur programmation, satisfaire la curiosité de chaque Val-de-Marnais.

À toutes et à tous bon festival,

Michel Germa, Président du Conseil général du Val-de-Marne


Pour sa 15e édition, le Festival des Ecrans documentaires s’affiche dans une dizaine de lieux déployant sa toile pour un public de plus en plus nombreux à s’intéresser à ces créations quelque soit le support utilisé. Le nombre et la qualité des manifestations témoignent de la place du documentaire aux côtés de la fiction dans la programmation des salles comme sur les chaînes de télévision. Le câble ou le satellite permettent à de nombreux réalisateurs de montrer leur travail et de conquérir un public, mais combien restent dans l’ombre. Le festival est pour tous l’occasion, à partir d’une sélection, de présenter cette diversité notamment grâce au soutien du Conseil général du Val-de-Marne et des villes participant à cette édition. Leur engagement à nos côtés est le manifeste d’une politique culturelle de soutien à la création et à la diffusion cinématographique. C’est parce que le documentaire permet par l’image, par le montage et son sujet, d’aborder ce qui nous amuse ou nous touche, nous révolte ou nous séduit, que dans tous les cas il participe à notre culture. Le documentaire est source de débat, de rencontre, de croisement multiculturel, entre différents modes d’expression artistique. Cette année la dimension val-de-marnaise s’affirme par le thème retenu du Féminin singulier et par le nombre de villes participant au festival, et plus particulièrement celles de la nouvelle communauté d’Agglomération du Val-de-Bièvre. Alors que dans la même période s’organise à Bruxelles, la marche européenne des Femmes avant celle mondiale de New York, les Droits des Femmes, leur place dans la société, le regard de réalisatrice comme Agnès Varda ou Claire Simon, sans oublier celui de la Banlieue d’ici ou d’ailleurs, sont autant de sujets à débats. C’est une des raisons d’être de l’Association Son et Image, qui au travers de sa programmation cherche à solliciter les associations, les collectivités locales, les médias à une image citoyenne, à donner la parole au public. Mais notre ambition est de contribuer à la création de documentaires réalisés par ceux qui vivent cette banlieue pour parler de leur réalité locale. Il nous reviendra avec d’autres de les aider à présenter ce travail au plus grand nombre en attendant que le câble bientôt présent dans un grand nombre de villes du Département nous permette d’imaginer une télévision locale. Dans cette perspective, les partenariats créés à l’occasion de ce festival, notamment celui avec l’Université de Jussieu, nous seront essentiels. Nous espérons vraiment que ce festival rencontrera, par la diversité des sujets abordés et des lieux qui l’accueillent, un large public pour le développement de l’image et du documentaire dans le Val-de-Marne comme dans toute l’Ile-de-France.

