mardi 26 octobre 1999 à 14h00
Espace Jean Vilar
L’image, le monde
Présentation de la nouvelle revue en cinéma : L’image, le monde par Patrick Leboutte
Comment se définit l'appartenance, l'identité, l'attachement à un territoire, « l'Algérianité ». À quarante ans de distance, deux films interrogent les relations paradoxales des « français » à la terre algérienne.
D’une rive à l’autre
Marie Colonna | 1999 | 57'
C’est l’histoire d’une jeune femme née et ayant vécu en Algérie après l’indépendance, fille de pieds-noirs naturalisés algériens, qui, « perturbée » par le retournement historique que représente l’exil actuel de ses parents en France, décide de revisiter leur histoire.
Elle le fait en interrogeant son père et sa mère, ses frères mais aussi certaines personnes qui ont été proches de ses parents à des moments cruciaux de l’histoire algérienne et qui ont emprunté d’autres itinéraires.
À travers le prisme minuscule d’un noyau familial, on entre-percevra certains je(ux) de cette union charnelle et sans espoir qui liât l’Algérie à la France ; union conflictuelle, passionnelle, ambivalente, qui ne cesse de résonner de chaque côté de la Méditerranée.
Une histoire d’exil singulier mais également une simple histoire de famille comme celle de tout un chacun.
Les Oliviers de la justice
Jean Pélégri et James Blue | 1962 | 81'
« La représentation de la guerre d’Algérie a toujours fait problème aux cinéastes français. Les films de cette période, en particulier, frappent d’abord par leur vision simplifiée du conflit, souvent présenté comme un conflit classique opposant deux camps trop bien identifiés : d’un côté le FLN, de l’autre l’armée française (les appelés du contingent sont au centre de nombreuses œuvres signées par la Nouvelle Vague : Cavalier, Demy, Godard, Rozier, Varda). Ces films évacuent des images tous ceux que l’on n’évoque jamais ; réfugiés, algériens, pieds noirs, harkis, membres du Parti Communiste Algérien parqués dans des camps.
Les Oliviers de la Justice échappe à ce manichéisme. Sa force est de ne rien schématiser mais au contraire de tout complexifier, ménageant une place aux multiples figures de l’autre que les événements font apparaître, leur offrant à tous la dignité de plans de cinéma où faire entendre leur voix. Voilà sans doute ce qui rendit ce film irrécupérable et totalement incapable d’être exploité politiquement. Voilà sans doute ce qui déplut, la raison de sa condamnation à moisir dans un trou de l’histoire du cinéma français d’où il émerge aujourd’hui, l’explication d’une censure télévisée qui dure depuis 1965. »
Patrick Leboutte, Festival Filmer à tous prix, Bruxelles 1998
