Itinéraire-mémoire
Robert Bober est né en 1931 à Berlin. Ses parents fuient l’Allemagne nazie en 1943 et s’installent en France où ils échappent à l’Holocauste. Après avoir pratiqué de nombreux métiers, Robert Bober devient l’assistant de François Truffaut sur Les Quatre Cents Coups, Tirez sur le pianiste, Jules et Jim. Il est réalisateur de documentaires depuis 1967. On lui doit notamment des films sur la société, sur l’art (Pierre Alechinsky, Ici ou le peintre, Vincent Van Gogh dans la série Correspondances). Une grande partie de ses réalisations porte sur des écrivains : sept films pour Un siècle d’écrivains, une collection de Bernard Rapp pour France 2 (Raymond Queneau, Marcel Proust, Jules Supervielle, Paul Valéry, Pierre Reverdy, Pierre Louÿs), des émissions littéraires pour Pierre Dumayet, un film sur Baudelaire, Gustave Flaubert, Franz Kafka et bientôt sur Dostoïevski. Il a également réalisé des films sur la culture et notamment sur le musée d’Orsay.
On lui doit des films sur la mémoire : Réfugié provenant d’Allemagne, apatride d’origine polonaise (1975), En remontant la rue Vilin : mémoire des lieux, des êtres qui les ont traversés, et particulièrement Georges Perec qui est né là (Fipa d’argent 1993). Robert Bober avait réalisé un film puis écrit un ouvrage avec Georges Perec, intitulés « Récits d’Ellis Island » (1978-1979), sur la mémoire des immigrants aux États-Unis, un film qui reçoit le 1er prix du festival de Florence (édité chez POL). Car il est aussi écrivain. Son livre « Quoi de neuf sur la guerre » (POL) reçoit en 1994 le Prix du livre Inter 1994 et le Prix des libraires. « Berg et Beck » a été publié par le même éditeur en 1999. En 1991, il reçoit le Grand Prix de la Scam pour l’ensemble de son œuvre audiovisuelle.
Françoise Berdot, responsable du DESS Écritures des Mondes Contemporains Université Paris VII
DESS « Le documentaire, écritures des mondes contemporains »
UFR cinéma, communication, information
C’est relativement nouveau et de plus en plus fréquent. L’Université propose des diplômes à finalité professionnelle. Y compris dans le domaine artistique et des sciences humaines.
Dans le champ du documentaire, sept DESS (Diplôme d’Enseignement Supérieur Spécialisé, de niveau troisième cycle) existent : à Poitiers, Nancy, Metz, Strasbourg, Grenoble (en collaboration avec Ardèche Images), Évry et Paris. Ils ont en commun leur référence au documentaire ; ils diffèrent par leurs objectifs professionnels (souvent liés à leur contexte régional) et donc leurs programmes pédagogiques.
Le DESS implanté à Paris (à l’Université Paris 7 sur le campus Jussieu) se veut « généraliste ». Il met à profit de se trouver dans une ville au cœur des organes de production, de fabrication, de diffusion et de valorisation du documentaire. Le placement très diversifié des étudiants au sortir de ce cursus atteste du bien-fondé de ce choix. Cette ouverture se retrouve dans les objectifs de son programme pédagogique :
- Se perfectionner dans la connaissance et la culture du documentaire : analyse filmique, histoire, esthétique et économie du genre.
- Appréhender avec des professionnels reconnus la diversité des métiers (artistiques, techniques, de production, de programmation) impliqués dans le documentaire.
- Concevoir et réaliser en ateliers des projets documentaires : écriture, réalisation technique et artistique, post-production.
- Savoir conceptualiser et rédiger sous forme de mémoire une problématique liée au documentaire.
- Acquérir une expérience de terrain en milieu professionnel (stage en entreprise).
Films
En remontant la rue Vilin
Robert Bober | 1992 | 48' | France
De 1969 à 1975, Georges Perec va chaque année dans la rue Vilin, à Ménilmontant, et dans le cadre d’un livre en cours provisoirement intitulé « Lieux », en entreprend la description. C’est la rue où il vécut les six premières années de son enfance. Cette rue, classée îlot insalubre, a disparu. Elle est aujourd’hui remplacée par un jardin. Robert Bober a retrouvé près de six cents photographies qui racontent la vie tranquille de cette rue, et sa démolition lente et systématique. La rue Vilin se reconstitue alors devant nous comme un puzzle. Le film est tout à la fois la reconquête d’un espace de vie, une réflexion sur le regard, et un hommage du réalisateur à son ami Georges Perec.
Récits d’Ellis Island, histoires d’errances et d’espoir (1re partie)
Robert Bober et Georges Perec | 1979 | 60' | France
De 1892 à 1924, près de seize millions d’émigrants en provenance d’Europe, chassés de leur pays natal par la misère, la famine, l’oppression politique, religieuse ou raciale, passèrent par Ellis Island, un îlot de quelques hectares près de la statue de la Liberté, où le Secrétariat d’État à l’Immigration avait construit un centre d’accueil. Parce qu’ils se sentent directement concernés et questionnés par ce que fut ce gigantesque exil, les deux auteurs de ce film ont voulu décrire ce qui reste de ce lieu unique. Un voyage sur le thème de la mémoire à travers les photos de Lewis Hine et un texte de Georges Perec. Une quête d’identité à travers l’espace et le temps.
Réfugié provenant d’Allemagne, apatride d’origine polonaise
Robert Bober | 1975 | 88' | France
On a souvent l’impression d’être parfaitement capable de reconnaître un lieu où l’on n’est jamais allé soi-même. Peut-être parce que des récits, quelques photographies, des souvenirs d’êtres proches, un ensemble de coutumes nous ont créé un passé, les points de repère dont tout individu a besoin pour se définir, pour retrouver et affirmer sa propre identité. C’est cette impression tenace qui, en 1975, a conduit Robert Bober en Pologne que son père, Wolf Leib, né à Random, avait quitté en
1920. Le film est le récit de cette démarche qui s’ouvre sur l’incertitude. Pourtant, les lieux où Wolf Leib Bober a passé son enfance ont été retrouvés. Mais réduits depuis à de simples décors, ils n’ont pas la force d’évocation attendue : la communauté juive de Pologne a pratiquement disparu. Dès lors, le passé vient se superposer au présent : la description d’une petite cité polonaise d’aujourd’hui provoque, par la volonté du souvenir, l’évocation éperdue de la communauté juive d’autrefois.
Séances
lundi 17 novembre 2003 à 10h30
Espace Jean Vilar - salle 2
- Réfugié provenant d’Allemagne, apatride d’origine polonaise
Robert Bober | 1975 | 88’ | France
lundi 17 novembre 2003 à 14h00
Espace Jean Vilar - salle 2
- Récits d’Ellis Island, histoires d’errances et d’espoir (1re partie)
Robert Bober et Georges Perec | 1979 | 60’ | France - En remontant la rue Vilin
Robert Bober | 1992 | 48’ | France

