Pour les Web Natives, ceux qui cliquent d’une main et tiennent le Joy Stick, de l’autre. Ceux qui se filment en miroir au portable et ne communiquent que par Skype et SMS, ont pour adresse Facebook, Twitter et Myspace, le web doc risque de les faire kiffer grave… Encore un débat sur le web documentaire donc. Certains, disent, comme Stéphane Druais, réalisateur et maître de cérémonie pour cette table ronde, qu’il y a autant de débats sur le sujet que de web doc… Et ils n’ont pas tout à fait tort…
La question des technologies ne peut être centrale mais quand il se dit, intox ou non, que d’ici un an ou deux, la moitié du trafic Internet se fera en vidéo par YouTube et Viméo interposé, la question du web doc ne peut pas ne pas être posée. Nouveau genre ? Nouvelles écritures ? Internautes impliqués, narrations arborescentes et choisies ? Simple recette des diffuseurs cherchant à renouveler leur audience en inventant une forme sans
lendemain (après la télé réalité, le feuilleton documentaire, le docu fiction, l’habillage animé du documentaire). Vilipendé par les uns : genre impur, journalistique et non documentaire et encore moins cinématographique, miroir aux alouettes d’une interactivité en fait très conditionnée… Encensé et paré par les autres de toutes les vertus : vertiges d’une écriture numérique novatrice qui favorisent l’hyper textualité, l’intelligible et le sensible simultanément, l’intimité, la proximité, l’interactivité…
Depuis cinq ans déjà, Le CECI, Centre des écritures cinématographiques du Moulin d’Andé et Les Ecrans Documentaires s’associent pour réfléchir et mettre en perspective les nouvelles formes d’écriture dans le documentaire contemporain, instillant de la poétique dans le scientifique, de la rencontre dans l’expérimental ou toute autre tentative qui fait bouger les frontières et les codes convenus.
Un court historique
« Tout a commencé » en France avec la diffusion fin 2008 de Gaza Sderot, la vie malgré tout, un dispositif imaginé par Serge Gordey. Durant deux mois, 40 épisodes de deux fois deux minutes chacun faisant « ressentir » la vie au quotidien à deux kilomètres d’intervalles, d’habitants palestiniens gazaouis et de frontaliers israéliens, avec à chaque fois des angles thématiques comme « guerre et paix », « musique », « coiffeur », « nostalgie », « roquettes Kassam, » ou « famille », le tout diffusé quotidiennement sur Internet… Puis Gaza fut occupé et bombardé par l’armée israélienne et l’écran « partagé » de Gaza Sderot
devint un film « unitaire » classique compilant tous les épisodes… Il y eut aussi la série web, Twenty Show, avec son casting post ado, diffusé sur Arte encore, après un détour par les réseaux sociaux collaboratifs (principalement Myspace…). Et encore Le corps incarcéré, beau web documentaire du Monde interactif… qui a donné une « journalistic touch » au web doc. Plus récemment encore Prison Valley, sur l’industrie de la prison dans un état américain diffusé d’avril à juin dernier et qui a obtenu le prix Italia. Les uns l’adorent le comparant à un jeu de simulation, les autres lui reprochent un principe primaire et surtout simplificateur.
L’intervention de Stéphane Druais nous livrera un panoramique complet sur les différentes typologies existantes à l’heure actuelle, dans un contexte relativement morose (il y a relativement peu de budget pour ces nouvelles productions). Il rappellera l’invention de nouvelles pratiques qu’elles induisent avec des croisements de compétences, photographes, plasticiens, journalistes, cinéastes, graphistes, développeurs. Car même le rôle des producteurs ne sauraient être le même…

