Sélections officielles

Radiographie

430 films ont été inscrits cette année. Une cinquantaine de films proposés « hors délai » durant la phase de visionnage. Une progression quantitative de plus de 30% par rapport à l’année 1999.

Le champ géographique de production représenté reste pour cette édition essentiellement francophone (France, Belgique, Suisse, Québec) avec quelques envois encore très minoritaires de Turquie, Israël, Italie, Espagne, New-York… Une caractéristique liée aux conditions économiques du festival (influence sur la prospection, absence de budgets pour les sous-titrages ou la traduction simultanée). Nous comptons très fermement la faire évoluer pour les prochaines éditions…

Les inscriptions sont réalisées à titre personnel par une centaine de cinéastes et par quelques deux cents sociétés de production.

A l’heure où nous proposons une programmation thématique Féminin Singulier, il nous a semblé « amusant » de vous proposer ce petit élément statistique : un tiers des réalisations sont signées au féminin.

De la temporalité dans le film documentaire : elle s’échelonne de 2 minutes 10 secondes pour Charlotte Slovak (Docteur Imre Szlovak) à 5h45 pour Peter Watkins (La Commune).

Les inscriptions pour la sélection Prix Écrans documentaires répondent plus que jamais à la notion de « formatage télévisuel » comme donne admise sans contestation : près de 200 films entre 50 et 60 minutes. Moins d’une cinquantaine ne se soumettent pas à ce calibrage, 24 entre 40 et 49 minutes, 12 films affichent 1h30 et 10 la dépassent.

Le documentaire de création qui se revendique plus que jamais comme un Cinéma d’Auteur n’en est pas moins de plus en plus lié à l’industrie télévisuelle de programmes : économie, durée, « écriture » et support de tournage. Nous avons reçu à notre grand dam (bien que sans illusion) un nombre infime de réalisations sur support film. Pour l’« anecdote », Les Ecrans documentaires développent actuellement des relations de partenariat avec un réseau de salles de cinéma, classées « Recherche » dont aucune n’est actuellement équipée pour la diffusion vidéo… Ce qui ne nous empêche pas par ailleurs de proposer une journée spéciale de diffusion pour les exploitants adhérents à l’ACRIF…

Intentions…

Par définition on sélectionne ce que l’on aime. Pour des raisons objectives et affectives. Pour des raisons subjectives et raisonnées. Ni pour « sanctionner », ni pour « hiérarchiser » mais pour signer la « politique éditoriale » très éphémère qu’est celle d’un festival. Pour construire une programmation aléatoire, avec ses correspondances et ses résonances, certains enjeux de sujets, traitements, dispositifs et écritures que l’on décide de privilégier. L’« espace festival » est, avec un certain nombre de réseaux de diffusion – qui réjouissons-nous se développe –, un lieu d’exposition libre de la création documentaire. Qui est donc à même de proposer des « exceptions » dans un flux, de mettre en « exergue », voire à sa modeste dimension de « révéler » une œuvre à un public. La modestie sied d’autant plus aux festivals qu’ils n’ont pas la moindre influence, prise, interférence sur les enjeux en amont : les conditions de production, l’économie du cinéma aujourd’hui, la consanguinité de fait du documentaire de création avec la télévision et les stratégies qu’elle induit en terme de « politique d’auteur ». Le lieu festival ne peut qu’en constater les effets – voire « les ravages ». Une certaine « urgence » à dire, à témoigner, à s’engager, à créer, se confronte aux contraintes nettement plus prosaïques qui sont celles d’une industrie de programmes alimentant une chaîne de diffusion de flux. Si l’on n’a jamais tant parlé – montré, diffusé – le cinéma documentaire, l’« objet-film » lui-même, est de plus en plus indifférencié, ayant dans le meilleur des cas, une vocation multiple : une, des diffusions télés, des projections en salles, des éditions cassettes ou DVD, des insertions en catalogue de médiathèques ou dans des programmations thématiques, une « sacralisation » en entrant dans le répertoire patrimonial etc. Autant de manières d’être « vu », « écouté », « rencontré » qui n’est pas le lot de beaucoup de réalisations…

Le caractère pernicieux de cette donne est qu’elle fonctionne en boucle avec ses effets-retour en amont. Le modèle, le formatage s’imposent. L’exigence d’« écriture » de plus en plus sollicitée de la part du documentariste, loin de lui offrir « une nouvelle liberté dans la contrainte assumée », l’enferme dans un moule pensé et exigé par un « commanditaire ». Celui-ci prétend aussi connaître la réception et la réaction qui peut être faite de l’œuvre par un spectateur à qui il impose sa vision du bon « documentaire ». D’autocensure en autocensure plus ou moins consciente, on en arrive par exemple à voir un film de notre sélection, changer de titre et se voir affubler d’un doublage pour « la bonne cause télévisuelle »… Heureusement l’œuvre, forte, réfléchie, poétique, résiste… Le festival lui, le projette dans une salle de cinéma…

N’étant pas à la recherche de « programmes » mais de « films », n’ayant pas à remplir « un cahier des charges » mais étant à l’affût de création, de gestes de cinéma, de subjectivité pensante, d’implications, de projets, de découvertes, l’équipe des Écrans documentaires a passé un été contrasté. Souvent lassée par une multiplication de propositions, toutes entières contenues dans l’exposé des intentions. Un bon sujet ne fait pas nécessairement un film qui donne du plaisir à l’accompagner dans un déroulement sans équivoques, questions, interpellations, un minimum de complexité. Nous avons rencontré et survolé beaucoup de bons sujets… Et choisi au total 41 films (un peu moins de un sur dix). D’autres nous ont intéressés, séduits, ont permis de débattre assez vivement, restant ancrés en mémoire pour de futurs programmations thématiques…


Jurys

Jury du Prix des Écrans documentaires

  • Jacqueline Aubenas, cinéaste et enseignante à l’INSAS
  • Marie Bonnel, directrice de l’audiovisuel extérieur et des techniques de communication du Ministère des Affaires Étrangères
  • Yves Bouveret, directeur programmateur du cinéma « Les toiles » de Saint-Gratien
  • Lionel Lechevalier, responsable audiovisuel du Conseil général du Val-de-Marne
  • Paul Rozenberg, producteur

Jury du Prix du Documentaire court

  • Alice Beckmann, directrice de production du GREC
  • Hugo Bélit, critique à Bref, cinéaste
  • Patricia E. Kajnar, cinéaste
  • David Vasse, chargé de cours en cinéma à l’Université de Caen, rédacteur à Éclipses, L’Image, le monde, Repérages.

Jury du Prix Formations

  • Sylvie Dreyfus, chargée de mission au département audiovisuel de la Bibliothèque Nationale de France
  • Frédéric Goldbronn, cinéaste, vice-président d’Addoc
  • Solveig Risacher, étudiante

Prix

  • Le Conseil général du Val-de-Marne offre le Prix des Écrans documentaires (15 000 francs et l’étude d’une aide à la création pour un nouveau projet).
  • Prix du documentaire court : 5000 francs.
  • Prix Formations : 5000 francs

Vidéothèque à la carte

Les 430 films reçus en compétition pour l’édition 2000 et tous les sélectionnés de 1999. Consultation libre et gratuite à partir du catalogue général et thématique.

Avec le concours de Systéa Vidéo.