Les cabinets de curiosités désignent au XVle et XVIle siècles des lieux dans lesquels on collectionne et présente une multitude d’objets rares ou étranges représentant les trois règnes : le monde animal, végétal et minéral, en plus de réalisations humaines. Ces objets semblent être dans une phase intermédiaire entre deux états et la confusion qui règne à leur sujet provoque l’intérêt. L’objectif des curieux est de pénétrer les secrets intimes de la Nature et des productions humaines par ce qu’elles proposent de plus fantastique. En collectionnant les objets les plus bizarres qui l’entourent, le curieux a la sensation de pouvoir saisir, de surprendre le processus de Création du monde. (Gilles Thibault, étudiant, département d’histoire de l’art, université McGill, Montréal, Québec, Canada)
L’idée d’être programmée dans le cadre du Cabinet d’essais et de curiosité des Écrans Documentaires m’a tout de suite beaucoup plu, je m’y suis sentie naturellement à ma place. Puis en regardant de plus près la définition de cette expression, j’ai vu à quel point elle pouvait correspondre pour présenter ma démarche et celle de mes rencontres, ici celles avec Sébastien Cros, Boris Du Boullay, et Eric Rondepierre.
Le cabinet me permet de mettre le doigt sur le point de rencontre de nos démarches, situé exactement dans le nœud de notre curiosité.
Tabula Rasa
Tabula Rasa est une performance Super 8 à trois projecteurs. Deux yeux écranesques dans lesquels défilent la vision d’un paysage déserté, celui d’une Europe qui se craquelle et s’altère à la lumière, abîmée par mon intervention plastique à chaque fois réitérée.
Ce film est la suite d’une rencontre avec Sébastien Cros, mon partenaire de performance depuis 2003, et l’auteur des images filmées de Tabula Rasa. Une collaboration qui nourrit mon travail de recherche plastique autour de l’entre-image, de la fusion entre la figure de la photographie et le corps du film, et plus largement, sur l’implication du corps dans l’œu-vre. Comment mon intervention sur la pellicule, peut-elle avoir un impact sur la réalité du monde ?
Il s’agit d’un cinéma-performance qui se montre en tant que matériau. Le documentaire est aussi là et c’est ce que je retrouve dans l’œuvre d’Eric Rondepierre, qui met en scène le film à travers la photographie.
Eric Rondepierre : EXIT
Eric Rondepierre est connu pour ses étranges photographies, tirages grands formats de photogrammes de films, instants saisis où la matière flirte avec la fiction. Un curieux qui a longtemps arpenté les cinémathèques du monde, à la recherche de bizarreries filmiques, d’accidents plastiques aux allures fantastiques. Son travail se situe dans l’entre-image, l’invu du cinéma, dans des zones toujours limitrophes, à la frontière de la photographie, du cinéma, de l’écriture, de la peinture… le décalage entre l’ampleur minutieuse de cette recherche, et le silence de l’objet sorti de son contexte d’origine, font de cette pratique une sorte de performance photographique.
La performance est justement un art que Rondepierre a pratiqué sans retenue, « jetant son corps à travers des aventures hasardeuses », objet de fascination pour de nombreux photographes, à la fois homme de theatre et danseur.
Le projet en cours, Eric Rondepierre : Exit, collectionne les pierres précieuses d’un artiste qui se définit lui-même comme minéral, voire lapidaire, pour les exposer sous différentes formes.
Une résidence au Moulin d’Andé – Céci, avec Boris du Boullay, cinéaste expérimental qui fait aussi œuvre sur Internet, et Eric Rondepierre, a permis l’écriture d’une œuvre bicéphale : un documentaire de création et un site Internet, dont les formes hybrides résonneront avec l’œuvre de l’artiste.
Carole Arcéga
L’Etna
Carole Arcega et Sébastien Cros se sont rencontrés et travaillent dans les murs de l’association L’Etna.
Fondée par et pour des cinéastes en 1997 à Paris, L’Etna est un lieu de création, de formation, et d’échanges autour du cinéma expérimental.
L’association a pour vocation d’assurer l’indépendance matérielle d’auteurs soucieux de recherches, de propositions pratiques et formelles en matière de cinéma. Lieu de transmission d’un certain savoir-faire, L’Etna propose des ateliers de formation aux techniques du cinéma expérimental, mettant l’accent sur les enjeux esthétiques, politiques, philosophiques, ludiques… liés à ces pratiques et ouvrant la voie de l’autonomie technique à tout un chacun.
www.etna-cinema.net
BlackLight
Expérience cinématographique, cette compilation dvd réunit des films d’un genre nouveau, entre cinéma de l’étrange et abstraction plastique, une forme de science fiction à la frontière de l’expérimental et du fantastique. L’univers en noir et blanc renvoie aussi à la bande dessinée, le dessin ou même la calligraphie, et bien sûr à la photographie. Label Ombres propose des œuvres hybrides, évoluant dans l’imaginaire d’un cinéma ouvert, un cinéma de la sensation.