Yves Mourens, Président de l’association Son et Image


Le Réel en scène ou l’Éloge de la distinction

Production de programmes en constante progression, prolifération des chaînes thématiques, demande publique croissante… Capacité de rivaliser parfois avec le cinéma de fiction et de le « contaminer » de plus en plus souvent par ses sujets ou ses modes de traitement… Tout semblerait aller pour le mieux pour le documentaire de création, si ses indicateurs n’étaient pas essentiellement très « pensée unique », c’est-à-dire économistes, volumétriques, consuméristes. Car de cinéma, d’auteur, de démarche singulière, de point de vue engagé, de spectateur actif, il est de moins en moins question. La pléthore équivaut au non-choix, au flux indifférencié. La « consanguinité » économique du documentaire avec le « télévisuel » lui impose de plus en plus un diktat d’« écriture » correspondant à un formatage banalisant : durée imposée, forme standard, choix restreint à l’« effet de réel brut », au compassionnel sans réflexion, à la pédagogie simplificatrice. L’espace « laboratoire » quasi unique que constitue Arte (avec quelques chaînes thématiques) est dans ce paysage global, essentiel, mais reste un alibi culturel, suprêmement isolé, voire fragile. L’accélération constante des conditions de production des films comme de leur réception par le spectateur amplifie ce processus de nivellement par le bas. Pourtant, entre une télévision de l’impensé, du miroir déformant et de la recette audimatique, et un cinéma de plus en plus macdonaldisé par le phénomène multiplexe, s’ouvrent des brèches, des failles minuscules. Où se déplacent les enjeux, où s’installent la rencontre, le débat, l’interrogation et l’échange. Où s’expose la création qui résiste, poursuit son chemin secret, pirate, hors norme. Nouveaux réseaux de diffusion, efflorescence de l’activité des médiathèques et bien sûr l’Espace Festivals qui de rendez-vous en rendez-vous sur l’année constitue un pôle moteur. C’est dans cette dynamique que Les Ecrans documentaires s’inscrivent et ce qui les a fait reconsidérer sinon leurs objectifs auxquels ils restent fidèles mais leur stratégie et la manière de la déployer. Face à la standardisation en marche, il nous semblait important de mieux signaler les objectifs. Le « réel en scène », c’est le documentaire de création dans tous ses registres, ses modes d’écriture et de dispositif. C’est aussi un éloge de la distinction : qui multiplie les mises en jeu, les perspectives, les interrogations ; suscite une émotion esthétique ou incite au débat, à l’échange. Chaque film, singulier, s’inscrit dans une partition éphémère qu’est celle de la programmation du festival. Un événement ponctuel qui ne se suffit pas en soi mais doit multiplier suites, rebonds et relais. C’est notamment la perspective que nous donnons à l’élargissement géographique du festival et aux collaborations initiées cette année avec les salles de cinéma de recherche, les centres culturels, théâtres et MJC, partenaires. Avec lesquels nous souhaitons engager une programmation régulière inter-festivals : La Saison des Ecrans documentaires. D’autres lieux culturels ont déjà manifesté leur intérêt pour cette démarche (à Ivry, Champigny, Maisons-Alfort, au Kremlin-Bicêtre mais il est loisible d’imaginer encore d’autres ramifications : espaces d’éducation, bibliothèques-médiathèques, musées et lieux d’expositions, centres sociaux, maisons de quartiers etc. En inventant pour chacun, le mode de mise en relation avec la démarche documentaire, adapté à sa réalité et ses publics. Un festival aujourd’hui, nous le croyons, se doit d’être aussi un lieu de création, et c’est le sens que nous donnons à l’invitation de l’Atelier de programmation du Canal interne de la Maison d’Arrêt de La Santé, En quête de regards, et l’association Les Yeux de l’ouïe : les membres de l’Atelier nous proposent en résonance avec la thématique 2000 du festival, Féminin Singulier, une réalisation « personnelle et collective », intitulée Sans Elles qui évoque l’absence du féminin dans leur milieu de détention. Le dispositif Vidéo-Parloir vous permettra de leur communiquer vos réactions critiques, de tisser du lien, d’interroger la valeur symbolique de l’enfermement carcéral et son symptôme social… Éducation à l’image, analyse critique des médias, sensibilisation à la démarche documentaire, voire son débouché sur une pratique artistique : c’est l’objectif que nous donnons à la fois aux journées proposées aux acteurs du monde éducatif et aux collégiens. Avec en ligne de mire les projets pédagogiques sur lesquels ils peuvent déboucher… L’invitation des programmateurs exploitants du réseau de cinémas de recherche d’Ile de France à une journée de projection doit pouvoir favoriser la dynamique de la diffusion du film documentaire en salles… Le deuxième rendez-vous avec l’association des cinéastes documentaristes (Addoc) pour un atelier public autour du thème « Entendre les voix, écouter la Parole » propose de réfléchir entre réalisateurs et spectateurs sur une des spécificités de la démarche documentaire… Quatrième année de collaboration avec l’Université Paris VII – Denis Diderot et son « département cinéma » et première rencontre des « DESS Documentaire » pour évoquer (échanger) sur les propositions d’enseignement du documentaire à l’université ; collaboration avec le diffuseur émérite Documentaire sur Grand Écran (au cinéma donc) ou avec les Thés Vidéos… Cette édition 2000 dans « une architecture renouvelée » multiplie les mises en réseau, les expériences, les débats et inter-relations. Sans oublier bien entendu de vous souhaiter un bon voyage en cinéma de création à travers quelques cent films à son menu…

Didier Husson,, délégué général des écrans documentaires, le réel en scène.