lundi 19 novembre 2001 à 14h00
Campus Jussieu, Amphithéâtre 24
La part de l’art dans le documentaire, éthique et esthétique
Les rapports entre l’esthétique et l’éthique dans l’œuvre documentaire, par Pierre-Edouard Maillot
Une mode, durable, voulut naguère brouiller la frontière entre documentaire et fiction, au nom d’une boutade théorique qui venait de découvrir qu’il y a du documentaire dans la fiction et de la fiction dans le documentaire. Mais deux cercles inscrits ne sont pas un même cercle. Documentaire et fiction sont deux domaines différents, voire étrangers, pour de nombreuses raisons. L’une d’elles, probablement la plus déterminante, concerne le positionnement éthique du réalisateur face à son personnage et à son public.
Le réalisateur de fiction n’a aucun devoir particulier envers son personnage incarné par un acteur. Le réalisateur se sert de l’acteur et l’acteur sert le personnage du film. L’acteur est un moyen comme le décor, l’histoire, le son, la lumière par quoi le réalisateur atteint le spectateur. Dans la fiction, le rapport entre le réalisateur et le personnage d’une part, entre le personnage et le spectateur de l’autre, est un rapport purement esthétique et purement imaginaire. L’éthique concerne le contenu du film, éventuellement l’engagement qu’il défend, sa thèse, etc, mais pas le personnage, être imaginaire, ni même le spectateur.
Tout au contraire, dans le documentaire, le personnage et l’acteur ne font qu’un, et tous deux ne font qu’un avec l’individu filmé. Le réalisateur filme un être réel, et c’est en tant qu’être réel qu’il le présente au spectateur pour établir entre le spectateur et le personnage-acteur-individu, un rapport de réalité. D’où il découle que l’esthétique du documentaire, son écriture comme son filmage, cadres, lumières, mouvements, sons, montage seront commandés avant tout par les engagements éthiques du réalisateur. L’esthétique du documentaire obéit en tout premier lieu aux engagements éthiques du documentariste à l’égard de son personnage, de son spectateur et de la relation qu’il établit entre eux. Les choix purement esthétiques s’ils existent, occupent la marge, s’il en reste.
Pierre-Edouard Maillot est professeur émérite à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière
Un crime à Abidjan
Mosco | 1998 | 90'
Abidjan : un meurtre consécutif à un vol à main armée est signalé au siège de la police. Le commissaire Kouassi se rend sur les lieux du crime. Le documentaire commence.
