De l’audace !
Au chiffre constant de films inscrits (120 en 2001, 119 en 2002), s’oppose pour cette édition, une réduction drastique de la sélection : de 18 films l’an dernier à 9 cette année. Serions-nous devenu plus sévères ? Oui, sans conteste. Avons-nous ressenti moins d’enthousiasme et de coups de cœur : cela va de soi.
Tout aussi hétérogène que l’an dernier dans les genres, les styles comme les modes de production, le crû 2002, s’avère globalement plus « académique », moins aventureux, moins expérimental, laissant assez peu de place à l’invention formelle ou narrative. Par conséquent ce qui nous avait incité en 2001, à présenter un large éventail de tentatives, ne s’est pas cette fois justifié.
Comme nous le pointions déjà, la forme courte, documentaire ou sur ses marges, a un champ très large de possibles, sa temporalité restant idéale pour le portrait notamment. Mais elle devient vite corsetée pour déployer du récit, introduire du complexe ou du contradictoire. Et le défi est grand d’imposer un style, qui ne soit pure affectation maniériste.
Ce n’est pas un hasard si plusieurs films de notre sélection flirtent avec la limite temporelle « haute » de la catégorie (quarante minutes) que nous avons fixée.
L’espace de production comme de diffusion du documentaire court reste encore très limité : schématiquement le cadre institutionnel et les cases télévisuelles de type magazine. Incitant rarement les auteurs à outrepasser le formatage et les principes d’écriture censés plaire au plus grand nombre.
Pourtant plus mystérieusement, ces contraintes ne s’imposent qu’à plus de la moitié des films inscrits, auto produits ou « à peine produits », et c’est plutôt ici la chape des référentiels télévisuels et le mimétisme qui semblent les contraindre, quelque puisse être l’originalité et l’intérêt des sujets ou l’engagement plus que manifeste des cinéastes.
Toute analyse globalisante contient par définition ses propres limites, comme le facteur subjectif a son poids certain.
C’est pourquoi même si la proposition n’est pas orthodoxe, nous souhaitons attirer l’attention des spectateurs du festival sur certains films (ils sont tous en visionnage à la carte) qui n’ont pas été retenus en sélection au regard de la ligne éditoriale de cette édition :
- Le triptyque de Christian Barani (Nice, Almaty, Katmandu)
- Le traitement visuel du concert de Charlemagne Palestine par Pip Chodorov (Charlemagne II : Piltzer)
- Le spectacle Kaspar Konzert mis en film par François Verret et Sylvie Blum
- La promenade imaginaire sur une frontière, Grenzsteine, proposée par Ulrike Knorr Le mémorial intime de Petersbourg imaginé par Michael Yarosheski (Pétropolis).
- Et des films déjà primés et à la carrière bien amorcée comme Alexandre Lobanov de Bruno Decharme, Comme un seul homme de Jean-Louis Gonnet
Des démarches qui sans remettre en cause les critères que nous nous sommes fixés, échappent par leurs singularités à l’évaluation dans une sélection mais devrait nous inciter à créer une section de type Panorama pour les Films Courts à l’avenir.
Didier Husson
Films
Ces jours d’exil
Julien Feder | 2001 | 40' | France
Un couloir aux néons blafards pour cour de récré. Des visages fermés d’Afghans, d’Angolais, de Kurdes, de Rwandais, de Tchétchènes. Les guerres racontées. Sur une télé, des images de Kaboul détruite. Une jeune ado, comme une évidence : « Si on a des papiers, c’est sûr que je serai heureuse. » Le français qu’on apprend. L’attente. À nouveau le couloir aux néons blafards. Étrangement des cris de joie résonnent. Chantal, une Africaine, vient de recevoir une réponse positive à sa demande d’asile. Elle et sa famille vont enfin pouvoir quitter le centre d’accueil pour réfugiés de Lannemezan (Hautes-Pyrénées). M. D.
La Datcha
Bruno Raymond-Damasio | 2002 | 15' | France
Une datcha près de Kiev. Rachetée au kolkhoze il y a cinq ans, elle réunit toute une famille autour de la culture des fruits et légumes, Une maison de campagne ou un ranch ? L’amour de la terre contrecarre l’envie de vacances. Frères et sœurs ne s’accordent pas sur la fonction à donner à cette folie d’un père haltérophile. Soudain, quelqu’un évoque la « catastrophe ». Malgré la musique exaltée de Chostakovitch, on se dit alors que cette datcha ne tourne pas si rond. M. D.
Description d’un combat
Vivianne Perelmuter | 2001 | 21' | France
Rester fidèle à l’enfance, l’âge des grandes passions et du vertige des possibles : une question de survie. Pourquoi donc a t-on perdu l’énergie et le goût ? Parce que le réel glisse, qu’il n’offre aucune prise. Dès lors, comment combattre son indifférence et celle du monde, dépasser l’état de contemplation ? Une lettre filmée pour dire ses doutes, exprimer son vide intérieur. Une phrase en leitmotiv : « Non ce n’est pas cela que je voulais te dire. » Se confier. Mais à qui ? Quel est ce « tu » ? L’autre, le partenaire que l’on cherche à reconquérir ; ou soi-même, qu’il faut ré-apprivoiser. M. D.
