Soirée Wilhem Breuker – Johan Van der Keuken

Wilhem Breuker s’est éteint dans sa ville natale, Amsterdam, emporté par un cancer du poumon en juillet dernier.

Figure majeure de la « free music » européenne durant près de 35 ans avec son Kollektief, il a signé entre 1967 et 1994 les compositions et improvisations de bon nombre de films de son complice, l’autre « hollandais brillant », Johan Van der Keuken, lui-même disparu il y a près de 10 ans en janvier 2001.

Dans la perspective documentaire, la musique quand elle n’est pas « live », liée profondément au milieu qu’elle approche, dans lequel elle évolue, parait souvent superfétatoire : trop illustrative, dramatisante, surlignante. Et une certaine vogue actuelle de nappage musical électronique, provoque souvent les effets les plus désastreux.

Rien de tel, bien sûr dans cette collaboration au long cours entre Breuker et Van der Keuken, partageant parmi beaucoup d’autres choses, des engagements politiques résolus et une très vaste culture et curiosité… Pourtant ses premiers rapports avec la musique sont, on ne peut plus classiques : il l’a entendue chanter dans les bistrots et dans les rues d’Amsterdam, il la jouée dans l’harmonie municipale. Il a appris la musique dans une école de musique populaire comme les musiciens noirs américains l’ont appris dans les chorales d’églises : « On nous apprenait à lire les notes, on nous donnait une flûte et nous apprenions à jouer l’hymne national. C’est ainsi qu’on enseignait la musique aux enfants d’ouvriers… Une assez mauvaise méthode, il y a toujours quelque chose de religieux derrière tout ça. Mais on acquérait des bases. »

La suite est beaucoup moins orthodoxe :

« Quand j’étais enfant, ce qui m’intéressait le plus était la musique que je ne comprenais pas, qui me donnait le sentiment d’être impossible, qui me faisait me demander : mais pourquoi font-ils cela ? Pourquoi ne font-ils pas de la musique « normale ». »

Elle le fera écrire pour de l’orgue de Barbarie, reprendre un rondeau de Couperin, réécrire la bande musicale de Métropolis de Fritz Lang, interpréter Kurt Weill, Xenakis, retranscrire une pièce musicale espagnole du XVe siècle ou mélanger Ennio Morricone et Prokofiev… Car le sax amsteldamois n’est pas seulement un improvisateur hors pair, c’est aussi un compositeur exigeant, un « meneur » de troupe (mais aussi formidable auditeur des membres de la formation), ce fameux Kollektief créé dans les années soixante-dix à la suite de l’InstantComposer Pool qu’il avait formé avec le batteur Hank Bennink et le pianiste Misha Mengelberg. Il fut aussi le fondateur d’un label musical BVHaaast, toujours actif et d’une richesse inouïe avec bien sûr les nombreuses créations de la formation mais aussi de la musique Klezmer comme du Luciano Berio ou du Messiaen. Une formation, aux accents souvent burlesques et joyeux, une formation « mixte » ce qui n’est pas si courant dans le monde du jazz (et ne l’était vraiment pas du tout autrefois !).

Grâce à Daniel Jouanisson, qui sut faire découvrir cette personnalité très peu médiatisée en France, avec son film Amsterdamned Jazz et des captations de concerts, il sera question le temps de cette soirée, de continuer à faire vivre cette musique de la diversité. Et de la redécouvrir également avec deux films de Johan Van der Keuken, deux beaux films complices où arts visuels et sonores s’entrelacent et s’enrichissent.

Didier Husson

(Citations de Wilhem Breuker de Francoise et Jean Buzelin, Editions du Limon 1994)

Films


Amsterdamned Jazz

Amsterdamned jazz

Daniel Jouanisson | 2000 | 52' | France

Compositeur et arrangeur, saxophoniste et improvisateur, directeur de label (BVHAAST), collaborateur de Johann Van der Keuken, Han Bennink et Misha Mengelberg, Willem Breuker et son Kollektief invente de nouvelles formes musicales depuis près de vingt-cinq ans. Le WBK ne joue pas seulement de la musique, il joue avec la musique. Ses concerts échappent à toute définition et à toute catégorie et produisent chez le spectateur une expérience unique et inoubliable. Le film revient sur vingt-cinq ans de jazz, de provocations et de réflexions sur la musique d’aujourd’hui.


Lucebert, temps et adieux

Lucebert, temps et adieux

Johan van der Keuken | 1995 | 52' | Pays-Bas

Fasciné depuis toujours par l’art de Lucebert (1924-1994), l’un des poètes les plus influents de la littérature néerlandaise, également artiste visuel, Johan van der Keuken lui a consacré trois courts métrages en 1962, en 1967 et en 1994. Ce triptyque est réuni en un seul film dont le dernier volet a été tourné dans l’atelier de Lucebert peu après sa mort.


Musiciens, collectivisons !

Daniel Jouanisson | 2000 | 52' | France

Captation d’un concert du Willem Breuker Kollektief.


On animal locomotion

On animal locomotion

Johan van der Keuken | 1994 | 15' | Pays-Bas

Ce film a été réalisé dans le cadre du projet Hexagon : six compositeurs néerlandais inspirent six cinéastes. Pour Johan Van Der Keuken et Willemn Breuker, c’était l’occasion de prolonger une collaboration de longue date (une dizaine de films depuis 1967), en franchissant un nouveau pas ensemble. 
Le titre est emprunté à l’œuvre d’Edward Muybridge, photographe et précurseur du cinéma. Le film est librement construit et totalement orienté vers le mouvement physique : l’animal en locomotion, c’est le cinéma.


Séances

vendredi 5 novembre 2010 à 20h00

Espace Jean Vilar - salle 1