Prix du Documentaire court

La forme documentaire courte est souvent considérée comme un complément de programme dans bon nombre de festivals. Un genre mineur, au même titre que la nouvelle littéraire qui ne saurait rivaliser avec le pavé romanesque ou l’essai opulent. Sur le registre fictionnel, le succès public du court n’est plus à démontrer : une pléiade de festivals, des émissions dédiées, des réseaux de diffusion actifs l’affirment haut et fort même si son économie reste fragile et artisanale. Nous en sommes encore loin dans le domaine des mises en scène du réel, car le standard télévisuel du vingt-six minutes, le cadre, l’engonce, le formate, dans un non-style proche du magazine de société. Comme « un petit sujet » méritant un petit développement. Au mieux, il sera considéré comme l’instant de l’essai, « les premières armes » du cinéaste.

Une de ses strates des hiérarchies implicites qui désignent de manière aussi goujat, le « documentaire » comme un non-film au regard du film de fiction. Pourtant le contexte, le paysage changent, l’Agence du Court monte des programmes avec des courts classiques d’auteurs titrés. Doc en court, notre confrère lyonnais vient d’afficher sa première édition cet automne…

Nous avons fait le pari de penser depuis quelques années déjà que cette temporalité cinématographique pouvait avoir ces justifications propres, esthétiques et formelles, expérimentales et économiques. En désignant une limite arbitraire nouvelle, quarante minutes, qui se révèle au fil des ans, une intuition assez juste. Le « très court » relève de la virgule poétique, du clip, du pamphlet, sans avoir vraiment le temps d’installer une situation, une perception autre que fugitive, de développer une narration. Le no man’s land qui le sépare du 52 minutes standard (qui peut lui-même être parfois un tunnel, parfois un objet frustrant car coupé arbitrairement d’un élan méritant plus ample développement) est quasi inoccupé. Il y avait l’intuition mais aussi le doute : quelques perles chaque année dans un océan d’essais hâtifs et bricolés ou des fameuses formes magazines sus-citées. Pour être parfaitement honnête, une grande part des films reçus cette année encore, relèvent de ces catégories là. Mais à l’instar de nos autres compétitions, la sélection 2001 s’avère très riche et contrastée après distillation.

Beaucoup de films auto-produits ou presque tels, beaucoup d’essai et de liberté, beaucoup de vrais coups de cœur aussi. « L’internationalisation » très manifeste des films reçus cette année (Chine, Iran, Colombie, Macédoine) après le Liban, la Turquie l’an passé, n’est évidemment pas pour rien dans l’élargissement d’éventail des sensibilités que proposent les quatre séquences affichées pour cette édition.

Films


Baobab

Baobab

Laurence Attali | 2000 | 25' | France

Tout avait commencé par un rêve : « Maintenant, il est temps pour toi de chercher à élucider les mystères. Trouve le griot qui t’amènera jusqu’à moi, et quand tu me reconnaîtras, fais trois fois le tour de ma taille, caresse-moi avec du lait caillé et fais-moi part de ta demande… » C’est ainsi que j’entrais comme aspirée dans l’esprit du baobab. C’était en l’an 2000. L’année du Sopi. Et si le baobab était l’emblème du Sénégal, à travers l’arbre, je voulais comprendre le pays.


Le Calme de la rivière empoisonnée

Damien Fritsch | 2001 | 23'

Au Rwanda, entre un demi-million et un million et demi de personnes ont été tuées en un peu plus de trois mois. Le génocide perpétré durant l’année 1994 – le plus important après la Seconde Guerre mondiale – a été la mise en œuvre d’une opération planifiée des mois à l’avance, et qui a été menée d’une manière concertée, systématique et méthodique. Jean-Pierre, qui a échappé à la mort, nous raconte avec précision comment il a vécu les événements qui ont engendré ce génocide. Mais au-delà des faits, comment peut-on vivre après ?


Dust

Michale Boganim | 2001 | 29'

Le film est une exploration onirique, ironique et poétique d’un passé et d’un présent autour d’une ville et trois personnages au bord du tragique.

Odessa à la croisée des chemins fut à la fois cette ville somptueuse construite par les tsars et l’objet de nombreux tourments pendant la révolution russe. Les juifs interdits de séjour à Saint-Pétersbourg, à Moscou et à Kiev s’installent dans cette ville en plein essor. […] Sur la devanture des magasins, des caricatures de juifs, de grecs sont encore visibles décrivant ce que formait l’Odessite typique.