Juste une femme
Mitra Farahani | 2001 | 30' | France
Morvarid confie ses difficultés à vivre avec sa nouvelle identité, à apprivoiser son corps. Une question qui revient sans cesse : comment se confronter au regard des autres ? L’histoire finalement ordinaire d’un changement d’appartenance sexuelle. Sauf que cette histoire se déroule en Iran… On songe bien sûr à l’Islam et à la répression policière. Mais le trouble vient de Morvarid elle-même. Très pieuse, elle dit pourtant respecter les versets du Coran à la lettre. M. D.
J’espère que tu m’entends
Thierry Compain | 2001 | 30' | France
Le dispositif est simple. Un travelling unique filmé de l’intérieur d’une voiture en circulation : on parcourt Rennes et ses faubourgs. La radio est allumée. Elle passe une chanson de Cabrel. Le paysage défile. Une sensation de liberté gagne le spectateur. L’émission de radio reprend, qui diffuse des messages téléphoniques laissés sur répondeur. Des mots d’amour, de peine, de fraternité, de désespoir, de solitude… La gorge se noue. En plan final, on arrive au lieu d’habitation des destinataires des appels… M. D.
La Tribu des Baïach
Andras Solymos | 2002 | 30' | Hongrie
En 1975, le cinéaste filmait les clans Kanalas et Linguara, Roms de Hongrie. II revient dans ces familles qui se revendiquent toujours « Baïach », ce qui dans leur langue en déshérence et seulement parlée par les anciens, signifie « creuseurs de bois ». Andras Solymos les confronte à une vision en miroir et en noir et blanc, de ce qu’était leur vie âpre, violente et libre. Ce quart de siècle d’écart semble des années lumière, mêlant pourtant figures disparues, témoins vivants et nouvelles générations imprégnées de cette culture mais porteuses d’autres rêves. Le dernier « creuseur de bois », en faisant voler les copeaux, semble effeuiller comme des strates de temps que rien ne saurait mesurer et un devenir difficilement déchiffrable. D. H.
Un lutteur dans le désert
François Sculier | 2001 | 29' | France, Iran
À la manière énigmatique d’un conte persan qui multiplie les pistes et les signes, emboîte les témoignages contradictoires, les ellipses et mystères, le film évoque Tarhti, le plus grand lutteur iranien du XXe siècle. Une légende à la mesure du chevalier Rostam, figure de résistance emblématique et ancestrale. Il y a trente ans, Tahrti fut retrouvé mort dans une chambre d’hôtel, alors que son fils Babak était nouveau-né. Qu’est-ce que celui ci pourra transmettre à son propre fils de cette image-mirage vers lequel il tend sans jamais pouvoir l’atteindre ? Tarhti fut-il écrasé par le poids de sa popularité, ou une victime politique de l’Histoire ? D. H.
Viaje en taxi
Nico Gutmann | 2001 | 22' | Suisse
Un taxi file de l’aéroport vers Lima, Pérou. Dans l’habitacle, le voyageur et son double. Le premier a l’accent des « gringos », l’autre, comme un passeur, un ange-gardien, l’écoute et l’accompagne dans cette quête intranquille. Le cinéaste, à plus de trente ans, a retrouvé au consulat du Pérou en Suisse, l’adresse de sa vraie mère. Ni péripéties, ni pathos, mais une sobre mise en scène pour narrer cette rencontre nécessaire. Instants fragiles, apprivoisements, échanges discrets, promesses suspendues… Le taxi peut retourner vers l’aéroport. D. H.
Volver
Alfred Ryft Triangeli | 2002 | 40' | Belgique
Oser la vie « autrement » pour ne pas glisser dans la pire des nostalgies, « celle du regret de ce qui n’a jamais existé ». Marie-Anne à l’approche de la cinquantaine décide de quitter Bruxelles pour Buenos Aires. Alfred, le cinéaste l’accompagne dans quelques unes des étapes cruciales de ce « Retour » où elle cherche à inscrire ses rêves dans le réel, aimer, sentir, ressentir, écrire. Au bord du doute, dans le chassé croisé des bonheurs et des pleurs, avec des projets et « le monde autour de soi ». Un film portrait, un film parcours, en complicité sensible où s’évoque l’enfance, l’image du père, les rencontres, sur un rythme tango. D. H.
Séances
jeudi 21 novembre 2002 à 21h00
Espace Jean Vilar - salle 2
- Juste une femme
Mitra Farahani | 2001 | 30’ | France - Description d’un combat
Vivianne Perelmuter | 2001 | 21’ | France - Un lutteur dans le désert
François Sculier | 2001 | 29’ | France, Iran
vendredi 22 novembre 2002 à 15h30
Espace Jean Vilar - salle 2
- La Datcha
Bruno Raymond-Damasio | 2002 | 15’ | France - J’espère que tu m’entends
Thierry Compain | 2001 | 30’ | France - Viaje en taxi
Nico Gutmann | 2001 | 22’ | Suisse
samedi 23 novembre 2002 à 19h00
Espace Jean Vilar - salle 2
- La Tribu des Baïach
Andras Solymos | 2002 | 30’ | Hongrie - Volver
Alfred Ryft Triangeli | 2002 | 40’ | Belgique - Ces jours d’exil
Julien Feder | 2001 | 40’ | France