Label Ombres
Label Ombres, association fondée par Carole Arcega et Sébastien Cros en 2004, a pour vocation de témoigner de l’émergence de jeunes cinéastes talentueux dont l’approche filmique s’oriente autour de l’argentique et de la performance ; de sensibiliser un nouveau public à ces œuvres par leur diffusion et par le biais de créations pédagogiques * ; de produire, éditer et distribuer des films et documentaires expérimentaux contemporains, qui s’accompagnent d’œuvres sonores, de photographies et d’essais, afin d’en assurer la protection et la pérennité.
* À voir, la programmation atelier des Écrans Documentaires, vendredi 17 novembre à 16h, la présentation de Prises de vues, projets de vies, un atelier conduit par Carole Arcega, en collaboration avec Béatrice Corbier de l’Afac, organisme de formation qui utilise le théâtre comme outil de communication. Label Ombres se propose de développer un cinéma de proximité, d’en faire un outil créatif de réflexion et d’action socioculturelle.
Films
L’Arc d’Iris, souvenir d’un jardin
Pierre Creton et Vincent Barré | 2006 | 30' | France
« Encore des fleurs, encore des pas et des phrases autour de fleurs, et qui plus est toujours à peu près les mêmes pas, les mêmes phrases ? »
« Il faut imaginer le film, dans son parcours, son allure, ses haltes, ses aléas. Trois semaines de marche dans l’un des endroits les plus hauts du monde – la vallée du Spiti, Himalaya : des séquences de fleurs cueillies comme un herbier et scandées par la rumeur des villages et le chant des monastères. »
Pierre Creton et Vincent Barré
L’Arche de Noé
Saïd Atabekov | 2004 | 30' | Kazakhstan
Le film a été tourné au sud du Kazakhstan, région chargée de mythologies où croisait la Route de la Soie. Une légende locale dit que l’Arche de Noé fut hissée au sommet des montagnes Kazgurt… Aujourd’hui les descendants de Noé vivent dans un environnement pollué, une terre empoisonnée où gisent les carcasses des usines démantelées, où les cheminées des raffineries sont les nouveaux minarets de l’industrialisation… Reliant temps anciens et modernes, le film de Saïd Atabekov cherche à symboliser dans une esthétique hypnotique la vie après le déluge, à imaginer la construction d’une nouvelle arche pour sauver la vie…
Artel
Sergeï Loznitsa | 2006 | 30' | Russie
Une journée de la vie des pêcheurs de la petite communauté d’Artel dans le nord de la Russie.
Protocoles de rêves
Jacques Séchaud et Hanna Schygulla | 2005 | 47' | France
Un aller-retour en poésie sur le trajet d’une grande comédienne allemande.
Tabula Rasa
Sébastien Cros et Carole Arcega | 2005 | 15' | France
Cette performance procède selon un dispositif double écran où défilent les images d’un réel noir et blanc sur lequel vient se superposer un troisième faisceau de matière brute, intervention directe sur le support argentique.Un parcours imaginaire à travers l’Europe trace une cartographie de la ruine. Éprouver le support argentique, comme un mur éprouve le passage de l’homme et du temps, à la recherche d’une brèche où seule subsiste, parmi la cendre et les débris, une onde de lumière aveugle parcourant une terre vaste.
Vidéo pour rien
Olivier Gallon | 2006 | 14' | France
Août 2003 dans le Cap corse, à Minervio. Des plans filmés ou non depuis une fenêtre ouvrant sur l’étendue du ciel et de la mer, dans l’embrasure de laquelle apparaissent plus étrangement des flammes, un astre inidentifiable… Comme si le réel se jouait de l’intérieur (d’un habitat, de soi-même) et de l’extérieur – jusqu’au hasard faisant se coïncider deux événements : cela s’appelle des visions. Vidéo pour rien est le titre générique d’une série de vidéos dont Minervio est la première. Chacune d’elles correspond à un lieu et une date.
Séances
mercredi 15 novembre 2006 à 20h00
Espace Jean Vilar - salle 2
- L’Arc d’Iris, souvenir d’un jardin
Pierre Creton et Vincent Barré | 2006 | 30’ | France - Vidéo pour rien
Olivier Gallon | 2006 | 14’ | France
jeudi 16 novembre 2006 à 18h30
Espace Jean Vilar - salle 2
- Protocoles de rêves
Jacques Séchaud et Hanna Schygulla | 2005 | 47’ | France
vendredi 17 novembre 2006 à 20h00
Espace Jean Vilar - salle 2
Projection d'un premier montage de « Eric Rondepierre : exit »
- Tabula Rasa
Sébastien Cros et Carole Arcega | 2005 | 15’ | France
dimanche 19 novembre 2006 à 19h00
Espace Jean Vilar - salle 2
- L’Arche de Noé
Saïd Atabekov | 2004 | 30’ | Kazakhstan - Artel
Sergeï Loznitsa | 2006 | 30’ | Russie

