Mustapha Hasnaoui
- 1993
- 60’
Ahmed Essyad, compositeur de musique contemporaine, est né près de Salé au Maroc. Non loin de là, il y avait un mausolée isolé, « refuge des femmes battues et des schizophrènes ». Son père, « un soufi », l’y emmenait, quand il était enfant, contempler la mer et observer les pêcheurs. Il découvre dans ses dernières années lycéennes, le conservatoire et Bach interprété au violoncelle. Puis Max Deutsch, son « maître » au tout début des années soixante). S’ensuit une carrière, les étapes d’une création… et un nécessaire retour aux sources : « la musique occidentale n’était pas mienne, il fallait que j’y vienne et aller toujours ailleurs pour trouver un matériau nouveau pour enrichir ma manière de dire ». C’est dans l’écoute d’un chant « douloureux, insupportable » l’Ahwach des femmes du Haut-Atlas qu’il est parti se ressourcer…
Réalisateur né en Tunisie en 1952, Mustapha Hasnaoui, consacre sa démarche documentaire à d’autres créateurs : Mehdi Qotbi, peintre, des écrivains égyptiens… Il construit ici une symphonie d’images dont la minéralité, le hiératisme entre en parfaite symbiose avec la rugosité du chant, la quête mystique, l’itinéraire intérieur du compositeur. Et accouche en douceur, sa parole, ses introspections. Ce portrait offre en outre un étonnant aller-retour dans le dialogue des cultures et leur mutuel enrichissement. Quand les musiciens berbères entendent une des compositions d’Essyad qu’ils pensent inspirée de leur tradition, ils questionnent : « Mais où est notre musique ? », « Votre musique demeure en vous comme la mienne demeure en moi » répond Essyad.
