La dernière trace

La dernière trace, filmer les lieux de mémoire

Une journée proposée par l’atelier « Histoire » de Addoc.

La dernière trace, c’est ce qui est donné à voir lorsque nous arrivons trop tard. Après coup. Les cinéastes s’expriment toujours après coup. Comme les historiens qui parlent quand c’est déjà fini, presque réglé, en cours d’être passé – plus ou moins bien passé. Aux historiens, la raison d’être commande un tel délai. Pour réfléchir à ce qui s’est passé, il faut attendre que cela soit passé. Difficile d’allier les deux, de vivre l’événement et d’en faire l’analyse distanciée. D’ailleurs on n’est jamais sûr que le dit événement en soit un, qu’il mérite de passer à la postérité – même si parfois, quand l’époque est agitée et l’émotion intense, on a le sentiment grisant de « vivre l’Histoire ». Les historiens ne vivent pas l’Histoire, ils font de l’Histoire. Et pour ce faire, ils ont besoin de recul, de retard. Ils ne sont pas chroniqueurs de l’actualité. À peine contemporains de leur propre pensée.

Pas plus que les historiens, les cinéastes n’ont vocation à vivre dans l’instant. Ni témoins du réel, ni observateurs des événements en cours. En filmant, ils créent de la distance et prennent du recul. Ils refabriquent l’espace et le temps en déplaçant l’événement ailleurs et plus tard, c’est-à-dire sous forme d’un récit travaillé. Ils scénarisent le réel à l’aide de médiations techniques qui font écran.

« La dernière trace » intéresse cinéastes et historiens parce qu’ils ne cherchent pas à exhiber le réel mais à le reformuler. La « dernière trace » superpose deux états du monde : celui qui a été, et celui qui est. Ce qui s’est passé, et ce qui se passe. Montrer la dernière trace, c’est organiser l’existence de ce qui n’existe plus. C’est mettre en scène une manifestation ultime, à l’aide d’un témoignage, d’une photographie ou d’une archive, d’un monument ou d’un lieu anonyme, voire à l’aide d’un minuscule fragment de rien du tout. Tout ce qui forme « lieu de mémoire » devient ainsi susceptible d’être exploré, lu ou regardé, filmé.

François Caillat


Peter Forgacs est né en en 1950 à Budapest. Après des études de sculpture et de graphisme, il est entré aux studios Bela Balazs en 1978. Il pratique la photo, réalise des films expérimentaux et des fictions documentaires pour la télévision hongroise. Après un séjour de deux ans en Angleterre, il commence la série Hongrie Privée en 1989. Les quatre premiers épisodes sont présentés en 1992 au Musée National des Monuments français au Palais de Chaillot dans le cadre de « Parcours du double, ethnologie de l’imaginaire ».
Les Écrans documentaires ont présenté Wittgenstein-Tractatus, le dictionnaire bourgeois en 1994, et Free Fall en 1997. À réalisé Der Maelström, 1997, primé au Festival international de Films documentaires de Jérusalem ; Exode sur le Danube, 1998, Dragon d’argent au Festival du film de Varsovie.

Films


Ernesto Che Guevara : le Journal de Bolivie

Ernesto Che Guevara : le Journal de Bolivie

Richard Dindo | 1994 | 90' | Suisse, France

En octobre 1967, le monde entier apprend la mort du guérillero légendaire Ernesto « Che » Guevara. L’armée bolivienne prétend que le « Che » est mort au combat et présente, lors d’une conférence de presse, le journal qu’il a écrit pendant les onze mois de sa guérilla. Le film suit le « Che » pas à pas et le fait revivre à travers son journal.


Fotoamator

Dariusz Jabłoński | 1998 | 56'

Walter Genewein, intendant du Ghetto de Lodz en Pologne où furent enfermés des dizaines de milliers de juifs entre 1940 et 1942, était aussi photographe amateur et a pris quelques centaines de diapos couleurs du Ghetto… Arnold Mostowicz était médecin du Ghetto… Photos contre témoignage : confrontation.


La Guerre d’un seul homme

Edgardo Cozarinsky | 1981 | 105'

En 1940, Ernst Jünger, écrivain, aristocrate et officier allemand, est affecté au commandement militaire de Paris. La Guerre d’un seul homme conjugue les extraits de son journal intime (de 1940 à 1944) aux images d’archives de l’époque. Évocations de massacres, manifestations officielles, scènes de la vie quotidienne, spectacles culturels et mondains défilent au son claironnant de la propagande et se mêlent aux phrases douloureuses du narrateur.


Parmi les hommes 1940-1943

Peter Forgacs | 1995 | 52'

Recueil et mise en scène de petits films d’amateurs tournés entre 1940 et 1943 dans l’Europe occupée. L’existence au quotidien, la vie de famille aussi bien que les grands événements, voilà ces Temps de guerre… Les documents sont passionnants parce que tournés sans but esthétique ni souci de propagande. Dans chacun des pays occupés, les réactions sont très différentes, selon qu’on résiste ou qu’on plie l’échine. En Europe de l’est, les populations sont réduites à l’état d’esclaves. Ailleurs, la collaboration des États penche du côté d’une Europe asservie.


Récits d’Ellis Island, histoires d’errances et d’espoir (1re partie)

Récits d’Ellis Island, histoires d’errances et d’espoir (1re partie)

Robert Bober et Georges Perec | 1979 | 60' | France

De 1892 à 1924, près de seize millions d’émigrants venus d’Europe, chassés par la misère, la famine, l’oppression politique, religieuse ou raciale, passèrent par Ellis Island, petit lot à quelques encablures de la statue de la Liberté, où le secrétariat d’État à l’Immigration avait construit un centre d’accueil. Robert Bober et Georges Perec décrivent ce qui reste aujourd’hui de ce lieu unique et recueillent les traces, de plus en plus rares, qui demeurent dans la mémoire de ceux qui, au début du siècle, accomplirent ce voyage sans retour.


Le Temps détruit, Lettres d’une guerre 1939-40

Pierre Beuchot | 1985 | 73'

Pendant de longs mois d’attente de la « drôle de guerre », trois soldats ont écrit presque chaque jour à celles qu’ils aimaient. Maurice Jaubert était musicien, Paul Nizan, écrivain et Roger Beuchot – père de Pierre Beuchot – était ouvrier. Ils sont morts tous les trois dans les combats du printemps 1940. Le Temps détruit, c’est l’histoire de ce quotidien vécu par ces trois hommes, raconté à travers les lettres d’amour qu’ils envoient inlassablement à leurs femmes, avant d’être tués.


Une Maison à Prague

Stan Neumann | 1998 | 70'

« Un grand siècle, celui qui se termine… Une grande ville, Prague… Une petite maison, celle où je suis né… La maison a traversé le siècle et le siècle a traversé la maison, comme un fil rouge qui a mené ses habitants de l’Anarchisme au Communisme, puis au Stalinisme, puis au Socialisme Réel, puis au réel tout court… », Stan Neumann


Séances

samedi 30 octobre 1999 à 14h00

Espace Jean Vilar

Séance fictive.

samedi 30 octobre 1999 à 16h00

Espace Jean Vilar
Plus d'informations sur cette séance

Séance fictive.

samedi 30 octobre 1999 à 19h00

Espace Jean Vilar
Plus d'informations sur cette séance

Séance fictive.