vendredi 7 novembre 1997 à 14h00
Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly
Histoires de Famille
Projection suivie d'un débat avec les auteur·rices et Pierre Ramognino, journaliste à Téléscope.
Quand les films de famille, par bribes belles, sensibles, drôles ou émouvantes, deviennent par la grâce d’un montage, la recomposition d’un « roman » collectif, d’un imaginaire. Et sujet prétexte à débat pour poser la question du statut des archives amateurs. Avec les auteurs et Pierre Ramognino du magazine Télescope,
« Le 28 décembre 1895, la programmation de la première séance publique du cinématographe comptait parmi les huit sujets projetés, le goûter de Bébé. Auguste Lumière et sa femme contemplaient le déjeuner de leur bambin sous l’œil complice de la caméra de Louis Lumière.
Premier film de famille donc, Le goûter de Bébé en est aussi l’archétype. Il saisit un moment de bonheur intime et signale une des fonctions que ses inventeurs affectaient au cinéma : capter le réel en mouvement, filmer la vie avant qu’elle ne s’échappe. Mais l’encombrement et le coût des premières caméras, la transformation d’une technique proche de la photographie en industrie du rêve et de l’illusion, laissèrent dans l’ombre les autres utilisations de l’invention nouvelle.
Pourtant, à partir de 1924, grâce à la mise sur le marché de la première caméra grand-public, la Pathé-baby, des milliers d’anonymes redécouvrent le cinématographe. Un cinéma amateur naît, se développe et produit des films qui longtemps restèrent dans les greniers, au fond des malles, à côté des projecteurs cassés. Depuis quelques années, ces bribes du passé privé réapparaissent, comme par effraction, dans les films documentaires. Objet d’enquête, comme dans Sur la plage de Belfast de Henri-François Imbert, ils sont aussi la matière principale, voire unique, de nouveaux films comme dans Jours d’été du quatuor Françoise Bernard, Juliette Cahen, Ariane Doublet et Pascal Goblot. Autour du film, qui monte et remonte des fragments d’histoires familiales, la rencontre du vendredi 7 novembre souhaite ouvrir la réflexion sur ces objets cinématographiques mal identifiés. Avec les bobines de 8, de 16, de 9,5 mm des films de famille, est-on dans le cinėma ou dans l’archive ? Le réalisateur contemporain qui les réutilise peut-il faire abstraction du contexte de leur production, peut-il se les réapproprier entièrement ? La discussion cherchera à poser des jalons pour comprendre la spécificité du regard documentaire sur ces gisements de mémoire. »
Pierre Ramognino, historien, membre de la rédaction du Télescope
Jours d’été
Françoise Bernard, Juliette Cahen, Ariane Doublet et Pascal Goblot | 1997 | 52'
Dans le même esprit et le même principe du montage de films amateurs que leur précédent film Terre Neuvas (avec Manuela Fresil en plus dans l’équipe)…Les auteu·rices évoquent cette fois un demi-siècle de congés payés. Une douce balade entre fête villageoise et bord de mer, entre farniente et randonnées. Avec des madeleines d’enfance, des romances adolescentes. Une partition savamment articulée, pour fusionner après un long travail de collecte – une myriade de mémoires intimes qui peuvent ainsi rencontrer notre imaginaire collectif.
