samedi 8 novembre 1997 à 14h00
Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly
Histoires de Famille
Quelle mémoire entretenir au sein d’une même « généalogie » ? Comment peut-elle se transmettre ? Et comment se l’approprier quand elle charrie secrets, déracinements, stigmates d’une époque ? Pire, quand elle plonge ses racines dans l’indicible, Auschwitz. Comment traduire dans les faits, dans le « vivant », l’aujourd’hui, le Devoir de Mémoire, si souvent intimé de façon volontariste sans qu’aucune clef de sa maïeutique soit clairement disponible…
Trois films, trois mémoires, trois registres, trois moments d’histoire dans l’Histoire. Ce que nous pouvons éventuellement « apprendre » d’eux.
Asmara
Paolo Poloni | 1993 | 76' | Suisse, Allemagne
Un fils, un père. Une mémoire à trous et caches. Un voyage à deux pour la réactiver, la soumettre à la question. Pour tenter de comprendre, de se comprendre aussi sans doute… « Je me souviens des dimanches froids et gris où toute ma famille se réunissait autour de l’album de photos. Pendant ce temps, la vie du petit village suisse s’écoulait lentement. Parmi les innombrables photos de vacances en Italie, notre pays d’origine, l’une m’attirait de manière inquiétante, sinistre. On y voyait six personnes pendues. C’étaient des noirs aux longs vêtements blancs. On distinguait la corde autour de leur cou. La photo resta gravée dans ma mémoire… et je grandis. Peu à peu, le mystère de cette image se révéla : mon père avait participé comme soldat à la guerre d’Éthiopie en 1936. Ensuite il vécut quinze ans à Asmara, la capitale de la colonie italienne d’Érythrée, avant de rentrer en Italie puis d’émigrer en Suisse. Je n’ai jamais rien su de cette longue période. On n’en parlait pas. C’était une période tabou pour nous comme d’ailleurs pour tous les italiens. Un jour, je décidais de tourner un film autour de ces deux tabous, le privé et l’historique. »
Héritages
Daniel et Pascal Cling | 1996 | 52'
Ce qui est dit, ce qui est tu. Ce qui fait souffrance pour les uns, pour les autres. Ce qui se transmet. Et le temps qu’il faut pour le dire. Trois générations face au travail de mémoire. Intensité et pudeur… Trois rescapés d’Auschwitz racontent de quelle façon et dans quelles circonstances, ils ont révélé leur histoire depuis leur retour. Leurs descendants expriment ce qu’ils ont ressenti en la découvrant, en quoi elle a marqué leur identité et ce dont ils se sentent investis. Ainsi se constitue un récit complexe, quelquefois contradictoire, qui met en lumière les effets de la parole et des non-dits sur trois générations et plus généralement soulève la question de la transmission de l’histoire.
Quand j’étais petit, le Liban pour moi c’était ça
Stéphane Olry | 1997 | 18'
Par l’auteur (avec Corine Miret) des cartes postales vidéos du « Voyage en Orient ». Un film de (par, pour la) famille et pour soi à travers elle. Un voyage comme une « lettre au père » qui musarde dans la mémoire et les clichés de l’Orient. Et une tentative de décryptage de certaines des représentations imaginaires que nous en avons.
