Observatoire des ateliers de réalisation

Les utopies agissantes d’un « cinéma individuel de groupe »

Comme toute forme d’expression artistique, le cinéma oscille entre expression du singulier (l’auteur, l’artiste, le réalisateur, le cinéaste, le filmeur, le « metteur en scène » de la fiction ou d’une réalité documentée) et l’élaboration collective (l’équipe autogérée ou classiquement hiérarchisée, le collectif, le groupe constitué dans une perspective éphémère).
La salle de cinéma n’est plus depuis longtemps le seul lieu d’expérience de spectateur. Et la « démocratisation numérique » laisse imaginer que tout un chacun pourrait devenir producteur de ses propres images, porteuses d’une réappropriation de soi, de ses idées, son identité, ses fantasmes, ses luttes, ses résistances, ses pensées, ses rêves.
Ainsi assiste-t-on à une mise en miroir, mise en abyme aussi prolixe que prolifique des représentations de chacun. Blogs, web cam et portables provoquent une prolifération « de moi » qui n’interpelle personne. Sinon tentent des preuves d’« existence » éphémères et finalement frustrantes.
A ces pratiques, manquent formulations, histoire, traces, élaboration.
C’est en quoi, la mise en œuvre d’ateliers de réalisation, documentaire ou pas, suggère et peut susciter des expériences de création collective transmissibles, au sens où une réception, un partage, un échange, redevient possible. Que l’objet transactionnel soit un film au sens classique d’une « forme achevée » ou des esquisses, des carnets filmés, des expériences documentaires, importe peu. C’est dans le retour d’un regard, d’une écoute, d’une émotion, d’un décadrage, d’une « révélation » de sens ou de conscience que se précise l’intérêt de l’enjeu.
A l’occasion du lancement par Son et Image des ateliers de réalisation documentaire, Cinéma de quartier, il nous a semblé judicieux de proposer un premier « observatoire » d’expériences d’ateliers de réalisation d’où sont issus des films, des « propositions » filmiques. Depuis des cadres, des contextes, des territoires, des « institutions » très variés autant que leurs méthodes, leurs approches, leurs conceptions. Et leurs éthiques et leurs esthétiques, les unes ne pouvant faire l’économie de penser les autres et inversement.
C’est le contrepoint le plus intéressant à analyser, discuter, débattre, de la « résidence d’écriture » qui consacre (pérennise, ancre) l’auteur, le sujet, l’individu, dans un cinéma en mouvement, en déplacement et complet décadrage de ses modes de consommation, réception, rôle social. Qui sont ces auteurs « d’un nous » qui ne renient pas le je, mais qui ne sauraient être et advenir qu’à partir d’une expérience collective et singulière.
Il y a à questionner une vague, une vogue, un désir institutionnel qui met le « faire » au pinacle.
Est-ce tant pour permettre à des individus de « se réaliser dans une réalisation » que pour taire ou étouffer souffrances sociales et personnelles.
L’hypothèse mérite d’être posée. Que peuvent artistes et « professionnels » pour mettre en œuvre, mettre en musique des projets collectifs ?
Quelles sont les limites du volontarisme ? Quels pièges les financements institutionnels peuvent-ils masquer (un « prêté pour un rendu », un peu de paix sociale par exemple ?).
Ressentis et échanges d’expériences pour discerner des perspectives.

Didier Husson

Films


Sorties d’usine

Sorties d’usine

Images et paroles engagées | 2005 | 52' | France

Sorties d’Usines, c’est une façon de s’interroger sur l’existence de la classe ouvrière d’aujourd’hui en partant de la mémoire, pour le quartier de la Cabucelle ou de Saint-André des usines des années soixante-soixante-dix, plus particulièrement autour de l’usine Saint Louis Sucre.


Séances

vendredi 18 novembre 2005 à 10h30

Espace Jean Vilar - salle 2

Présentation d'extraits du Journal international des quartiers, un programme de web TV à l’initiative de Télétamburos (Venezuela).

vendredi 18 novembre 2005 à 18h00

Espace Jean Vilar - salle 2

Rencontre