Vendredi 3 novembre 2000, 18h00

vendredi 3 novembre 2000 à 18h00

Espace Daniel Sorano, Vincennes

Le travail


La Boucane

Jean Gaumy | 1984 | 37'

En 1972, Jean Gaumy, photographe de l’agence Magnum, réalise un reportage sur les filletières d’une fabrique de harengs fumés, une boucane de Fécamp. Dix ans plus tard, il revient filmer ces femmes qui vident le poisson et le découpent en filets : mains expertes, gestes répétés parfois depuis plus de vingt ans. Des ouvrières qui, par leur vitalité, leurs chansons et leurs rires, échappent au quotidien des poissons.

Leur dextérité, la précision de leurs gestes pourraient faire oublier la dureté du travail si leurs doigts rougis et écorchés ne la rappelaient constamment. Les unes face aux autres. Autour d’une grande table, elles combattent par leur gaieté et leur entrain l’environnement froid et obscur de l’atelier dans lequel elles ont introduit l’atmosphère chaleureuse de femmes entre elles. Lorsqu’elles réclament au réalisateur les photos prises il y a dix ans, les moqueries fusent, les souvenirs reviennent, l’émotion les étreint à revoir telle femme morte depuis, telle autre partie à la retraite, et elles s’étonnent que cette petite fille travaille aujourd’hui à la boucane… Une première expérience cinématographique pour elles comme pour le réalisateur, à la fois ludique et sensible.


Les Matinales

Jacques Krier | 1966 | 46'

Comme des ombres furtives, elles sortent du métropolitain à l’aube, souvent âgées, portant le fichu qui leur donne des airs de babouchka, elles témoignent de la condition de « femmes de ménage » dans la France en pleine « modernisation » des années soixante…

Ce « reportage » (le documentariste savait se faire modeste à l’époque) de Jacques Krier fait partie de la série conçue par Eliane Victor, « Les femmes aussi » qui au mitan des années soixante, esquissait un portrait à facettes de la condition féminine. Au temps de l’ORTF, d’une télévision noir et blanc de service public, plutôt audacieuse dans la France des « Trente glorieuses » aux « valeurs » étriquées et confites.

« Une caméra de télévision » inspirée par le cinéma direct qui sait recueillir avec empathie les témoignages de ces septuagénaires, de ces immigrées espagnoles ou italiennes qui précédèrent nos modernes « techniciens et techniciennes de surface ».


Portraits (sélection)

Alain Cavalier | 1987-1991 | 39'

L’auteur de Thérèse et La Rencontre, entreprend durant quatre ans d’« archiver le travail féminin ». En résulte une série de vingt-quatre portraits, attentifs aux mains, aux gestes, aux visages…

« Ce sont les mains de Madame Bouvrais… Les mains de Madame Bouvrais travaillent depuis l’âge de treize ans. Donc… la déformation du doigt, là, des deux doigts, tient à quoi ? »

« Les mains, je m’en suis occupé quand j’ai fait la série documentaire Portraits sur le travail féminin et je me suis aperçu qu’il y a trois choses qui m’intéressent : le visage, la main, un objet qui est manipulé et qui est l’âme de la personne. », Alain Cavalier

Alain Cavalier envisageait d’archiver le travail féminin en 100 Portraits. Avec pour chacun la même unité de durée : ils oscillent entre 11 et 13 minutes. Les mêmes règles de tournage : une seule journée en équipe réduite cadre-image-réalisation. La série en compte en fait 24 dont les trois que nous avons choisis… mais aussi l’archetière, la gaveuse, la dame-lavabo, la bistrote… Janséniste, voire mystique pour certains, le cinéma d’Alain Cavalier est au fil de sa filmographie devenu un cinéma de l’épure, de l’instant juste, d’une tentative de révélation d’« une certaine vérité humaine ».

  • La Matelassière
  • L’Orangère
  • La Souffleuse de verre.