Éditoriaux

Le catalogue, que vous tenez et que vous allez lire, prouve s’il en était besoin, que la production d’images n’aura jamais fini d’exister en parallèle avec ce que Edgar Morin appelle à propos du réel : « L’interminable étude”.

Cette année et plus que jamais, les “sources”, et les “territoires” du documentaire seront abondants et limpides. Nous y retrouverons : étudiants, universitaires, critiques, scénaristes, économistes, programmateurs, techniciens, professeurs, producteurs, bibliothécaires, cinéastes, réalisateurs, etc… Tous de la famille et surtout de celle du public quand ils ne sont pas à leurs tâches.

De plus, nous avons tenu à concrétiser le propos sur Histoires de Famille en organisant au cœur même d’une école primaire de Gentilly un après-midi où parents et enfants seront concernés.

La réussite de ce douzième rendez-vous avec — petits et grands écrans — c’est vous qui la ferez et personne d’autre.

Tout a été mis en œuvre pour cela, et depuis que le réel s’épuise à réclamer des comptes à l’utopie, votre fatigue sera payée de retour — si « familièrement » vous vous retrouvez à nos côtés.

Gilbert Khémaïs, directeur du Service Culturel


Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour saluer un regain d’intérêt manifeste pour la démarche documentaire. Comme l’analyse plus loin Laurent Roth, cet engouement sans doute se fonde sur plusieurs facteurs complémentaires. Il reflète la curiosité, le désir de découverte et de connaissance. Se montre comme l’un des moyens pour retrouver du sens, de l’intelligibilité ; une perspective critique sur les faits sociaux, politiques, culturels ; sur l’évolution des « savoirs » dans le plus large éventail de domaines.

Plus essentiel encore, les formes documentaires offrent une temporalité d’une autre nature que les flux informationnels qui nous assaillent au quotidien. Comme tout « bon film », tout « bon film documentaire » nous offre un espace de liberté, d’appropriation, d’interprétation, du monde ou d’itinéraires de vies, d’événements ou de champs de connaissance singuliers. Sans que soit pour autant négliger la part du rêve, de l’affectif, de l’émotion, ou du plaisir esthétique que nous sommes en droit d’attendre d’un acte de création.

Il faut toutefois raison garder. Le retour remarquable du documentaire en salles (même circonscrit), la structuration économique des professionnels depuis une dizaine ďannées, la demande consacrée par la multiplication des chaînes thématiques, la très abondante production annuelle de films de tous formats et ambitions, le rôle pivot et fondateur de la Sept-Arte, un nouvel intérêt critique et même le succès public en diffusion-cassettes (essentiellement centrée sur le voyage, l’animalier et l’histoire) sont les ramifications en faisceau d’un « phénomène » qui ne recouvre pas le même sens pour tous…

Nous restons persuadés qu’un festival reste « vivant », en décelant, suscitant, accompagnant, explorant la création où elle s’expose, se met réellement en jeu et en dynamique. Notre ambition est de proposer avec « Les écrans documentaires », un rendez-vous automnale du documentaire de création en Ile-de-France. Avec une vocation à l’élargissement des partenariats et des collaborations…

Dans ce sens nous avons plusieurs bonnes raisons de nous réjouir à l’occasion de cette édition 1997.

Ainsi de la « Rencontre” avec l’équipe de programmation de la Vidéothèque de Paris et son thème « En Famille » d’où découlent très concrètement la soirée du Jeudi 30 octobre et la première à Paris du film de Peter Forgacs, Free Fall.

De la collaboration engagée avec I’UF Cinéma-Communication-Information et l’université Paris VII pour accueillir sur les deux sites, le Campus de Jussieu et Gentilly, les premières Rencontres Documentaires. Un espace de réflexion critique pour lequel des professionnels de toutes spécialités et expertises prêtent, nombreux puisqu’ils seront près de trente, leur concours direct. Des rencontres qui intéresseront nous l’espérons d’autres professionnels, le public et au premier chef les étudiants en audiovisuel et cinéma . A l’instar de ceux qui nous ont confirmé leur venue de Nancy, Aubagne, Rennes, Strasbourg, etc.

Autre grand sujet de satisfaction, celui de voir un processus pédagogique autour du documentaire s’ouvrir dans le cadre du projet « Class’écran » sous l’impulsion du Rectorat de I’Académie de Créteil et de l’Inspection Académique. II concernera quatre classes de primaire, collège et lycée et s’étalera sur une année scolaire.

La palette de de la jeune création documentaire en devenir sera aussi représentée par le Forum des Lycées audiovisuels et des ateliers vidéo avec ici encore des représentations de la région lilloise, de Poitiers, de Mantes-la-Jolie et de toute l’Ile-de-France. Elle le sera également à travers la nouvelle compétition « Ecoles,Universités et Formations », riche de plus de soixante films inscrits comme avec l’autre nouveau prix, « Images en Bibliothèque” pour les premières œuvres.

Enfin, dans des registres aussi variés que leurs personnalités et leurs actions, Suzette Glénadel et le Cinéma du Réel, Dominique Margot et « Images en bibliothèque », Jean-Marie Barbe et les Etats Généraux de Lussas ou Dominique Bax du Magic Cinéma de Bobigny, et tant d’autres que nous ne saurions tous cités, ont su nous prouver qu’une dynamique d’écoute et d’échanges pouvait s’instaurer dans la « Famille Documentaire ». Une dynamique rassurante et vivifiante. Et d’autant plus nécessaire dans le contexte actuel de « considération » dans lequel la culture et l’action culturelle sont trop souvent remisées…

Didier Husson, délégué général du Festival