Vendredi 6 décembre 1996, 20h30

vendredi 6 décembre 1996 à 20h30

Auditorium

De la fascination du pire, message brouillé : Algérie, Bosnie, Palestine


Algériennes, trente ans après

Ahmed Lallem | 1996 | 51'

L’émancipation, les rôles, les droits, la reconnaissance de la femme dans l’espace social, culturel et politique arabo-musulman hantent les cinématographies du monde arabe depuis longtemps. Dans les années soixante-dix, la mise sous tutelle de la condition féminine arabe ou berbère était traitée sous une forme dénonciatrice, poétique et souvent elliptique, relevant archaïsmes sociaux et culturels : El Chergui, le silence violent de Moumen Smihi, en est l’exemple le plus brillant. Dans la veine militante, des films comme celui que la libanaise Heiny Srour réalisa sur la guérilla Omanaise du Dhofar, offrait une représentation féminine incroyablement émancipée, qui n’avait rien à envier aux guerrilleras latinas ou Viet-Cong. De quoi provient l’impression que l’horloge de l’histoire semble s’être mise à tourner à l’envers ? Sommes-nous frapper d’aveuglement par nos représentations, nos fantasmes, notre incapacité à penser « la complexité » ?
En 1966, Ahmed Lallem filme une classe de lycéennes algéroises lors de l’année du bac. Dans ce documentaire, Elles, ces jeunes filles témoignent de leurs espérances, de leurs convictions, de leur fierté de vivre dans une société en construction ; un pays affirmant sa dignité où semble pouvoir s’augurer une reformulation de la place de la sphère féminine dans la société…
Trente ans après, le cinéaste retrouve quatre d’entre elles, Badra, Fatima, Hassima, Souad. Il leur tend ce miroir, leur donne la parole…


Aqabat Jaber, paix sans retour ?

Aqabat Jaber, paix sans retour ?

Eyal Sivan | 1995 | 61'

À quelques kilomètres de Jéricho, paroles croisées recueillies dans les premiers mois de « l’autonomie palestinienne »…

« Tout ce que je sais de mon village, c’est son nom ». « Aucun peuple au monde n’accepte l’occupation », « Le vainqueur impose sa loi », « Dans ce camp, nous n’avons pas eu d’enfance, nous sommes dépendants ».

Derrière la « Question de la terre », se profile en ombre portée celle de l’identité, de l’autonomie personnelle, de l’impossibilité de « penser » le renoncement, de refuser l’humiliation. Comment à partir de ce nœud complexe donner un sens à la paix ? Peut-on envisager la paix israélo-palestinienne sans le retour des réfugiés palestiniens sur leur terre natale devenue Israël ? S’agit-il d’un retour physique ou d’un retour symbolique ondé sur la reconnaissance de l’injustice infligée au Peuple de Palestine en 1948, lors de la création de l’État d’Israël ? Après avoir tourné Aqabat Jaber, vie de passage à la veille de l’Intifada, Eyal Sivan revient dans ce camp de réfugiés au lendemain de l’évacuation de la région par l’armée israélienne. À quelques kilomètres de Jéricho, Aqabat Jaber, construit il y a cinquante ans, est un camp palestinien aujourd’hui sous autonomie palestinienne. Ses trois mille habitants n’ont pourtant pas changé de statut. Après les accords de paix, ils restent des réfugiés et ne peuvent rentrer dans les villages dont leurs parents ont été chassés. Au cœur du conflit israélo-palestinien, la question du retour des réfugiés déterminera l’avenir du Moyen-Orient. Ce film qui se veut analogique raconte l’histoire des réfugiés palestiniens comme celle de tous les réfugiés, populations déportées, personnes déplacées, qui sont au centre des grands conflits du XXe siècle…


La Hauteur du silence

Hervé Nisic | 1995 | 20'

Bosnie. Tant de choses dites. Tant de drames évoqués, exposés, moulinés. Tant d’interprétations et de tentatives de décryptages. Tant de mauvaise conscience et de nécessaires (?) arrangements avec elle. La question du Regard et son insondable et définitive interrogation…
Quand un des pionniers de l’art vidéo en France, un créateur foisonnant de magies électroniques, choisit la seule forme possible pour son sujet, l’épure…


Que sont mes amis devenus ?

Que sont mes amis devenus ?

