Vendredi 16 novembre 2001, 16h30

vendredi 16 novembre 2001 à 16h30

Campus Jussieu, Amphithéâtre 24

La part de l’art dans le documentaire, éthique et esthétique

L’imaginaire auditif dans le documentaire, par Claude Bailblé

Lassés des tunnels d’interviews enchaînés bout-à-bout, les cinéastes du documentaire ont dû rechercher assez vite une autre approche du son, moins triviale, plus artistique.

De la saisie des rushes au montage-son, un travail de recomposition a redonné place à l’expression sonore, en proposant par mixage de nouvelles interactions image/son plus fécondes.

L’imagerie auditive — ambiance ou effets — a été mise à contribution — in ou off — pour étendre et élargir le rapport du spectateur à ses représentations intérieures, ouvrant à un imaginaire spécifique, autrement sollicité par l’énergie, la couleur et le grain des sons. La composition sonore en plusieurs strates — musique et silence inclus — emporte le film vers de nouvelles émotions, de nouvelles compréhensions, bien au-delà de l’écoute causale.

Sans doute l’audible, par ses figures énergétiques et temporelles, sollicite-t-il différemment la mémoire et la sensibilité, éveillant des souvenirs et des projections que le visible gardait en creux. Qu’il s’agisse de composer un contexte, de souligner un geste ou une action, de construire une attente soudaine, tout un solfège de masses et de hauteurs, de percussions, frottements et résonances s’emploie en effet à recréer un ensemble de sensations corporelles (polyesthésie) dotées chacune d’une mémoire ou d’un horizon plus intime que la signification routinière (sémantique).

À cet égard, le film de Nicolas Philibert, La Ville Louvre (1991), me paraît exemplaire.

« Je crois que l’ouïe est beaucoup plus créatrice que l’œil. Cependant l’œil invente aussi. Mais il n’invente pas dans le domaine des sons, tandis que les sons inventent dans le domaine de l’image. », Robert Bresson


Claude Bailblé est enseignant-chercheur à l’Université de Paris VIII et intervenant dans les écoles professionnelles (Fémis, ENSLL, Insas). Travaille sur le dispositif cinéma et la mise en scène audio-visuelle. Explore le rapport documentaire-fiction. À publié de nombreux articles et participé à l’ouvrage Cinéma et dernières technologies (Ina/De BOECK).


La Ville Louvre

La Ville Louvre

Nicolas Philibert | 1990 | 85'

À quoi ressemble le Louvre quand le public n’y est pas ? On accroche des tableaux, on réorganise les salles, les œuvres se déplacent, les gardiens essaient leurs nouveaux costumes… Peu à peu, des personnages apparaissent, se multiplient, se croisent pour tisser les fils d’un récit. Des ateliers de restauration aux galeries souterraines, des réserves de sculptures à la Joconde qu’on époussette, le film nous fait découvrir la vie secrète d’un des plus grands musées du monde.