De ce mélange d’influences, les Odessites tiennent peut-être leur défiance à l’égard du pouvoir central – hier Moscou aujourd’hui Kiev – leur impertinence, leur sens de la dérision et de l’humour.

Les Contes d’Odessa d’Isaac Babel, les poèmes de Frug et les récits de Mendele Mokher Sefarim firent de cette ville le berceau de la culture yiddish.


Interprète de la muerte

Maria Isabel Ospina et Victoria Valencia | 2000 | 25' | Colombie, France

Yolanda Sarmiento est l’une des deux femmes qui pratiquent des autopsies à l’institut de médecine légale de Cali, la ville la plus violente de Colombie. Elle s’occupe également d’un programme d’aide sociale en faveur des femmes enceintes d’un quartier très pauvre.

Ce film nous dévoile la terrible situation que traverse la ville, et plus généralement le pays, tout en dressant le portrait d’une femme hors du commun.


Isla

Sonia Pastecchia | 2001 | 26' | Belgique

Nous sommes sur une île. Une île qui ne cesse de confronter son regard à l’immensité de la mer qui l’entoure. Nous sommes à La Havane en 1996. Cuba se raconte par la voix du Chinois (quatre-vingt-un ans), celle d’Andres (quarante-huit ans), de Leslie (trente ans)… de Katiouchka (treize ans). Des générations d’émotions se croisent entre mots et photographies. De ces portraits de liberté, de leur vision du bonheur s’élève un chant qui traverse l’immensité de la mer et questionne notre vision du monde.


Kaldrma (Pavé)

Ivan Blazhev | 2000 | 15' | Macédoine

Libre traversée dans Skopje, Macédoine. Une polyphonie de voix raconte l’amitié, l’ennui, les échos sourds d’un conflit qui menace insidieusement.

Film réalisé dans le cadre du projet « Villes et valises » (thème 2000 : Traverser) conçu par l’action culturelle de l’Université Marc Bloch et la revue Transeuropéennes.


Lieu essentiael Place

Bernard Dresse et Colette Sparkes | 2000 | 23' | Belgique, Canada

Un documentaire sur le rapport qu’entretient l’homme, la femme à la ville. Une vingtaine d’habitants de Bruxelles et de Montréal nous font découvrir leur lieu essentiel et nous parlent de la façon dont ils vivent la ville au quotidien. De la nervosité à la sérénité, du noir au blanc, d’une voix murmurée à une sirène d’ambulance.


Matrilineal

Caterina Klusemann | 2001 | 30'

« Matrilineal est l’histoire de ma grand-mère, ma mère, ma sœur et moi. Après la mort de mon père nous sommes allées vivre toutes les quatre dans une villa en Toscane. Ma sœur et moi allions à l’école italienne, nos amis étaient italiens. Mais dans notre maison, on parlait une multitude de langues, espagnol, polonais, allemand et ma grand-mère cuisinait d’étranges plats qu’elle appelait borsht et kasha. J’ai étudié les passeports vénézuéliens de ma mère et ma grand-mère et me suis demandé ce que signifiait que ma mère soit née à Lvov en Pologne en 1940, pourquoi était-il indiqué que ma grand-mère s’appelait Toporowska alors qu’on l’appelait Hochmann ? », Caterina Klusemann.

Une vie de déni menace de détruire trois générations de femmes. La cinéaste éprouve la nécessité de se confronter aux forces du passé et de finalement libérer sa famille de l’étreinte de ses secrets.


Monsieur Scié

Dominique Henry et Vincent Detours | 2000 | 26' | Belgique

Avez-vous déjà essayé d’imaginer concrètement quel effet ça fait d’avoir quatre-vingt ans ? Les médias nous montrent des vieillards dynamiques, sportifs et souriants. Il s’agit là d’une fiction rassurante, mais grossièrement inexacte. Le vieillissement, en particulier dans sa phase finale, est un processus pénible physiquement et éprouvant psychologiquement. Le film prend le contre-pied des clichés idylliques en montrant une journée d’un vieillard ordinaire.


Neige sur l'Yili

Neige sur l’Yili

Lei Feng | 2001 | 40' | Chine

Aux confins de l’Ouest de la Chine dans le Xinjiang, le mode de vie traditionnel des Kazakh est au bord de l’effacement. Au travers du regard sur le monde de la petite Baheila, une ode pastorale et nostalgique comme des flocons de neige fondus sur la Terre.


