Nikolaus Geyrhalter

Janvier

L’arrivée d’une caravane provoque un cérémonial sans fin d’accolades. Mohamed Bada, un homme enturbanné, raconte que de plus en plus de Touaregs partent à la ville, s’en vont d’ici, quittent cette brousse. « Je crains qu’un jour la brousse ne nourrisse plus ses hommes… et que la vie ne soit plus possible qu’à la ville. Si cela se produit, alors les comportements changeront. Le monde est ainsi fait. Il change tout le temps de direction. »

Février

Sur la vaste étendue enneigée de la toundra du Samiland, Hansa Ouvia Hansa, pasteur, tombe sur un renne gelé, sans tête. Il le prend avec philosophie : « c’était le destin de ce pauvre renne. Un glouton l’a attaqué, parce qu’il avait besoin de manger. Il ne peut pas vivre sans tuer ces rennes ». Avec les années, la solitude lui pèse. « Parfois, ce serait bien de pouvoir rencontrer des gens et de parler avec eux de choses et d’autres, de ce qui se passe dans le monde. »

Mars

Au pays de Kaoko, les relations peuvent parfois être compliquées. Kapyarukoro a deux femmes. « L’homme doit passer deux nuits chez l’une et deux nuits chez l’autre. Lorsqu’il passe la nuit ici, il se réveille très tôt le matin et se rend chez sa deuxième épouse pour la saluer ». C’est le compromis que les deux femmes ont fini par trouver. Et maintenant que l’homme songe à épouser une troisième femme, elles sont même devenues des alliées.

Avril

Le craquement lourd d’un arbre qui tombe dans la jungle d’Irian Jaya peut avoir deux explications : on vient de faire tomber un sagoutier géant à l’aide de haches de pierres et autres outils. Mais ce bruit peut aussi signifier qu’on est en train de construire une nouvelle maison à quinze mètres de hauteur. Bien que ce type de maisons soit extrêmement difficile à construire, elles sont l’endroit le plus sûr dans la jungle…

Mai

Sur le bleu azur de la mer arctique flotte une bouée rouge. Elle permet de repérer le phoque qu’Otto et Asiajuk ont harponné. On le découpe sur le sol, on le dépece, on partage les morceaux avec les chiens de traîneau hurlant. C’est la fin d’une chasse apparemment tranquille et sûre. Mais les chasseurs ont des tourments ces dernières années on dénonce de plus en plus violemment leurs pratiques qui constituent pourtant la base de leur subsistance.

Juin

Porter des chaussures ou marcher pieds nus – pour Margaret c’est dans ce détail que sont concentrés les écarts culturels entre les « Européens » et les Aborigènes. Celle-ci et sa famille essayent absolument de maintenir un mode de vie intermédiaire entre celui, traditionnel de leurs ancêtres, qui « leur assure autonomie » et celui de la grande ville moderne, leur apportant également beaucoup de confort matériel.

Juillet

Tsawang Dolma vit dans une petite commune du Ladakh, non loin de la région en guerre du Cachemire. Elle n’a pas le temps de faire de la politique, la survie au quotidien lui prend toute son attention et son énergie. La commune se réunit en conseil afin d’essayer de régler les petits conflits, « comment peut-on cohabiter dans un petit village si on se dispute pour des broutilles ? »

Août

L’éleveur de rennes Josif Kechimov et sa famille vivent sur un domaine immense, en plein cœur de la toundra. Depuis qu’on a commencé, récemment, à forer des puits de pétrole sur leur domaine, l’existence de la famille est mise en danger. Elle a donc décidé de se déplacer dans une autre région. Le transport devrait être assuré par des hélicoptères des compagnies
pétrolières : « ils percent notre pays, c’est donc normal qu’ils nous aident. »

Septembre

Contrairement à la grande majorité des chinois Han, la famille de Gao (87 ans) est restée fidèle aux pratiques Moso traditionnelles du « Walking-marriage » (les membres de la famille qui sont mariés et leurs partenaires ne quittent pas la famille pour aller fonder ailleurs un nouveau foyer). Le soir, les époux se retrouvent dans la maison de l’épouse et passent la nuit ensemble. Tous s’occupent des enfants : les sœurs, les mères, les oncles et tantes.

Octobre

« La mer est belle quand il fait beau. » Quand c’est le cas nous essayons alors de nous affronter à elle. Mais quand elle te murmure « Fais demi-tour », alors tu as intérêt à l’écouter. Chaque jour inlassablement, depuis des décennies, Luigi Garau prend la mer avec son petit bateau de pêcheur. Un travail de Sisyphe : de moins en moins de poissons, des marchands ne préférant que les beaux poissons rares pour pouvoir les vendre cher…

Novembre

Dennis Nice sait à quel point la langue participe de l’identité d’un homme. Arraché à ses parents et à son village indiens, placé dans un internat anglophone, il a complètement perdu sa langue maternelle : « on a été puni deux fois une fois à l’école, parce que nous parlions Nigsa’a, et ensuite, lorsque nous sommes revenus au pays, parce que nous ne la comprenions plus » Aujourd’hui, il essaie à travers son métier de sculpteur de retrouver sa propre culture, en fabriquant des totems.

Décembre

Santa Claus ne vient que tous les deux ans sur l’atoll de Woleai. Noël là-bas c’est quand un transal américain vient parachuter des paquets cadeaux de la Croix-Rouge. Lavinia, une jeune femme, commente ainsi l’événement : « La Christmas Drop ce ne sont que des fonds de pou-belles. » Qui a besoin de Tee-shirts usagés alors que presque tout le monde se promène torse nu.

Filmographie

  • Angeschwermt (Washed ashore) 1994
  • Das Jahr nach Dayton (The year after Dayton) 1997
  • Pripyat 1999

Films


Elsewhere

Elsewhere

Nikolaus Geyrhalter | 2001 | 240' | Autriche

Le réalisateur est parti chaque mois de l’année 2000 dans douze régions du monde. Des rencontres éloignées du monde urbain, avec des hommes aux traditions et aux langues différentes. « L’Ailleurs » est une question de point de vue.


Séances

dimanche 17 novembre 2002 à 14h00

Espace Jean Vilar - salle 2
  • Elsewhere
    Nikolaus Geyrhalter | 2001 | 240’ | Autriche