Bénédicte Liénard

Mon désir de cinéma

J’ai ressenti la nécessité du cinéma avant tout parce que j’y ai vu une forme collective, un phénomène collectif. Une manière de pouvoir dire « nous », un plaisir à le dire, une façon de prendre la parole et de parler pour les autres sans être un despote, ni une instance de domination.

La solitude

Cette solitude n’a rien de « pur », de beau, elle interdit l’esthétique. Ce principe qui refuse la figuration s’est évidemment appliqué aux lieux, usine ou prison : jamais de « description » sans les personnes.

En marche

Les travellings dans les couloirs de la prison ou l’espace de l’usine ne sont en rien une figure « décorative ». Ils sont déterminés par le point de vue que j’ai des personnages : des personnes en marche vers une confrontation. Un monde en marche, qui bouge et vit, mais pas un mouvement perdu.

La justesse

Ni ouvrière en usine, ni femme détenue. Je ne suis pas de ce monde là et en même temps, il est tellement dans ma vie que j’en fais partie. Je ne passe pas une minute aujourd’hui sans y penser, sans continuer. Le téléphone sonne parce qu’une femme sort de prison ou qu’une autre en usine a un problème, cela fait partie de ma réalité. Comment me définir autrement que par cette position qui consiste à passer un temps avec un ouvrier, un autre avec une détenue et encore un autre avec quelqu’un du cinéma, de la peinture… C’est de ce voyage que je suis faite.

Propos recueillis par Marie-Pierre Duhamel, avril 2002

Films


Têtes aux murs

Têtes aux murs

Bénédicte Liénard | 1997 | 91' | Belgique

Ce film a été tourné entre l’été 1995 et l’hiver 1997. Il a écouté et accompagné la vie de quatre adolescents en institution et sous tutelle judiciaire. Adoptant le point de vue de l’adolescent, le film met en exergue la dichotomie entre sa parole et celle des institutions qui l’encadrent. Il met l’accent sur la rupture entre la justice et la réalité de ceux qu’elle voudrait aider. Les institutions ont-elles conduit Christelle, Gregory, Manu et Gaël vers l’âge adulte et donc l’indépendance ou ont-elles fabriqué des êtres dépendants ?


Une part du ciel

Une part du ciel

Bénédicte Liénard | 2002 | 85' | France, Belgique, Luxembourg

Une Part du Ciel raconte la résistance de femmes détenues et d’un groupe d’ouvrières en usine. En prison, Joanna s’obstine à interroger le pouvoir qui l’enserre. Assujettie à la chaîne de production, Claudine est rattrapée par le passé qui la lie à Joanna L’avocat de Joanna lui demande de témoigner sur ce qui a poussé son amie à la violence : accepter de témoigner serait dénoncer l’appareil syndical qui semble encore la protéger. Allers-retours entre usine et la prison. Entre l’intime et le politique.
Joanna plie, craque puis trouve la force d’affirmer encore et toujours le droit à la dignité pour elle et pour les femmes qui l’entourent. Claudine se redresse. Elle accepte de témoigner, conduit la lutte dans l’usine, et rejoint la radicalité de Joanna. Elle refuse le compromis proposé par la structure syndicale, et assume son exclusion. Deux femmes se révèlent dans la valeur du refus et donnent à leur amitié la possibilité de renaître.


Séances

vendredi 15 novembre 2002 à 19h30

Espace Jean Vilar - salle 1

vendredi 15 novembre 2002 à 22h00

Espace Jean Vilar - salle 1
  • Une part du ciel
    Bénédicte Liénard | 2002 | 85’ | France, Belgique, Luxembourg