samedi 8 novembre 1997 à 20h00
Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly
Histoires de Famille
Il est des cinéastes qui prennent « la distance du je » à travers la forme du ciné-journal intime. D’autres choisissent l’écart analytique du roman familial. Dans les trois démarches de cette séquence d’Histoires de Famille, la caméra délibérément subjective « s’entremet ». Elle intervient au cœur du vécu familial qu’elle interpelle, « confesse » et avec lequel elle interagit. Elle fabrique consciemment ou non un processus « thérapeutique » dont elle nous rend témoin. Sans que la position de filmmaker ne soit pour autant, jamais abandonnée. Car cette approche des « entrailles de l’intime » reste sans cesse scénarisée même quand elle se heurte aux résistances du nœud relationnel. Ainsi, elle redéfinit, restitue, interroge les rôles et la représentation que chacun s’en fait. Même impudique et crû, ce cinéma dépasse le constat « psychologisant » et tresse un itinéraire pour nos propres interrogations.
Joe et Maxi
Maxi Cohen et Joël Gold | 1978 | 80'
« Faire le film, c’était voir mon père, c’était me voir moi-même » déclare à la fin de Joe et Maxi, la jeune réalisatrice (vingt-trois ans à l’époque) Maxi Cohen. Comprendre un père et le regard qu’il porte sur vous. Se comprendre. Ce « rêve de film » remontait dix ans en arrière quand Maxi Cohen imaginait faire le portrait d’un « héros énigmatique », aventureux, candide et charismatique. Deux événements décideront de l’accomplissement de son projet : la mort prématurée de sa mère atteinte d’un cancer et la rencontre d’un complice, Joël Gold permettant d’envisager ce portrait. Mais si intimement lié à la vie, le film tourne au journal de bord d’une rencontre et de la maladie…
Lili m’a dit
Joël Bartoloméo | 1997 | 17'
Mes Vidéos 91-95
Joël Bartoloméo | 1995 | 80'
- Série : À quatre ans, je dessinais comme Picasso (1991)
- Film de famille, 3′
- Tout le monde meurt, 2’26
- Souvenir rêvé, 1’22
- Série : Petites scènes de la vie ordinaire I (1992-1993)
- Le jeudi de l’Ascension, 1’52
- Papa gros con, 1’25
- Filme ma poupée,1’41
- La vache qui parle, 5’19
- Série : Les grands moments de la photo de famille (1992-1993)
- Famille B, 4’26
- Maintenant, 1’05
- Épilogue, 50”
- Série : Petites scènes de la vie ordinaire II (1994-1995)
- La tarte au citron, 4’23
- La forêt de Rambouillet, 2′
- Les joujoux de Noël, 5’34
La Vision théorique
« … Du plan serré au plan large, du cinéma primitif (L’Arroseur arrosé) avec ses séries de plan-séquence autonomes. Aux mises en scène avec personnage pour lesquelles il conçoit à chaque fois des micro-scénarios. Un cadrage et un montage. On peut voir se dessiner une forme linéaire qui vise, sur la base des mêmes éléments, un vocabulaire structuré de la relation à l’autre, avec tout ce que cela implique de rapport de force ou de séduction. Ce qui demeure tout au long de ce parcours demeure l’ambiguïté et la tension de la position de l’artiste Bord-Cadre, entre absence et présence. En y ajoutant de l’intérieur, de nouveaux syntagmes, Joël Bartoloméo s’applique à élargir un corpus initialement restreint, à le desserrer de son emprise avec le genre, de la photo de famille au cinéma amateur. », Stéphanie Moisdon-Trembley, présentation de l’édition vidéo
La Vision « People »
« Volubile, passionnée et adepte des équations insensées, voici Lili, belle comme une héroïne de Woody Allen. Timide, rire de ventriloque et lunettes-bicyclette, tout droit sorti d’une comédie de Jacques Tati, voilà Joël, son mari. Nom de couple, les Bartoloméo, tous deux nés à Bonneville (Haute-Savoie), dans la même maternité, accouchés par la même sage-femme, elle en 1956, lui, un an plus tard. C’est lui, l’artiste, lui qui depuis dix ans filme en vidéo et presque en huis clos leur vie quotidienne avec les jumeaux, Coline et Fabian, onze ans et bien sûr Lili. » En fait, précise Joël Bartoloméo ce sont des films de famille anti famille qu’il a commencé sans vraiment savoir ce qu’il allait en faire, absorbé par cette caméra qui est devenue un outil à enregistrer les rites et rituels de sa petite tribu, Toujours prête à entrer en action. « Un chien » ajoute Lili.
Portrait par Brigitte Ollier, série Duos intimes (Libération, 19 août 1997).
La Vision des « Écrans Documentaires »
Au-delà de l’originalité du dispositif artistique posé par Joël Bartoloméo, ses travaux vidéos interrogent les perspectives du « cinéma des familles » à l’ère caméscope. Contiguïté et détournement, décalage et subversion, effet de loupe sur l’intime… Des films à priori sans visée « documentaire ». Comme semblerait l’attester d’ailleurs le circuit artistique dans lequel ils sont diffusés : Semaine internationale de la vidéo de Genève, Centre Georges Pompidou, Espace Croisé de Lille, etc. Pourtant la porosité des « genres », des actes, tels qu’ils sont par habitude dûment étiquetés en est d’autant plus questionnée. En fonction du contexte de diffusion, la maîtrise d’une œuvre échappe-t-elle à son auteur ? De quel point de vue la découvre-t-on et dans quelle perspective ? Qu’est-ce qui fait l’acte artistique et sa reconnaissance ? Les Archives Bartoloméo deviendront-elles documentaires ?
Osaka Story
Toichi Nakata | 1994 | 75' | Grande-Bretagne, Japon
Malgré une mise à distance volontaire dans son exil anglais, son immersion dans une autre culture et d’autres modes relationnels, le réalisateur éprouve le besoin du Retour pour solder ses doutes et faire le point… Un film pour éloigner de ces questionnements et un miroir aussi, pour les membres de sa famille.
Après quelques années à l’étranger, Toichi, le réalisateur retourne dans sa ville natale d’Osaka pour filmer les siens. Dans les mille et un détails de la vie quotidienne vont se révéler les fractures visibles et les problèmes plus secrets de cette famille prise entre deux cultures, la japonaise et la coréenne, dont les relations ont toujours été difficiles. Le père entretient une autre famille en Corée, la mère se pose des questions sur son présent et son avenir. Le frère est pris entre ses affaires dans l’entreprise paternelle et la secte dont il est adepte. Une des sœurs a fait ses choix et assume son indépendance. Quant à Toichi, son dilemme n’est pas moindre : doit-il pour de bon rentrer au Japon et jouer le rôle traditionnellement dévolu à l’aîné des fils ? Ou peut-il retourner en Occident, et assumer seul ses choix de vie ?
