Paris-Bruxelles via Alger

« Parler l’Algérie Autrement… » Qu’en comptabilité macabre comme si l’on annonçait ses résultats d’un loto de la mort. Éviter la symbolisation esthétisante comme celle de cette « Pieta Algérienne pleurant ses enfants » qui fit le tour du monde des agences de presse et octroya au photographe un prix « World Press »… Avant que l’on sût – mais qui le remarqua, qui s’en souvient – que la légende de la photo était fausse… S’écarter des querelles byzantines et philosophardes qui somment de choisir entre « éradicateurs » du terrorisme islamiste ou « médiateurs » du prêt à négocier.

Les Écrans Documentaires veulent avec ce Paris-Bruxelles via Alger, offrir une Rencontre et décaler les propos, les approches. Le film de Kamel Dehane, réalisateur résidant en Belgique, date de six ans. Ce qui paraît lointain si l’on se réfère au magma d’horreurs véhiculées depuis par l’Actualité. Mais ce qu’il dit de la conscience féminine en Algérie reste intemporel et permet de mieux imaginer ce que pourrait être l’avenir…

Le film de Malek Bensmaïl, réalisateur résidant à Paris, en nous faisant voyager dans les musiques qui se forgent, se croisent, s’interpénètrent dans l’exil, nous en dit lui aussi plus sur l’imaginable que beaucoup de beaux discours, analystes ou humanistes. Ainsi quand Amazigh Kateb, leader de Gnawa Diffusion et fils du poète Kateb Yacine (sur et avec lequel Kamel Dehane fit deux films…), en propose sa représentation : le jour où il sera aussi possible que nécessaire « d’être algérien à sa façon ».

Il n’y aura meilleure façon que de continuer d’être ensemble au cours de cette soirée que dans le Diwan, la gaâda, « l’assemblée de ceux qui sont assis », échangent et partagent dans la musique, le chant, la danse…

Profils

Kamel Dehane, réalisateur résidant à Bruxelles et enseignant à l’Insas a réalisé notamment  des portraits d’écrivain-écrivaine algériens (Kateb Yacine, Assia Djebar) et un film sur la Corée du Sud (Mon pays au matin calme). Il prépare Les enfants parlent Algérie, un film qui évoque la guerre et le terrorisme au travers des yeux d’enfants, ceux du réalisateur en Algérie en 1960, et ceux d’aujourd’hui…

Malek Bensmaïl, programmateur d’art-vidéo, producteur et réalisateur, est un fidèle des Écrans documentaires de Gentilly. Il fut membre du jury et nous présentions dans le cadre de la thématique Méditerranées de 1996, lors de la soirée Algérie-Bosnie-Palestine, son film Territoire(s) qui a connu depuis une riche carrière festivalière…

Films


Décibled

Décibled

Malek Bensmaïl | 1998 | 53' | France

Bien sûr et nous en sommes, on peut avoir un souvenir ému du premier concert Raï de Bobigny en 1986. La sono était approximative mais la soirée et l’ambiance envoûtante avec Khaled encore émouvant et le couple Chaba Fadela, Cheb Sahraoui détonnant. Aujourd’hui le Raï fait recette, s’installe dans le sirupeux (Faudel), évite avec constance tout propos « politique » ou « engagé ». Il est loin le temps de la « Guerre du Golfe » où toute musique arabe était interdite d’ondes. Le film de Malek Bensmaïl, lui, explore la nouvelle scène musicale algérienne en exil derrière l’arbre Raï qui cache la forêt…

  • Avec Amazigh Kateb et Gnawa Diffusion, influencé par le « blues » gnaoui, le zeste groove des musiques urbaines et des textes engagés et mordants.
  • Djam et Fam, groupe Techno-Raï avec un violon électrique virtuose, celui de Djamel Benyelles et « une voix » exceptionnelle celle de Moumen.
  • Malik, père sahraoui et mère celte, compose une techno perlée d’influences “orientales” et de sonorités alaoui et raï.
  • Markunda, reprend et réinterprète parfois a cappella les chants traditionnels chaoui des Aurès.
  • Le Diwan de Bechar.

Le film n’omet pas de rappeler les premières tentatives de « fusion musicale » des années quatre-vingt, celles de Raina Rai et de Carte de séjour…


Femmes d’Alger

Kamel Dehane | 1992 | 55'

Dans une société où le regard n’est que masculin, un autre œil est donc là… Le regard féminin, dérangeant, bousculant la pudeur, brisant les tabous, libérant la parole…Il sort de l’ombre : avec Assia Djebar, écrivain-historienne algérienne. Nous allons à la rencontre de femmes de toutes générations pour nous introduire dans leurs vies, dans leurs quotidiennetés, dans ce monde où le regard est interdit. Ces femmes se racontent, imposent leur regard à la caméra pour un voyage dans cette moitié de l’Algérie soumise au silence… à une vie clandestine.


Séances

samedi 7 novembre 1998 à 20h30

Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly

samedi 7 novembre 1998 à 22h30

Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly
Plus d'informations sur cette séance

Concert de Gaâda, le Diwan de Bechar.