Ateliers de Production

Les Ateliers de Production, une autre spécialité de Belgique

Difficile d’imaginer la richesse créative et même la densité de production à l’échelle du pays, sans le rôle essentiel joué par les Ateliers de Production. Comment la création et l’artistique s’articulent avec l’économique, les institutions, la télévision. Quelles sont les synergies, les affinités électives, les passerelles qui s’élaborent et font le Documentaire de Création en Belgique… Après quelques vingt années d’exercice, quelles sont les perspectives, les difficultés rencontrées, eut égard notamment au contexte politique, social, linguistique du pays et à d’un auteur-réalisateur “l’européanisation » des productions ? Ce “modèle » de la Communauté Française de Belgique est-il transposable, ici, maintenant, ou demain ?

C’est le sujet de cette rencontre illustrée avec nos invités : Kathleen de Bethune (CBA), Christianne Pireaux (WIP), Marianne Osteaux (CVB), Daniel de Valck (réalisateur-producteur Cobra Films), Jacques-Henri Bronckart (Latitudes production).


Le Centre de l’audiovisuel à Bruxelles

Le CBA a été fondé en 1978 par Henri Storck, qui voulait recréer un mouvement autour du cinéma documentaire, susciter un phénomène d’école et prolonger une tradition belge brillante. Le Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles est un atelier de production fidèle à la définition que Jean Vigo donne au documentaire : « point de vue documenté », d’un auteur-réalisateur qui, après avoir préparé et réfléchi, livre sa part de vérité et de sensibilité artistique.

Cette initiative d’Henri Storck a permis aux réalisateurs de la Communauté Française de se lancer bien avant d’autres, dans le grand mouvement européen de renaissance du documentaire des années 1980/90.

Le CBA qui bénéficie du soutien du Ministère de la Communauté Française et la Région Bruxelloise et de l’aide privée (La Loterie Nationale) a produit ou coproduit plus de 250 films.

La lecture du catalogue du CBA impressionne… À la recherche du lieu de ma naissance de Boris Lehman, Donka, radioscopie d’un hôpital africain et Zaïre, le cycle du serpent de Thierry Michel, Le cantique des pierres de Michel Khleifi, D’est et Toute une Nuit de Chantal Akerman, Du beurre dans les tartines et Hamsa, la rage au ventre de Manu Bonmariage, Femmes d’Alger de Kamel Dehane, Le rêve de Gabriel d’Anne Lévy-Morelle …

Particulièrement remarquable également est le respect de la « charte » d’origine de l’atelier de production avec le soutien du centre à de jeunes auteurs pour leurs premiers films : Tête aux murs de Bénédicte Liénard (sélectionné à Gentilly, l’an dernier), Je suis votre voisin de Karine de Villers et Thomas de Thier, Les déesses du Néon de Likwai Yu, des films de Jaco Van Dormaël (en 83), de Thierry Knauff, Jan Vromman, etc.

CBA, président Thierry Zéno, secrétaire générale et directrice Kathleen de Béthune


Wallonie Image Production (WIP)

Issu de “l’Atelier de la fleur maigre » (en référence au film “phare » et longtemps invisible de Pol Meyer tourné dans le pays minier, Déjà s’envole la fleur maigre), WIP a été fondé en 1982 avec l’appui du Ministère de la Culture Francophone de Belgique. Désir de témoigner d’un enracinement (la perte d’un paysage industriel dévasté par la crise), désir de produire et réaliser en Région Wallonne, sans devoir nécessairement en référer aux instances bruxelloises, esprit de collectif et affinités électives, l’atelier liégeois a aussi été fortement marqué à l’origine par l’émergence de l’écriture vidéo. Traces que l’on retrouve de manière évidente dans son catalogue avec les vidéo-danses de Tamara Laï, les œuvres expérimentales et poétiques des Nyst (Jacques-Louis et Danièle Nyst, tous deux disparus récemment, auteurs notamment d’un délicieux Comme s’il y avait des pyramides) ou encore de Joëlle de La Casinière, Le Grimoire Magnétique, invitée à Gentilly en 1995 pour son Roman de Fauvel.

