mercredi 5 novembre 1997 à 20h00
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
Histoires de Famille
Confrontation d’extrêmes. Non pour les évaluer à l’aune de l’autre, ce qui n’aurait aucun sens. Mais pour les ambiguïtés stimulantes que leurs démarches proposent. Mon premier est une fiction virtuose dont la pulpe donne beaucoup à saisir, à investir sur la manière dont aujourd’hui se construisent nos imaginaires, nos fantasmes, notre rapport au monde. Sur la manière dont nous fabriquons de l’oubli comme la mémoire qui nous aide à vivre. Un film hypertendu et métaphorique, dans les marges du mélodrame, avec une progression en puzzle savant, raffiné mais aussi d’un réalisme effarant. Mon second un documentaire qui traite ses « personnages réels » comme les héros d’un univers hilarant et burlesque : le grand écart culturel entre ce que fut l’Est (l’URSS) et ce qui reste l’Ouest (les États-Unis, caricature triomphante à sourire chewing-gum). La position médiane, centrale est rusée… Entre les deux périodes de tournage, dix ans. Entre les deux, l’aventure d’une émigration et d’un retour provisoire en nouveaux candides du trio familial. Un documentariste peut-il aimer « ses héros » en personnages de comédie ? Oui, sans doute, s’ils restent maîtres de la mise en scène…
Family Viewing (Visionnage en famille)
Atom Egoyan | 1987 | 82'
C’est l’un des premiers films de l’auteur de De beaux lendemains, prix du jury à Cannes cette année et sur les écrans depuis octobre. Issu d’une famille arménienne installée à Toronto, Atom Egoyan n’a cessé depuis ses premiers films au début des années quatre-vingt, d’installer dans ses scenarii, un principe de mise en abîme des images où télévision et vidéo (familiale, de surveillance) fabriquent mémoires et effets de miroir. Réfléchissant traumatismes, fantasmes pervers ou nostalgies bienheureuses. Mais Family Viewing est en sus une fable moderne : sur le primat du télévisuel et de l’irréalité « écranique », tyrannique, absorbante au sens littéralement physique du terme. Sur la désagrégation (mais aussi la possible recomposition imaginaire) de la cellule familiale nucléaire. C’est encore l’inventaire du mensonge et du faux-semblant, de l’hypocrisie et de l’enfermement quasi mutique, régissant nombre de relations humaines. Et en prime un regard sur la vieillesse et la manière dont elle est considérée. Mais dans cet apparent processus d’accablement, Egoyan nous ménage des points de fuite dans ces impasses.
Les Lapirov passent à l’ouest
Jean-Luc Léon | 1994 | 90'
En mai 1981, une famille juive soviétique quitte l’URSS pour les États-Unis, emportant quantité de valises au contenu hétéroclite. De Moscou à Los Angeles, en passant par Vienne et par Rome, Jean-Luc Léon a filmé la chronique souvent cocasse de la découverte de l’Occident par cette famille, d’émerveillements en petits désenchantements jusqu’à l’installation définitive. Dix ans plus tard, le cinéaste retrouve trois citoyens américains : après la chute du mur, Isabelle et Ilya Lapirov, et leur fils Innokenti devenu Ken retournent pour la première fois en vacances à Moscou…