Philippe de Pierpont | 1995 | 52'

« Au cœur de cette histoire, il y a lvana, ex-yougoslave de Belgrade. Et autour d’elle, disséminés dans le monde, ses amis. Certains sont restés à Belgrade et vivent l’exil sur leur propre sol, d’autres ont préféré partir. Il s’agit bien d’un documentaire sur l’exil, sur l’engagement, sur la dignité humaine. »

À l’instar de L’homme qui marche du même auteur, présenté à Gentilly dans la thématique Les Territoires de la Mémoire, ce film propose une complexité et différents niveaux de lecture et de décodage qu’une seule vision n’épuise pas.

Son dispositif singulier – caméras confiées aux différents protagonistes pour témoigner de « leur réalité » à leur guise et le montage-brassage de ce puzzle – navigue entre fiction et documentaire. Que sont mes amis devenus ? pose aussi les questions de l’engagement d’un auteur, du processus de réalisation et de ses « empêchements », de ses contradictions et paradoxes. Reste « l’objet-film » livré au spectateur et à ses interprétations. Il signale aussi de manière prémonitoire le deuil de l’espérance d’une Bosnie pluriculturelle et l’évidente non-résolution du problème des réfugiés…


Territoire(s)

Territoire(s)

Malek Bensmaïl | 1996 | 26'

Territoire(s) traite de « l’idée de territorialité ». À travers les grandes dates de l’histoire de l’Algérie, le film explore et questionne les espaces d’appartenance politique, religieuse et sociale. Mêlant et confrontant images d’archives, images actuelles et images fiction, ce document propose un regard personnel sur la violence des deux rives de la Méditerranée à travers trois séquences :

L’Algérie et sa violence « archaïque » : violence de la conquête, violence de la colonisation, violence de la décolonisation, violence de l’indépendance, violence politique. L’Occident et sa violence de « l’hypermodernité » : violence de la dissuasion, violence de pacification, violence du consensus, violence de la communication virtuelle. Le terrorisme et sa violence « médiatique » : violence « exportée » et surmédiatisée.

Un documentaire de création qui s’appuie sur un montage complexe et intense articulé par des proverbes populaires algériens et une bande son originale et hybride.

Jacques Berque (1910-1995), décédé le 27 juin 95, traducteur du Coran, professeur au Collège de France pendant un quart de siècle, est l’un des plus grands spécialistes du Monde Arabe et de l’Islam. II nous livrait une analyse fine et juste de l’actualité arabe et islamique. En dépit de la faillite tragique des rapports de l’Islam et l’Occident, Jacques Berque estimait que la reconstitution sur de nouvelles bases demeurait possible.

Contexte :

Il y a confrontation avec un monde marqué par la mondialisation des échanges, les islamistes expriment d’abord une révolte contre l’ordre établi dans les pays issus de l’indépendance. Toutes les idéologies de légitimation, en particulier celles importées par le Nord, comme le libéralisme ou le socialisme, sont révoquées, tenues par les islamistes et le peuple pour discours menteur.

En Algérie, le FIS entreprend une patiente conquête à partir de la société civile, son implantation sociale en profondeur, conjuguée à l’impopularité du pouvoir permet au mouvement islamiste de se constituer en « contre société ».

L’Islam « actuel » est en train de faire le vide autour du système occidental (pays de l’Est y compris) et de pratiquer de temps en temps, par un seul acte ou une seule parole, des brèches dans le système, où les valeurs occidentales s’engouffrent dans le vide. L’Islam n’exerce pas de pression révolutionnaire sur l’Occident mais il se contente simplement de le déstabiliser par cette « agression virale » au nom du principe du mal.

Le terrorisme est le miroir transpolitique du Mal. Les occidentaux n’ont plus la force de dire le mal. Il est dit ailleurs, face au monde entier, dans un rapport de force politique, militaire et économique, que seuls l’Ayatollah Khomeini, Saddam Hussein puis les islamistes en Égypte et en Algérie par exemple, disposent d’une seule arme, immatérielle : le principe du Mal. Ils incarnent la terreur, ce qui pour les occidentaux est inintelligible, puisque le moindre Mal se trouve asphyxié par le fameux « consensus virtuel ».

Le pouvoir n’existe que par cette puissance symbolique de désigner l’Autre, l’Ennemi, l’Enjeu, la Menace, le Mal. L’Occident, à force de laisser rayonner les valeurs positives, est devenu vulnérable à la moindre attaque virale.

L’Occident n’oppose à ce Mal que les « Droits de l’Homme ».

Le territoire est doublement mis au défi. Il y a adéquation entre l’imaginaire ethnique et l’espace, ce qui implique souffrances, génocides… violences, violence des discours, de la production, de la lecture et de la transformation des images médiatiques… Surabondance, confusion et amalgame engendrés par l’information et sa communication.