« En quête d’autres regards »
Aujourd’hui, le seul accès à la culture de l’image pour les personnes détenues passe par le média télévisuel qui occupe une grande partie du temps carcéral. Fenêtre ouverte sur l’extérieur et/ou dispositif d’enfermement, la télévision regardée de l’intérieur est l’objet d’une attention particulière.
Suite à l’expérience Télé-Rencontres, voilà deux ans et demi que l’atelier « En quête d’autres regards » réalise avec des personnes détenues, un travail de programmation d’œuvres cinématographiques et vidéographiques sur le canal intérieur de la prison de La Santé.
Il mène une réflexion sur le statut de l’image dans notre société. Il explore des formes d’écritures singulières, en recherchant du sens dans l’image et le son au travers du documentaire, de la fiction, de la vidéo de création.
Depuis ce microcosme qu’est la prison, véritable révélateur social, le monde est regardé.
Travailler avec le cinéma qui traite de la réalité sociale, croiser les regards, questionner, interroger, participe à la construction de l’individu.
Le travail de programmation est un travail d’expression. Choisir un film et décider de le diffuser est un engagement, une prise de risque car le film soutient un propos, exprime une idée, défend une écriture.
Il s’agit de stimuler la pensée, d’aiguiser le point de vue, d’élargir l’espace de dialogue, le plus souvent intime et subjectif entre le spectateur et l’écran.
Toujours en lien avec l’extérieur, l’atelier invite régulièrement auteurs, réalisateurs à venir échanger.
Cette pratique du regard sur l’image est liée à une pratique artistique de création à partir de la prison. Là se joue la question de la représentation et la place de la prison à l’intérieur du corps social.
Anne Toussaint, Les Yeux de l’Ouïe
Le vidéo parloir
« L’absence c’est le vide, c’est être amputé d’une partie de soi, c’est le rétrécissement des sentiments et des émotions ; c’est un déséquilibre dangereux ; l’absence c’est l’oubli, tombée dans les oubliettes. »
Sylvain
Dans la réflexion menée par l’atelier en ce qui concerne les formes de collaboration au festival « Les écrans documentaires », se posent les limites des rencontres et de l’échange. L’équipe travaille dans l’isolement et ne peut pas physiquement être présente sur les lieux du festival.
Privée de la confrontation directe avec le public, l’équipe a imaginé un système qui permette néanmoins de recevoir un regard critique sur leur travail par le biais d’une communication différée. Il s’agit d’un dispositif vidéo-parloir qui sera installé sur le lieu de projection du festival pour enregistrer les réactions des spectateurs. Dans sa forme, le dispositif s’apparente au parloir de la prison pour mettre en évidence l’absence au corps social, inhérente à la condition du détenu. Symboliquement ce dispositif réunira trois conditions de la situation du parloir, la mise à distance des corps, le temps limité et la surveillance.
Le public sera invité à entrer dans ce parloir pour adresser ses réactions aux réalisateurs détenus. Chaque personne aura pour seul vis-à-vis une caméra et un micro qui se déclencheront automatiquement dès son entrée dans le vidéo-parloir. Le caméscope occupera la place du détenu, il sera le seul intermédiaire et enregistrera les paroles et les restituera en différé à l’équipe de l’atelier « En quête d’autres regards ».
Films
Oh là là du narratif
Sylvie Laliberté | 1997 | 15'
Une lettre vidéo-poème musicale adressée par l’artiste québécoise à son compagnon incarcéré.
Sans elle(s)
Anne Toussaint, Hélène Guillaume | 2001 | 59' | France
Parler de la prison au travers de l’absence est une façon d’aborder la question de la peine, de l’enfermement carcéral, celui de la rupture sociale obligée qui exclut le regard de l’autre, altère la relation sociale et affective, et donc éloigne de soi. L’absence crée la distance entre soi et le monde, engendre l’angoisse, fait surgir la présence du désir et provoque le repli sur soi pour y échapper.
Le film se déploie autour de sept séquences proposées par les hommes détenus. Ils s’approprient l’espace cinématographique en contrepartie d’une reconnaissance identitaire qui leur est refusée. Chacun a fait la proposition de raconter selon son âge, sa sensibilité, sa situation familiale, un moment particulier de l’absence de l’autre, absence au féminin, qui le touche particulièrement dans cet univers homosexué.
Ces séquences sont reliées par des paroles croisées recueillies au cours d’entretiens de ces hommes incarcérés et des femmes qui vivent l’absence de l’autre côté du mur. Ces paroles vibrent sur des séquences qui nous plongent dans l’univers carcéral en marquant le temps de la prison, en soulignant le détail devenant obsession, en évoquant la pensée circulaire propre à l’enfermement, en signifiant la résistance, en cherchant la trace…
Mais elles sont aussi données à écouter sur des séquences qui ne nous laissent pas nous installer dans cet univers mais nous rappellent à notre place, celle de citoyen « libre » afin de rendre visible la rupture entre le monde carcéral et le monde civil, monde dans lequel reviendront un jour ces hommes incarcérés.
Anne Toussaint, Hélène Guillaume
Séances
mardi 14 novembre 2000 à 19h30
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
- Sans elle(s)
Anne Toussaint, Hélène Guillaume | 2001 | 59’ | France - Oh là là du narratif
Sylvie Laliberté | 1997 | 15’
jeudi 16 novembre 2000 à 18h00
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
- Sans elle(s)
Anne Toussaint, Hélène Guillaume | 2001 | 59’ | France
samedi 18 novembre 2000 à 20h30
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
- Sans elle(s)
Anne Toussaint, Hélène Guillaume | 2001 | 59’ | France