WIP, œuvre essentiellement dans le domaine du documentaire de création aujourd’hui, avec des auteurs comme Jean-Claude Riga, (dont nous présentons Anak Kelana son dernier film dans la Carte Blanche à Carré Noir), ou l’amsteldammois de Belgique Rob Rombout, (Entre deux Tours est dans la rétrospective Vidéo Liège). L’atelier a produit ou coproduit environ cent-cinquante films et vidéos. De Manu Bonmariage, Les amants d’assise, de Van der Keuken, Face Value, de Philippe de Pierpont, L’homme qui marche et Bichoraï, ou encore de Violaine de Villers Mizike Mama… Gentilly a notamment sélectionné l’an dernier deux films soutenus par WIP, Darko et Vesna d’Emmanuel Jespers et Gigi, Monica et Bianca de Yasmina Abdellaoui et Benoit Dervaux (film produit par Dérives, autre Pôle Liégeois animé par les Frères Dardenne, les auteurs de La promesse)…

Wallonie Image Production, directrice Christianne Pireaux


Centre Vidéo de Bruxelles (CVB)

Inscrit dans la tradition de l’utilisation de la vidéo comme instrument d’intervention sociale, le CVB œuvre dans le domaine de la formation, de la production de documents pédagogiques ou de sensibilisation (la lecture, le sida, la sexualité des jeunes enfants, l’urbanisme, etc). Il soutient des projets, intervient dans les quartiers déshérités de Bruxelles en créant des ateliers et coordonne depuis deux ans le Réseau Vidéo Banlieues d’Europe. (Voir Forum des Ateliers). Des « auteurs reconnus » ont collaboré au CVB, tels Litsa avec nos invités : Boudalika, Jaco Van Dormaël, Kamel Dehane, Monique Quintart, etc.

Le CVB a co-organisé l’an passé avec la Fondation Jacques Gueux, un festival, Filmer l’Utopie, qui comprenait notamment un concours vidéo amateur et scolaire et un concours de scénario destiné aux élèves des Écoles de Cinéma (Les fils du vent de Jean-Baptiste Van Zeebroeck, issu de ce concours fait partie de notre Sélection Formations). Le centre développe en outre une politique de production de documentaires de création (films de Jacques Borzykowski, de Patrick Jean ou Pourquoi la vie ! de Monique Quintard qui est sélectionné pour le Prix des Écrans documentaires, cette année.

Marianne Osteaux, directrice, présentera un florilège des dernières réalisations.

Films


Diluvio

Patricio Lagos | 1997 | 26'

Patricio Lagos, sculpteur de l’éphémère, dans la réalisation d’une des ses œuvres. De l’aube au crépuscule, s’écoule sur une journée, un rite initiatique de préparation humaine, de création artistique et de destruction naturelle.

Œuvre née du sable et dépendant des marées, l’art de Patricio Lagos est gouverné par les lois immémoriales de l’astronomie. L’instant s’y fond dans l’éternité. Seuls, le sable, le lieu, l’eau et la pulsion créatrice décident de la nature de l’être qui va surgir.


Dix formules pour conjurer le diable

Dix formules pour conjurer le diable

Jan Vromman | 1997 | 26'

L’observation d’espaces, d’objets et de lieux, une fontaine, un tramway, un escalier, une cloche, un carrefour, traduits en autant de traductions poétiques, fantasques, chuchotées… Un autre regard sur le réel qui fait penser aux Sortilèges de Michel de Ghelderode. Et une musicalité des mots qui nous glisse dans une étrange torpeur au cours de cette pérégrination en dix étapes. « Rappelez-vous : vous devez vous arrêter un moment pour qu’une pensée puisse naître… Aussi longtemps que jouera le buggle tout ira bien. »


Séances

mercredi 4 novembre 1998 à 14h00

Campus Jussieu, Amphithéâtre 24