samedi 4 novembre 2000 à 16h00
Espace Daniel Sorano, Vincennes
Le travail
Mon travail c’est capital
Marie-Pierre Brêtas, Raphaël Girardot, Laurent Salters | 2000 | 88'
Nous cherchions à faire un film sur le travail en usine. L’idée de départ était de mieux sentir la place que le travail occupe dans nos vies aujourd’hui. Polyvalence, annualisation, mobilité, flexibilité… Nous voulions essayer de comprendre au jour le jour quelles étaient les conséquences d’une situation que la société nous présente comme inéluctable. Contre le « on ne peut rien y faire » et sa batterie de prétextes mondialistes, les parcours et les paroles d’ouvriers appelaient une réflexion collective, d’où notre volonté d’être trois à la réalisation.
En mai 1997, nous apprenons par la presse la fermeture imminente de l’usine Moulinex de Mamers, dans la Sarthe. 411 employés pour 6000 habitants. Depuis 1960, tout le monde avait forcément un « Moulinex » dans la famille. Le travail des ouvriers y était bien sûr pénible, mais la permanence de l’emploi donnait des contreparties. Faire sortir une maison de terre pour y fonder une famille est important dans cette région de tradition paysanne… Et puis tout chavire. Du jour au lendemain, il faut faire face à un monde du travail qui a changé : mutation, chômage, reclassement.
Quel que soit le plan social mis en place, leur vie est bouleversée. C’est dans cette charnière entre une époque révolue et une époque à venir, inconnue de tous, que nous avons rencontré Dominique, Maurice, Josiane, Nicole et Pascale. C’était quelques jours à peine après la fermeture de l’usine. Pendant deux ans, nous avons placé notre caméra à leur côté (de leur côté). Nous avons accompagné ces cinq personnes qui n’avaient pas l’intention de laisser tomber, qui avaient leurs exigences et qui ne voulaient pas se plier aux nouvelles règles du travail. Leur innocence était leur force. Quand on débarque sur un continent inconnu, on remarque souvent des choses que les habitants ne voient plus depuis longtemps.