Nihonbashi, le pont japonais

Pascal Auger | 2001 | 40'

« En 1996 j’ai séjourné durant quatre mois à Kyoto, au Japon, dans le cadre d’une résidence d’artistes du Ministère des Affaires étrangères. Cette vidéo est une sorte de voyage filmé de mon retour au Japon, quatre ans après, et l’occasion de m’expliquer sur mon travail d’alors : des polyptyques cinématographiques. Mais il s’agit aussi de comprendre l’importance des ponts et des passerelles dans la culture japonaise, qui m’apparaissent comme des traductions dans le paysage du temps, comme des images d’une forme de l’éternité que la culture japonaise a su manifester. », Pascal Auger


La Roumanie

François Magal | 2001 | 35'

« En 1987 j’avais vingt-et-un ans. Je voulais faire du cinéma. Tout de suite. Je voulais filmer les tsiganes en Roumanie. C’était du temps de Ceausescu. Durant l’hiver. Dans le train je rencontrais une jeune femme qui revenait en Roumanie se marier. Je descendis à Brasov avec elle…  Ainsi commence La Roumanie. À partir de là va s’ouvrir une relation de près de quinze années… avec un pays. J’ai aimé ce pays, l’ai détesté aussi. Ses hommes et sa géographie. Je m’y suis souvent égaré, sous la neige, dans ses plaines et montagnes. La Roumanie, une part de moi y a élu domicile. », François Magal


Scardovari

Christian Barani | 2000 | 21'

Vidéogramme sur le Delta du Pô (Italie). Un lieu où la vie est conditionnée par une activité maritime. Un lieu où un système industriel en ruine et un système agricole tourné vers la mécanisation, repoussent les hommes à l’eau pour survivre. Scardovari est le troisième élément d’un triptyque issu d’un voyage dans cette région.


Le Souffle (Breath)

Safi Yazdanian | 2000 | 24' | Iran

Des poissons, des poissonniers et des chats sur le marché de Rasht en Iran, au bord de la mer Caspienne.


Un voyage au Portugal

Pierre Primetens | 2000 | 13'

« Ma mère est morte lorsque j’avais cinq ans. Mon père ne m’a jamais parlé d’elle. L’année dernière, c’est la famille portugaise de ma mère qui m’a retrouvé. Je pars au Portugal, retrouver cette famille que je n’ai pas vue depuis vingt ans. », Pierre Primetens


Une petite cantate

Nicole Zeizig | 2001 | 26'

Un film qui affronte la mort et l’absence. Construit sur le fil du chagrin, ce film se fait dans l’après, là où toute la difficulté d’être consiste à faire « avec », alors qu’il est juste question d’arriver à vivre « sans ». Il raconte le voyage solitaire qu’il faut faire pour accepter de vivre malgré la douleur. Il essaie de rendre visible et audible de quoi sont faits les lendemains, de dire ce qu’il reste de l’autre quand il n’est plus là, ce que cela modifie dans le regard que l’on porte sur le monde, comment on peut tout à la fois se laisser submerger par le chagrin et l’apprivoiser.


Vozar

Milena Bochet | 2001 | 26' | Belgique

Dans l’osada tsigane de Hermanovce, Vozar tient un rôle prépondérant. Non seulement il est respecté pour son vieil âge mais il est également reconnu pour les histoires qu’il raconte et qu’il transmet. Vozar gère également la diffusion des programmes à la télévision. C’est lui qui répare les téléviseurs, c’est encore lui qui vient couper le feuilleton Esmeralda.

Vozar aime brouiller l’écran et la réalité, afin de mieux emporter les siens dans le monde du conte. Soudain dans le feu les acteurs mexicains font place aux esprits, les mères douces et les nains mystérieux chassent les héroïnes, les morts ressuscitent et les vieux rajeunissent. L’imaginaire rejoint la réalité.


La Vraie vie

José Césarini et Aziz B. | 2000 | 26'

Un film où le regard et l’émotion sont intimement liés à l’acte de mémoire. La mémoire qu’Aziz nous livre transparaît dans le film comme l’énergie qui permet à chacun d’aller de l’avant, de dépasser son histoire, de continuer à chercher. Chercher quelque chose qui ressemble au bonheur qui fuit toujours… Pour nous parler de sa vie, de ses désirs, Aziz fait appel à des séquences de cinéma. Son récit nous interroge sur la puissance des images qui brouille parfois notre perception de la réalité vécue.


Séances

vendredi 23 novembre 2001 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 1

Programme #1

vendredi 23 novembre 2001 à 17h30

Espace Jean Vilar - salle 2

Programme #2

vendredi 23 novembre 2001 à 21h30

Espace Jean Vilar - salle 2

Programme #3

samedi 24 novembre 2001 à 18h00

Espace Jean Vilar - salle 2

Programme #4