Du Rêve du roi Léopold aux génocides dans le pays des mille collines…
Hormis les « essentiels » René Vautier (Afrique 50, film longtemps interdit !), Jean Rouch, voire Claire Denis (Chocolat), plus anecdotiquement J.J. Annaud (Noirs et blancs en couleurs) les « cinémas en France » regardent peu et n’ont guère analysé ou proposé de visions du passé colonial dans l’Afrique Sub-Saharienne. Du moins, autre qu’anecdotique ou exotique.
Nulle équivalence ici semble-t-il à Rwanda, Une république devenue folle de Luc de Heusch, à Les derniers colons ou Zaïre, le cycle du serpent de Thierry Michel.
Encore moins d’espace pour des films réalisés par des cinéastes d’origine africaine mettant en abîme les relations avec la puissance colonisatrice comme Le roi, la vache et le bananier de Mweze Ngangura, Une saison sèche de Mara Pigeon. Ou encore ce récent Grands Documents de la télévision belge Un rêve d’indépendance de Monique Phoba, réalisatrice congolaise qui retourne sur les traces d’une décolonisation brutale…
Qui s’aventure ici, à faire un film comme celui d’Anne Deligne et Daniel de Valck en 1991, Sango Nini (Quoi de neuf ?) un portrait savoureux et empathique du « quartier africain » de Bruxelles, « le Matongue » ?
« Missionnaire », la colonisation belge ne cède rien, en horreurs et exploitations brutales, à celle des autres puissances européennes. Un historien américain, Adam Hoschild dans le livre « Les fantômes du roi Léopold » récemment traduit chez Belfond, dresse même un constat apocalyptique de ce véritable « génocide oublié » dont l’estimation oscille entre 5 et 8 millions de mort… Qu’en disent les masques et fétiches endormis dans les galeries du Musée ethnographique » de Tervueren…
Les archives incises dans le film de Jean-François Bastin et Isabelle Christiaens que nous présentons, montrent avec une effarante précision le paternalisme et l’esprit de supériorité que l’homme blanc, souvent « missionnaire à longue barbe », entretenait envers les africains, il y a quelques décennies.
La Belgique a-t-elle mieux que la France, oser faire l’analyse critique de son époque coloniale ? Certes non. La décolonisation brutale des années 60, se fit dans la débandade à l’heure même d’une crise économique majeure en Wallonie… Restent les films… Nombreux et récents qui osent tantôt affronter la mémoire ou traiter des problèmes contemporains à l’instar de certains reçus en compétition : ils reflètent la situation des Clandestins, (Clandestin Blues de Pierre de Lattre) exposent les réalités des filières de recrutement de footballeurs africains (La star d’ébène de Manu Riche), etc.
Et les deux films de cette programmation qui nous proposent un regard croisé et réflexif.
Films
Divine carcasse
Dominique Loreau | 1998 | 88'
Le film trace le destin d’une vieille Peugeot qui débarque à Cotonou, au Bénin. Là, elle passe de propriétaire en propriétaire. On accompagne chacun d’eux dans sa vie quotidienne : Simon qui vit dans le monde clos des coopérants, puis son cuisinier, Joseph, qui en fait un taxi clandestin, puis des garagistes, qui tentent de lui redonner souffle chaque fois qu’elle tombe en panne.
Jusqu’au jour où, irréparable, elle finit en carcasse abandonnée dans la rue. C’est alors que Simonnet, forgeron sculpteur en récupère des pièces pour fabriquer une sculpture d’Agbo, dieu vaudou des « gardiens de la nuit », commandée par des sages du village de Ouassa. Après un long voyage en pirogue à travers les lagunes béninoises, la sculpture devient le fétiche protecteur des habitants d’Ouassa. A l’instar de son film précédent, Les noms n’habitent nulle part, (1994) Divine carcasse verse dans la fable anthropologique, « l’ethno-fiction » qui rappelle le travail de Jean Rouch dans les années soixante. Un film fait en complicité avec les Béninois, acteurs de leur propre rôle et dans une forme de récit qui rappelle l’art du griot africain.
Missionnaires chez les blancs
Jean-François Bastin et Isabelle Christiaens | 1998 | 61'
Crise des vocations oblige, dans certaines paroisses belges, les curés sont africains. Savoureuse pirouette de l’histoire qui fait d’eux des Missionnaires chez les blancs, caustiques, lucides et critiques…
Le Roi, la Vache et le Bananier
Mweze Ngangura | 1994 | 60'
Le réalisateur nous entraîne dans sa région natale, le Ngweshe, dans la province du Kivu. Dans cette région des Grands Lacs, la fortune s’évalue au nombre de vaches et à l’étendue de la bananeraie… Un éclairage original sur une région prise aujourd’hui dans la tourmente des conflits et génocides… et les déstructurations nées de la colonisation.
Séances
samedi 7 novembre 1998 à 14h00
Grande salle Hôtel de Ville de Gentilly
Débat avec les réalisateurs.
- Le Roi, la Vache et le Bananier
Mweze Ngangura | 1994 | 60’ - Missionnaires chez les blancs
Jean-François Bastin et Isabelle Christiaens | 1998 | 61’
mardi 10 novembre 1998 à 20h30
Espace Jean Vilar
- Divine carcasse
Dominique Loreau | 1998 | 88’
mardi 10 novembre 1998 à 22h00
Espace Jean Vilar
Plus d'informations sur cette séanceConcert de Coco Malabar.

