Concessions à perpétuité

Patrick Rebeaud

  • 1997
  • 46’
  • La vie est Belle

Que faire des vestiges archéologiques lorsqu’ils sont mis à jour lors de travaux en milieu urbain ? En France, dans le meilleur des cas, les archéologues sont là pour faire des relevés. Ils sauvent l’information que livre le passé, puis détruisent presque toujours les constructions anciennes « in situ » afin de laisser la place à l’ouvrage moderne. C’est l’usage. Les gens qui en sont informés ne trouvent rien à redire. Mais ces gens préfèrent se taire. En effet, ils semblent craindre la force d’une opinion publique qui pourrait exiger que les vestiges restent en place et cela « empêcherait le monde d’avancer » ainsi que le déclare un technocrate. De 1993 à 1996, pour la première fois, une fouille urbaine a été filmée intégralement, avec ses découvertes et ses péripéties. La caméra s’est glissée dans les bureaux, les réunions, ainsi que dans la rue, enregistrant les protestations des uns, la langue de bois des autres, et l’émotion de tous. Car la découverte de nombreux sarcophages mérovingiens de la place Baudoyer dans le centre de Paris a rendu nerveux les politiques, les riverains, les promoteurs, mais aussi les archéologues.

Les gens de la rue estimaient que l’on touchait à l’essentiel. Le chef de fouille pense pour sa part avoir sauvé l’essentiel. Concessions à perpétuité ne prend pas partie, mais dit ouvertement les choses.

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